Les cinq cents millions de la Bégum

par

Jule VERNE, le visionnaire

La littérature regorge d’écrivains de talent. Mais s’il y a bien une chose qui particularise Jules Verne, c’est surtout son extraordinaire capacité d’anticipation.

A-    Le parallèle entre Schultze et Hitler

L’œuvre de Jules Verne est un savant mélange de talent littéraire et de projection dans le futur. Plusieurs de ses ouvrages ont présenté des inventions qui à l’époque, relevaient de l’utopie, mais se sont avérées réalisables plus tard. Nous en voulons pour preuve « Dix mille lieux sous les mers », dans lequel l’auteur parlait déjà des sous marins, et « De la terre à la lune », où il évoquait l’existence des fusées. Autant de fictions qui furent concrétisées et qui font surtout de l’auteur, un être exceptionnel. « Les cinq cents millions de la Bégum », comportent également leur lot d’anticipation. Un seul nom, Schultze. Un alter-égo des plus crédibles, Hitler. En effet, la multitude de points de contact existant entre ces personnages laisse tout simplement perplexe. Pour commencer, Schultze est à l’instar d’Hitler, germanophone. Ils ont en commun le goût du sang, l’envie de détruire. Surtout, Schultze estime que la race allemande est au dessus des autres : « Herr Schultze se retira, convaincu qu’il n’avait aucun titre suffisant à faire valoir sur l’héritage de la Bégum, mais persuadé cependant qu’une lutte entre la race saxonne et la race latine, outre qu’elle était toujours méritoire, ne pouvait, s’il savait bien s’y prendre, que tourner à l’avantage de la première ». Maints autres passages confirment cette tendance à la supériorité, notamment : « Inutile de suivre le professeur Schultze dans les explications qu’il donna à Mr. Sharp. Il fut, contre ses habitudes, presque prolixe. Il est vrai que c’était le seul point où il était inépuisable. En effet, il s’agissait pour lui de démontrer à Mr. Sharp, Anglais, la nécessité de faire prédominer la race germanique sur toutes les autres. S’il poursuivait l’idée de réclamer cette succession, c’était surtout pour l’arracher des mains françaises, qui ne pourraient en faire que quelque inepte usage !… Ce qu’il détestait dans son adversaire, c’était surtout sa nationalité !… Devant un Allemand, il n’insisterait pas assurément, etc. Mais l’idée qu’un prétendu savant, qu’un Français pourrait employer cet énorme capital au service des idées françaises, le mettait hors de lui, et lui faisait un devoir de faire valoir ses droits à outrance ». Ce trait de caractère est également caractéristique d’Hitler et prouve parfaitement à quel point ces deux personnages se ressemblent. S’il est vrai qu’il ne s’agit ici que d’extrapolations, l’on peut tout de même se rendre compte du niveau d’anticipation de Jules VERNE, ce qui laisse admiratif ! Quoiqu’il en soit, l’auteur fait également ressortir le fait que la plupart des mauvaises actions sont généralement vouées à l’échec.

B-    La prédominance du bien sur le mal

Si la lutte entre le bien et le mal constitue la toile de fond de cet ouvrage, il importe quand même de se demander qui parvient à avoir le dessus à la fin. Et justement, comme dans bien des ouvrages, les noirs desseins quoiqu’apparaissant initialement terrifiants, finissent toujours par échouer. « Les cinq cents millions de la Bégum » n’échappent pas à cette règle, car l’auteur y a donné des tournures ayant eu pour effet de compromettre l’accomplissement des plans du professeur Schultze. Le premier évènement annonçant le début de la fin est l’annonce de la faillite de Stahlstadt, la cité de l’acier ne parvenant plus à payer ses créanciers : « Une nouvelle étonnante, inattendue, incroyable, venait d'être apportée par l'un des associés de la banque du Far West et circulait avec la rapidité de l'éclair. Les uns disaient : "Quelle plaisanterie !… C'est une manœuvre ! Comment admettre une bourde pareille ? – Eh ! eh ! Faisaient les uns, il y a pas de fumée sans feu ! – Est-ce qu'on sombre dans une situation comme celle-là ? – On sombre dans toutes les situations ! – Mais, monsieur, les immeubles seuls et l'outillage représentent plus de quatre-vingts millions de dollars ! s'écriait celui-ci. – Sans compter les fontes et aciers, approvisionnements et produits fabriqués ! répliquait celui-là. – Parbleu ! C’est ce que je disais ! Schultze est bon pour quatre-vingt-dix millions de dollars, et je me charge de les réaliser quand on voudra sur son actif ! – Enfin, comment expliquez-vous cette suspension de paiements ? – Je ne l'explique pas du tout !… Je n'y crois pas ! ». Outre cet évènement, il y a également la mort du professeur Schultze : « Autour de ce spectre, des éclats d’obus jonchaient le sol. Plus de doute !… C’était Herr Schultze, reconnaissable au rictus effrayant de sa mâchoire, à ses dents éclatantes, mais un Herr Schultze gigantesque, que l’explosion de l’un de ses terribles engins avait à la fois asphyxié et congelé sous l’action d’un froid terrible ! ».

En somme, une leçon de morale est à tirer de cet ouvrage, c’est que les mauvaises personnes ne connaissent pas une fin heureuse. En cela, le livre constitue une invitation à cultiver de belles et hautes valeurs morales.

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