Les cinq cents millions de la Bégum

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Résumé

En 1871, le docteur Sarrasin, médecin françaiset chercheur de renom, assiste à un congrès scientifique en Angleterre quandune nouvelle stupéfiante lui parvient : il est le bénéficiaire d’un héritage,et pas n’importe lequel. Le frère de sa grand-mère, un certain Jean-JacquesLangévol, était un aventurier que les hasards de la fortune conduisirent àépouser la richissime Bégum Gokool, en Inde. Reconnu seul héritier parl’honorable maison londonienne Billows, Green, Sharp and Co, Sarrasin reçoit deplein droit un titre de baronnet, mais surtout une fortune de cinq centsmillions de francs. Une telle nouvelle tournerait la tête à plus d’un ;ainsi, son fils Octave, sympathique mais médiocre étudiant à l’École centrale àParis, se voit déjà mener une vie à grandes guides. L’épouse de Sarrasin, poursa part, fait confiance à son mari pour décider sagement de ce qu’il fera de sanouvelle fortune. Quant à sa fille Jeanne, adolescente de treize ans, lebonheur familial qu’elle vit déjà lui suffit amplement. Le seul à être d’aborddans la confidence, en dehors du cercle familial, est le meilleur ami d’Octave,Marcel Bruckmann. Ce jeune Alsacien, exilé en raison de la perte des provincesde l’Est à l’issue de la défaite de 1870, est un brillant étudiant se destinantà la carrière d’ingénieur. Il incarne à la fois les vertus patriotiques etcelles que donnent un travail assidu et la tempérance. Pour lui, les millionsimportent peu : l’essentiel est l’âme de l’individu.

La nouvelle de l’héritage se répand bientôt etles collègues anglais de Sarrasin, qui hier le toisaient de haut, lui exprimedésormais une respectueuse sympathie : il vaut cinq cents millions n’est-cepas ! Quelle n’est pas leur stupeur quand le digne docteur leur fait partde son projet : ce demi-milliard appartient à la science et sera employéau bien commun de l’humanité. Il sera consacré à l’édification d’une citémodèle dont on tracera le plan selon des données scientifiques. Les hommes y mènerontune vie vertueuse grâce aux fruits de leur travail. Les honnêtes gens chassésde chez eux par la pauvreté y seront accueillis à bras ouverts. Une ovation ducongrès scientifique salue cette offre généreuse. La construction de la citénouvelle, France-Ville, est décidée. Cependant, la nouvelle de l’héritage, quise répercute à travers l’Europe, atteint les oreilles du professeur Schultze.Cet Allemand est un brillant ingénieur doublé d’un patriote fanatique. Il n’aque mépris pour les prétendues vertus latines qu’incarnent ces brouillons deFrançais. Ce peuple agité doit être soumis à la rigueur et à l’ordre teutons,et le sera bientôt grâce aux canons que fabrique Herr Schultze. Quand cedernier lit le nom de Langévol, il se rappelle soudain que lui aussi descendd’un Langévol et qu’il a donc des droits sur le fabuleux héritage. Il se rend àLondres chez Billows, Green, Sharp and Co pour exiger qu’on lui rende l’héritagecapté par ce Français de bas étage. Renonçant à une procédure qui durerait desannées, Sarrasin préfère transiger et les cinq cents millions sont partagés àparts égales.

Cinq années passent. Deux cités, France-Villeet Stahlstad – la ville de l’acier – sont nées à dix lieues l’une de l’autre,dans une contrée vierge proche de l’Oregon, aux États-Unis. Un matin, un jeuneouvrier se présente aux portes de Stahlstad pour s’y faire embaucher. Il dit senommer Johann Schwartz et venir de Suisse. Sous ce déguisement, le lecteurreconnaît bien vite le digne Marcel Bruckmann, venu observer Stahlstad del’intérieur et en pénétrer les secrets. Il découvre une cité à l’organisationmilitaire, où l’emploi du temps des travailleurs est réglé à la minute près, oùtout manquement à la règle entraîne le renvoi immédiat et sans appel. Les coursdu soir sont les seules distractions dans cette ville austère. À sa tête règneun autocrate : le professeur Schultze. Stahlstad n’a qu’un objectif :fabriquer des canons, que le fondateur de la ville vend ensuite aux alliés del’Allemagne, et donc aux ennemis de la France. Au fil des mois, à force detravail et de discrétion, Marcel gagne l’estime et la confiance de ses chefs etgravit les échelons qui le rapprochent du maître de Stahlstad.

Un jour, le jeune homme est enfin introduitdans le Saint des saints, le domaine personnel de Schultze. Là, dans le décord’un jardin tropical artificiellement recréé, le savant allemand poursuit desrecherches poussées sur l’art de fabriquer les machines de mort les plussophistiquées. Schultze, qui estime le jeune homme à l’esprit brillant qu’estMarcel, ses connaissances infaillibles, travaille quotidiennement avec lui. Ilspartagent même leurs repas et, le soir, fument la pipe ensemble. C’est au coursd’un de ces moments de convivialité que Marcel provoque Schultze : àStahlstad, lui dit-il, on fabrique des canons, mais ils n’ont rien de bienoriginal. On se contente d’améliorer des modèles existants, de fabriquer deplus gros engins, mais sans réel progrès. Piqué au vif, Schultze décide dedévoiler son secret à Johann Schwartz-Marcel. Il le conduit jusqu’au lieu leplus secret de Stahlstad, où il met au point des armes d’une épouvantableefficacité. Il lui dévoile un obus terrible dont l’explosion pourrait gelerinstantanément les environs de son point d’impact, il lui montre un enginrépandant du gaz carbonique capable d’asphyxier toute vie, et un obusincendiaire d’une efficacité inégalée. En outre, il lui présente le projet d’ungigantesque canon capable de projeter un obus à dix lieues. Pourquoi cesarmes ? Pour détruire France-Ville, cette cité qui irrite Schultze au plushaut point. Mais une fois ces révélations faites, le maître de Stahlstadprononce la condamnation à mort de Marcel : il n’a pas le droit deposséder un tel secret et devra bientôt mourir. Le jeune homme ne connaît ni lejour ni l’heure de sa mort, il sait seulement qu’elle sera sans douleur.

Marcel doit s’évader. Pour ce faire, il déjouela vigilance des deux gardiens qui ne le quittent plus en droguant leur tabac,puis il incendie un bâtiment abritant des maquettes. Il parvient à dérobercelle du canon géant avant de s’échappe par un canal souterrain, manquant depeu la noyade. Il lui faut maintenant se rendre à France-Ville, sans aucunmoyen de locomotion. La cité idéale du docteur Sarrasin a prospéré : seslarges avenues charrient un peuple serein et laborieux. Nulle spéculationimmobilière n’en a gâché la construction, et de rigoureux principes d’hygiènesociale ont présidé au tracé des plans de la ville et de ses maisons. Le tauxde mortalité y est plus faible que partout ailleurs, travail et culture y fontbon ménage : on y trouve une cathédrale, des chapelles, des bibliothèqueset des musées. Un système de récupération des fumées évite à la pollution des’étendre et un réseau d’égouts permet l’évacuation des eaux usées. Bien sûr, tousles habitants profitent de l’eau courante. Plus de cent mille personnes ycoulent des jours paisibles. Sarrasin lui-même y vit, avec sa femme et sa filleJeanne. Le fils Octave les a rejoints après avoir tâté des charmes frelatés dela vie d’un jeune oisif à Paris.

C’est le New York Herald qui, un soir,apprend au bon docteur la nouvelle : le formidable arsenal de Stahlstad vabientôt attaquer France-Ville ! L’assemblée populaire est convoquée sur lechamp et la ville se prépare à subir une attaque traditionnelle en règle. On vase séparer quand un homme bondit à la tribune : Marcel ! Il apprend àl’assemblée l’existence des armes de destruction massive de Schultze, ainsi quele moment de l’attaque : le canon tonnera dans trente minutes à peine. Lapopulation est aussitôt mise à l’abri tandis que Marcel, qui se livre à unrapide calcul, finit par éclater de rire : Schultze s’est trompé !L’obus tiré par son canon géant va passer au dessus de France-Ville puis seperdre dans les hautes couches de l’atmosphère. C’est effectivement ce quiadvient. France-Ville est sauvée, du moins pour l’instant.

Au lendemain de cette folle nuit, à la boursede San Francisco, se fait le constat de la faillite de Stahlstad, incapable derembourser ses créanciers. Schultze quant à lui a disparu. Marcel, accompagnéd’Octave, décide de se rendre dans la cité de l’acier. Quand les deux jeuneshommes pénètrent dans la ville, c’est une cité morte qu’ils découvrent :il n’y a pas âme qui vive. Les immenses ateliers sont désertés, nul garde neleur barre la route. Parvenus au centre d’études de Schultze, ils n’y trouventque ruine, mais aussi les deux fidèles cerbères de Schultze qu’il leur fautmaîtriser. Le laboratoire personnel du professeur leur réserve une surprise detaille : Schultze a été victime de son obus réfrigérant. L’explosion del’un d’entre eux l’a instantanément frigorifié alors que, la plume à la main,il allait signer l’ordre de destruction de France-Ville. Schultze mort, c’estla tête de Stahlstad qui a disparu et cette cité centralisée ne peut vivre sansson autocrate. Le modèle teuton a échoué. Revenu à France-Ville, Marcel suggèreà Sarrasin de poursuivre la production d’armes à Stahlstad, mais cette fois auprofit des forces du bien, de la France et de ses alliés. Enfin, Marcel,épousant Jeanne, unit son destin à celui de France-Ville et devient presque unnouveau fils pour le docteur Sarrasin. En définitive, les fruits des cinq centsmillions de la Bégum ne seront pas amers.

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