Les cinq écus de Bretagne

par

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Evelyne Brisou/Pellen

Évelyne Brisou-Pellen est
une écrivaine française née en 1947
à Coëtquidan (commune de Guer, Morbihan). Sa scolarité secondaire se déroule à
Meknès au Maroc puis à Rennes et enfin à Vannes dans des établissements pour
jeunes filles. À l’université de Rennes, elle étudie les lettres modernes et ne
quittera plus la ville ensuite. Après son diplôme elle enseigne trois mois puis
demeure femme au foyer pour s’occuper de ses deux fils.

C’est dans ce cadre qu’elle
se tourne, en 1977, vers une
activité littéraire, d’abord en collaborant avec des revues comme Belles histoires de Pomme d’Api ou Perlin et Pinpin à travers de petits textes ; puis elle se met
au roman en 1978 avec Le
Mystère de la nuit des pierres
. L’auteure y crée un monde fantastique
parent de celui de Tolkien, autour de Netra, un petit bossu qui va devoir
partir, missionné par le magicien Neposus, en quête du précieux grimoire
Antaerus. Ses antagonistes sont le sorcier Falcosi et ses serviteurs, les
razzaks. Il s’agit donc d’un roman d’initiation où le décor breton joue un
grand rôle ; l’œuvre est recommandée à partir de 11 ans. À partir de là la
carrière littéraire d’Évelyne Brisou-Pellen est lancée et son œuvre compte dans
les années 2010 environ 150 textes répartis entre la presse et l’édition.

Parmi ses romans les plus lus figure La
Vengeance de la momie
, œuvre parue en 1995, où le lecteur suit le
parcours d’un orphelin égyptien, Khay, entraîné sur un mauvais chemin par des
pilleurs de tombe. L’histoire met en avant les valeurs d’amitié et d’entraide.

En 1996 Le Fantôme de maître Guillemin a
pour cadre la France de la fin du XVe siècle. Le jeune lecteur peut
s’identifier à Martin, douze ans, un jeune garçon pauvre, surdoué, qui vient
d’arriver à Nantes pour y poursuivre ses études. Là, il est maltraité par les
autres enfants plus âgés que lui, et se trouve étreint d’un fort sentiment de
culpabilité dès lors que l’un d’eux, dont il a souhaité la mort, est retrouvé
tué. L’œuvre va devenir une véritable enquête policière flirtant avec le
fantastique, car le bruit court parmi les étudiants que c’est le fantôme de
maître Guillemin qui serait à l’origine des assassinats d’élèves qu’il choisit non
boursiers.

Dans Un si terrible secret en 1997
l’auteure confronte son lectorat à un autre événement tragique mais davantage
lié à la grande Histoire, en le meurtre des grands-parents de Nathanaëlle,
retrouvés noyés au matin de Noël dans un petit ruisseau. À nouveau le récit va
donc se dérouler au fil d’une enquête que mène l’adolescente, aidée par la
lecture du journal intime de sa grand-mère, qu’elle tenait sous l’Occupation,
période sombre et pleine de « terribles secrets ».

L’Inconnu du donjon la même année
met en scène Garin Troussebœuf, un
personnage récurrent des œuvres d’Éveline Brisou-Pellen. Nous sommes cette fois
en 1354 et Garin, un scribe vagabond
de 14 ans qui parcourt les routes de Bretagne, rencontre « l’inconnu du
donjon » alors qu’il se trouve emprisonné avec lui au château de Montmuran,
après s’être retrouvé au milieu d’une bagarre entre Français et Anglais. Parmi
les vaincus anglais, seul cet inconnu ne veut pas décliner son identité. Mais
alors que celui-ci se volatilise soudain de sa cellule, Garin, qui a découvert qui
il était, va se trouver confronté à des ennuis que l’on rencontre
coutumièrement peu à son âge. L’œuvre est prétexte à peindre un tableau de
l’époque au gré de descriptions et d’un
vocabulaire précis
.

Garin réapparaît dans Le Crâne percé d’un trou en
1998, cette fois dans le cadre du Mont-Saint-Michel. La vie du jeune homme ne
manque pas de rebondissements inattendus puisque dès le lendemain de son
arrivée sur place, la précieuse relique du crâne de saint Aubert est dérobée à
l’abbaye. Suspecté, l’adolescent va devoir une nouvelle fois faire preuve
d’esprit de déduction. Il se distingue aussi par un humour qui apporte toujours une touche de légèreté aux récits qui
le mettent en scène.

Les Cinq écus de Bretagne,
roman paru en 2001, se situe à nouveau au Moyen Âge, mais c’est cette fois une
jeune fille – mais qui voyage déguisée en garçon ! – qui est au centre du
récit, Guillemette, qui vient habiter chez son grand-père à Rennes après
l’assassinat de son père. Elle découvre en lui un vieil homme charmant, Jamet
Boisguérin, qui travaille comme miseur – c’est-à-dire comptable –, et qui porte
en lui un lourd secret. Guillemette doit d’ailleurs à nouveau changer d’identité
et devient Philippa, la fille d’un ami de Jamet, pour éviter les rumeurs.
Au-delà de l’intrigue à clés, l’œuvre devient prétexte à illustrer ce qu’était
la condition féminine à la fin du XVe siècle en France.

Dans Deux graines de cacao, œuvre parue
en 2002, nous sommes cette fois dans le premier tiers du XIXe
siècle. Un nouveau petit garçon en est le héros, Julien, pensionnaire dans une
école religieuse, qui découvre soudain qu’il a été adopté. Il s’embarque à bord
du Prince sauvage, qui navigue vers
Haïti, à la recherche de ses parents. À la quête identitaire s’ajoute le thème
de la traite des esclaves, que
Julien divertit à bord grâce à ses talents de violoniste. C’est cette fois sur
le vocabulaire de la navigation qu’Évelyne
Brisou-Pellen s’est penchée en se documentant, et qu’elle met à la portée de
son lectorat.

En 2004, le héros de La plus grosse bêtise est
un dogue allemand, Hilaire du Harcouët, rebaptisé Pupuce à son arrivée dans une
nouvelle famille. L’auteure se met tout à fait dans la peau d’un chien qui,
anthropomorphisé, ressent les multiples injustices inhérentes aux interdits que
lui opposent ses maîtres : impossible de vomir là où il veut ou de sauter
dans la baignoire avec les enfants. Frustré dans ses instincts, Pupuce
multiplie les bêtises, dont il ne se sent pas responsable et qu’il juge pour sa
part parfaitement innocentes. L’œuvre semble très inspirée du Journal d’un chat assassin de
l’écrivaine britannique Anne Fine.

Dans le premier tome de la série Le Manoir,
sous-titré Liam et la carte d’éternité, publié en 2013, le manoir en
question est présenté comme une grande demeure isolée où Liam, un adolescent de
quinze ans qui se relève d’un cancer, est envoyé en convalescence. Le jeune
homme va y découvrir des colocataires hors-normes qui ont tout l’air de
patients d’un asile psychiatrique – des fantômes en réalité ! dont Liam va
aider à résoudre les problèmes d’âmes errantes qui les empêchent de faire le
saut vers l’au-delà, et ce en remontant le temps grâce à un écran géant – la
« carte d’éternité » – qu’il découvre dans le bureau du directeur des
lieux. À nouveau l’humour typique
des récits d’Évelyne Brisou-Pellen vient aérer le récit.

 

Évelyne Brisou-Pellen aime à situer ses récits à
des é
poques révolues qu’elle ressuscite grâce à une très importante documentation, certaines
trames à forte teneur historique le nécessitant, ce qui ajoute une valeur pédagogique à beaucoup de ses
œuvres, pour un jeune public invité à découvrir certaines périodes de
l’histoire de façon ludique. Pour être fidèle à certains cadres géographiques,
l’auteure ne dédaigne pas voyager pour mieux rendre des régions exotiques ;
ainsi s’est-elle rendue en Martinique pour La
Voix du volcan
ou au Mexique pour Le
Trésor des Aztèques
. Pour ses trames historiques, elle privilégie les périodes troublées, et beaucoup de ses
récits ont pour cadres des régions dépaysantes,
quand d’autres misent davantage sur une ambiance
fantastique
. Les mots clés de sa littérature, principalement destinée à la
jeunesse, sont : mystère, suspens, aventure
et sentiments.

Mais l’auteure précise
néanmoins qu’elle n’écrit pas pour
les enfants, considérant qu’un bon roman doit plaire à tous ; il se trouve
simplement que son style et ses sujets s’avèrent particulièrement adaptés à un
jeune lectorat remarque-t-elle. Cet état d’esprit lui permet de créer des
romans parfois plus exigeants, ne serait-ce que du point de vue du vocabulaire,
que ce qu’on trouve dans la littérature prévue plus en amont pour un jeune
lectorat.

 

 

« On pouvait être
milicien et “gentil garçon”, “bon père” et “le
meilleur des hommes”. Un jour, Pilou m’avait dit : “On ne peut pas
tenir rigueur à un homme toute sa vie de ce qu’il a fait à vingt ans. Il est
peut-être le premier à le regretter.” Il parlait alors d’un homme qui
était en prison pour hold-up, mais je comprenais maintenant qu’il parlait aussi
pour lui. Et puis, comment juger ? Si j’avais vécu à cette époque, comment
aurais-je réagi ?
Je me souvins opportunément de l’expression de maman : “C’est toujours
facile de savoir après coup ce qu’il aurait fallu faire.” »

 

Évelyne Brisou-Pellen, Un si terrible secret, 1997

 

« J’adorais mâchonner.
Et puis j’y étais obligé, surtout au moment où j’ai perdu mes dents de lait et
où les autres commençaient à pousser, car j’avais mal et que je voulais calmer
la douleur. Je me suis ainsi offert le couvre-lit de papa et maman. Ça apaisait
les gencives et ça faisait un scrouich très agréable en se déchirant. »

 

Évelyne Brisou-Pellen, La plus grosse bêtise, 2004

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