Les Combustibles

par

Le Professeur

Enseignant à l’université et maître de Daniel, il poursuit son travail de chercheur (ou est-ce de professeur ? Quel travail poursuit-il, en fait ? Lui-même l’ignore) pendant que se déroule le siège de la ville. « Continuer à enseigner, c’est se battre » dit le Professeur au début de la pièce. Il possède une vaste bibliothèque dont le spectateur voit les volumes disparaître au fil des actes, puisque les personnages sont amenés à les brûler. Il a un assistant, Daniel, qu’il loge chez lui et traite avec une certaine condescendance. En fait, le spectateur s’aperçoit bien vite que le professeur est un être cynique, dont le plaisir secret a été, pendant des années, de discréditer des auteurs dits faciles, mais qu’il lit en secret, pour en porter d’autres aux nues, mais dont il n’avait pas lu une ligne. Il le dit lui-même : « Je ne suis pas intelligent ! Je n’ai aucun plaisir à lire les auteurs que j’admire ! J’aime lire Blatek parce que c’est bête ! Ça fait vingt-cinq ans que je mens à mes étudiants ! »

Il aime à habiller son discours d’un humour froid – c’est de circonstance – et parfois cruel, qui frise même l’insulte. Ainsi s’adresse-t-il à Marina : « Parler de gras devant vous, c’est de mauvais goût. Autant parler d’une chute d’eau au Sahel. » Tout au long de la pièce, son attitude envers Marina est odieuse. Il est attiré par elle, ne peut s’en défendre, et cache cette attirance sous des paroles désagréables, par lesquelles il nie l’évidence : « Vous imaginez que je vous désire ? Désolé de vous décevoir, je ne vous désire pas du tout. Vous êtes trop maigre pour susciter le désir. » Marina n’est pas dupe : « Qui parle de désir, professeur ? […] C’est vous qui avez parlé de désir. » Elle se donne à lui, mais c’est le Professeur qui est la dupe : Marina ne le désire pas, elle ne désire que la chaleur que son corps peut lui apporter. Au fil des actes et des répliques le Professeur abandonne son costume d’intellectuel défenseur des livres à tout prix et proclame sans honte, au troisième acte, devant son disciple effaré : « Brûler ces bouquins que j’ai décortiqués pendant dix ans, puis encensés pendant plus de vingt ans, ça me fait rigoler ! » ; « Brûle ce que tu as adoré, adore ce que tu as brûlé ! », telle est sa nouvelle devise.

Le seul livre que le Professeur est prêt à défendre contre les flammes est Le Bal de l’Observatoire, qu’il a cloué au pilori pendant ses cours et sur lequel il écrivait un cours au début du premier acte. Il aime ce livre, parce qu’il reflète une tendresse de sentiments qui le touche, lui, homme mûr qui s’identifie au personnage du roman. Cependant, jusqu’à la fin, il demeure prisonnier de l’image d’intellectuel qu’il doit donner. Lire Le Bal de l’Observatoire devant tous à la bibliothèque universitaire ? Jamais ! « Je ne peux pas lire ce livre-là en public, après le mal que j’en ai dit. » Pire, même, il jettera au feu le livre qu’il adore car Marina lui a demandé de l’épargner. Sa méchanceté pousse Marina à aller chercher la mort, suivie de Daniel. Quant au Professeur, il profitera de la chaleur dégagée par le dernier livre, celui qu’il aime tant, qu’il fait brûler dans le poêle, avant d’aller à son tour se faire abattre par les Barbares.

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