Les faux monnayeurs

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La conception Gidienne de l’homme dans « Les faux-monnayeurs »

A-         Le pessimisme vis-à-vis du genre humain

 

L’humainest au centre de l’œuvre gidienne. Objet de son étude, l’homme dans sespassions, ses rêves et ses ambitions est disséqué d’un regard froid et distantqui n’est pas sans évoquer l’Ecclésiaste. Au long des pages, l’auteur se laissealler à confesser d’un ton mordant son pessimisme marqué vis-à-vis del’humanité. D’emblée, à travers Édouard, il affirme que « La cruauté, c’est le premier des attributs de Dieu ».Ce qui amène automatiquement à se demander quelle compassion on peut espérer decet auteur pour des créatures façonnées à l’image d’un créateur cruel. Aucune,comprend-on quand Gide affirme qu’il ne croit ni en l’homme, ni en la sociétéen tant qu’ensemble organisé. Pour lui, « s’il y a quelque chose de plusméprisable que l’homme, et de plus abject, c’est beaucoup d’hommes. Aucunraisonnement ne saurait me convaincre que l’addition d’unités sordides puissedonner un total exquis. » De quoi faire passer Hobbes pour un ferventcroyant en la bonne nature de l’homme.

Cependant,il faut noter à sa décharge que jamais Gide ne place, ni lui-même ni sesfamiliers au-dessus du lot. Pour ces derniers il aura cette méchantesortie : « Sachez qu’iln’est pas un de mes amis qui à la suite d’une fréquentation un peu longue nem’ait donné des gages d’imbécillité », tandis qu’il se réservera lui-même les honneurs d’un « Si encore j’étais certain de préféreren moi le meilleur, je lui donnerais le pas sur le reste. Mais je ne parvienspas même à connaître ce que j’ai de meilleur en moi… ».

Véritableiconoclaste, il n’épargne ni les sentiments,ni la foi, et brocarde les hommes dans leur évolution face à leurs rêves etleurs idéaux. De tout ceci, il se dégage le sentiment que bien qu’il soitpersuadé de se livrer à une analyse objective du genre humain, c’est plutôt uneprojection de son être intime qu’André Gide nous offre, sans concessions.

 

B-         De la nécessité d’une réforme

 

Parcequ’il constate que « Les préjugéssont les pilotis de la civilisation », l’esprit épris de perfectionqu’est celui de Gide ne peut que préconiser une réforme du genre humain,impérative selon lui, si l’homme veut se sauver de lui-même. « C’est l’amélioration de la race, àlaquelle il faut travailler » affirme-t-il. En effet la perception gidiennede l’homme ne concède à ce dernier que très peu de qualités tout en lecréditant de beaucoup de vices. Égoïste, égocentrique, orgueilleux, jaloux,méchant, enfermé dans le carcan des préjugés, et cachant ses tares sous levernis d’une bienséance apparente, telle est la nature de l’homme selon Gide etqui justifie son projet.

Cependant,le caractère irréalisable de cet idéal eugéniste à l’échelle de la société nelui échappe en rien puisqu’il sait que « toutesélection implique la suppression des malvenus, et c’est ce à quoi notrechrétienne de société ne saurait se résoudre. » Ce qui ne l’empêchepas de s’indigner face à cet état de chose. Il ne lui reste qu’à suggérerl’adoption de cet idéal au niveau individuel, et pour parvenir à saréalisation, il propose de répondre aux questionnements sur l’utilité de laforce intérieure possédée par chacun, la façon de tirer le meilleur desoi-même, la nécessité ou non d’avoir un but ou encore la méthode pouratteindre celui-ci. Pour sa part, il tente d’y parvenir en adoptant commeprincipal moyen la création littéraire et comme objectif de vivre sans but oualors de n’avoir pour seul but que « ledéveloppement de soi ».

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