Les Neiges du Kilimandjaro

par

Analyse des idées

Si son roman n’a pas, pourune fois, comme cadre un contexte de guerre, Hemingway s’intéresse toutefois aucomportement d’un homme sorti d’une société corrompue et désarçonnée dans laperte de ses valeurs.

Le dépaysement est en effettotal : l’époux de la riche américaine se retrouve perdu en plein cœur de l’Afrique ;son voyage au départ touristique – pour ainsi dire, le symbole de l’aisancematérielle et de la réussite – devenant un piège qui l’oblige à le faireréfléchir à sa vie passée en attendant la mort. En effet, on apprend que c’estpar le simple caprice d’un désir de chasse que Harry et Helen sont venus enAfrique : « Si tu avais voulu chasser, on aurait pu aller en Hongrie,et y être très bien ».

Ainsi, c’est la pertetotale du contrôle sur les événements que nous montre l’auteur. Dans une vie oùdésormais argent et pouvoir parviennent à tout régir, l’homme est réduit aurang de banal corps livré à la gangrène et au bon vouloir du sort.

Harry passera donc parplusieurs phases avant son trépas. Tout d’abord, il renie totalement l’amourqu’il aurait pu avoir pour Helen, il déclare n’en avoir jamais ressenti. Il luiadresse de verts reproches et souhaite qu’elle ne l’eût jamais rencontré : «Si tu n’avais pas quitté ta famille, toute ta sacrée Bon Dieu de clique […]pour m’adopter ».

Il se met également àparler en termes péjoratifs, dépréciatifs de leur hôtel parisien, le Crillon,dans lequel ils vivaient et qui constitue le summum du luxe. Harry semble êtreamer par rapport à tout, incapable de la moindre gratitude envers sa viepassée.

Ce comportement est donccelui d’un homme face à une mort qu’il sait imminente. Il ne fait qu’enjoindresa femme de le laisser tranquille, car il sait qu’il ne passera pas la nuit. Alorsqu’il répète à qui veut l’entendre « je vais mourir », Helen prend,elle, le contre-pied, et s’évertue à le maintenir en vie, se voilant la face.Elle rechigne à le voir boire de l’alcool car cela semble contre-indiqué considérantson état, s’efforce à lui faire boire du bouillon pour lui redonner des forces.

Nous avons donc au sein dece couple deux réactions totalement antithétiques face à la mort : Helenqui refuse le fait que son mari est à l’agonie, tente de le soigner et veut lemaintenir dans un état d’esprit vivant, et Harry qui s’imagine déjà mort et neveut pas entendre parler de guérison, se complaisant presque dans cet état.

La mort semble ici mettreun point final à toutes les espérances, tous les efforts, toutes les lumièresqui ont pu exister un jour dans la vie de l’un comme de l’autre. Cependant, ilfaut rappeler l’introduction de la nouvelle, qui s’ouvre sur une noteénigmatique : « Tout près de la cime ouest, il y a unecarcasse gelée et desséchée de léopard. Nul n’a expliqué ce que le léopardallait chercher à cette altitude. »  Ainsi, au sommet du Kilimandjarose trouve ce symbole animal qui ne trouve écho qu’à la fin de la nouvelle,alors que le pilote de l’avion qui transporte Harry change de cap pour sediriger vers le sommet de la montagne, comme si cette cime portait un secretrévélateur.

Ainsi, Harry s’en va mourirsur le Kilimandjaro, ce qui semble être porteur d’espoir dans cette nouvelledurant laquelle il a vu toutes ses espérances se désagréger une à une.Atteindre ainsi ce mont mythique, sur lequel l’homme n’a aucune emprise, porteune dimension régénératrice.

Par ce procédé, Hemingwaysemble nous montrer qu’il y a toujours une manière différente d’envisager lamort.

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