Les villes invisibles

par

Entre empire terrestre et empire verbal

Marco Polo fait ce récit à son empereur, car ce dernier l'a envoyé en mission dans toutes ces villes, faisant partie de son immense territoire. On a bien ici le territoire, l'empire terrestre.

Face à cela, on retrouve le jeune homme navigateur, aventurier, qui dans le monde entier a eu du mal à communiquer avec les autochtones, ne connaissant par leur langue, il a dû se lancer dans du pantomime, des mots simples, des bruits, des intonations et tenter d'en apprendre au fur et à mesure : « parfaitement ignorant des langues de l’orient, Marco Polo ne pouvait s’exprimer autrement que par gestes, en sautant, en poussant des cris d’émerveillement et d’horreur, avec des hurlements de bêtes et des hululements, ou à l’aide d’objets qu’il sortait de ses sacs : plumes d’autruche, sarbacanes, morceaux de quartz, et disposait devant lui comme les pièces d’un échiquier. Au retour des missions auxquelles Kublai l’affectait, l’ingénieux étranger improvisait des pantomimes que le souverain devait interpréter : une ville était désignée par le bond d’un poisson qui s’enfuyait du bec du cormoran pour tomber dans un filet, une autre ville par un homme nu qui traversait le feu sans se brûler […] Le Grand Khan déchiffrait les signes, mais le lien entre ces derniers et les endroits visités demeurait incertain : il ne savait jamais si Marco voulait représenter une aventure qui lui serait arrivée au cours de son voyage, l’histoire du fondateur de la ville, la prophétie d’un astrologue, un rébus ou une charade pour indiquer un nom. Mais que ce fut clair ou obscur, tout ce que Marco montrait avait le pouvoir des emblèmes, qu’on ne peut, les ayant...

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