Les villes invisibles

par

Le dialogue

Le dialogue entre Marco Polo et le grand empereur Kublai Khan a une dimension quasi philosophique. Elle sert de cadre au récit de Marco Polo sur les villes, comme un commentaire, une manière de mettre en valeur ses visites et d'en extraire le meilleur. C'est ainsi une forme de commentaire du contenu géographique et des souvenirs de l'explorateur que représente le dialogue, voire le débat.

 

Le roman débute ainsi : « Il n’est pas dit que Kublai Khan croit à tout ce que dit Marco Polo, quand il lui décrit les villes qu’il a visitées dans le cours de ses ambassades ; mais en tout cas l’empereur des Tartares continue d’écouter le jeune Vénitien […] Il y a un moment dans la vie des empereurs, qui succède à l’orgueil d’avoir conquis des territoires d’une étendue sans bornes [que nous avons conquis], à la mélancolie et au soulagement de savoir que bientôt il nous faudra renoncer [nous renoncerons] à les connaître et les comprendre ; une sensation dirait-on de vide [un senso come di vuoto], qui nous prend un soir avec l’odeur des éléphants après la pluie et de la cendre de santal quand elle se refroidit dans les brasiers éteints ; un vertige qui fait trembler fleuves et montagnes historiés sur la croupe fauve des planisphères […] : c’est le moment de désespoir où l’on découvre que cet empire qui nous avait paru la somme de toutes les merveilles n’est en réalité qu’une débâcle sans fin ni forme […] C’est dans les seuls comptes rendus de Marco Polo que Kublai Khan pouvait discerner, à travers...

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Dissertation à propos de Les villes invisibles