Les villes invisibles

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Les villes invisibles comme symbole du sens de l'existence

Le titre lui-même, de « villes invisibles » est intéressant dans le sens où ces villes n'existent pas dans la réalité mais ont été imaginées par l'auteur. Le monde qu'il décrit, les endroits visités et les monuments dont il parle ne sont pas réels.

Ces villes, au nombre de cinquante-cinq, réparties de manière mathématique dans neuf sections ( qui sont les suivantes : les villes et la mémoire, les villes et le désir, les villes effilées, les villes et le nom, les villes cachées, les villes et le ciel, les villes et les morts, les villes continues , les villes et le regard, les villes et les échanges, les villes et les signes ) sont toutes représentées par des prénoms féminins : elles sont personnifiées, le navigateur vénitien leur prête des pensées, des croyances, des sentiments etc … « Il en est des villes comme des rêves : tout ce qui est imaginable peut être rêvé mais le rêve le plus surprenant est un rébus qui dissimule un désir, ou une peur, son contraire. Les villes comme les rêves sont faites de désirs et de peurs, même si le fil de leur discours est secret, leurs règles absurdes, leurs perspectives trompeuses ; et toute chose en cache une autre. » et expriment ce de quoi elles sont faites, de la somme des peurs, des désirs de tous les habitants. Et l'empereur, estimant qu'il n'a pas tout cela, du haut de sa puissance, Marco Polo n'hésite pas à le comparer aux villes : « Moi, je n’ai ni désirs ni peurs, déclara le Khan, et mes rêves sont composés soit par mon esprit soit par le hasard. »

 

« Les villes aussi se croient l’œuvre de l’esprit ou du hasard, mais ni l’un ni l’autre ne suffisent pour faire tenir debout leurs murs. Tu ne jouis pas d’une ville à cause de ses sept ou soixante-dix-sept merveilles, mais de la réponse qu’elle apporte à l’une de tes questions. » Marco trouve ainsi dans ses voyages dans ces villes des réponses aux questions qu'il a pu se poser dans sa vie, des questions comme : « quel désir te porte ? » ou encore « quelles sont les découvertes, que cherches tu, quels sont tes rêves ? »

 

L'auteur, dans ce roman écrit comme un hommage aux villes, exprime tout ce qu'il y a trouvé et a pu y ressentir, et pose une réflexion sur le monde actuel, les grandes villes du monde, mais aussi sur la condition humaine ( « L’homme marche pendant des jours entre les arbres et les pierres. L’oeil s’arrête rarement sur quelque chose, et seulement quand il y a reconnu le signe d’autre chose : une empreinte sur le sable indique le passage du tigre, un marais annonce une source, la fleur de la guimauve la fin de l’hiver. Tout le reste est muet et interchangeable ; les arbres et les pierres ne sont que ce qu’ils sont. » ) au cours de son siècle, sans oublier le voyage, comparant les villes à des étapes de la vie, notamment la recherche du bonheur, du paradis, la crainte de l'enfer et à l'appréhension que l'on a de l'avenir : « Toi qui regardes autour de toi et vois les signes, tu sauras me dire vers lesquels de ces avenirs nous poussent les vents propices ? » L'enfer des vivants n'est pas chose à venir ; s'il y en a un, c'est celui qui est déjà là, l'enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d'être ensemble. Il y a deux façons de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart : accepter l'enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage, continuels : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l'enfer, n'est pas l'enfer, et le faire durer, et lui faire de la place.

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