Lettres à Madame Hanska

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Honoré de Balzac

Chronologie

 

1799 : Honoré Balzac (la particule viendra plus tard) naît à Tours dans une famille bourgeoise d’un père ayantcommencé comme petit clerc de notaire et terminé directeur des vivres auxarmées. Le futur écrivain souffrira de l’absenced’affection de sa mère qui luipréfère son frère cadet, mais il restera toujours très proche sa jeune sœurLaure, à travers laquelle il connaîtra ZulmaCarraud, amie intime et correspondante qui jouera un grand rôle dans sa vie.De 1807 à 1813 il est élève au collège des Oratoriens à Vendôme. En 1814, lafamille s’installe à Paris. Successivementbachelier en droit, puis clerc denotaire et clerc d’avoué, le jeune homme décide très tôt, à vingt ans, qu’il sera écrivain. Il se consacre ainsi à la littérature de 1820 à1824. Dès 1820, il commence des œuvres qu’il n’achève pas. Il termine enrevanche une pièce, Cromwell, qui nesera pas jouée. En 1822 il commence à publier des œuvres de jeunesse sous plusieurs pseudonymes et rencontre l’une despremières femmes importantes de sa vie, Laurede Berny, dite la Dilecta, de vingt-deux ans son aînée. Puis il commence en1825 une relation avec la duchessed’Abrantès, de quinze ans plus âgée. En 1825 il se lance dans l’édition ;en 1826 dans l’imprimerie ; l’année suivante dans une société pourl’exploitation d’une fonderie de caractères d’imprimerie. Ce faisant ilaccumule échecs et dettes.

1829 : Balzac publie LesChouans, le premier des quatre-vingt-dix romans et nouvelles qui formerontLa Comédie humaine (cent trente-septétaient prévus). Sur le fond histoire des combats entre paysans et noblesse d’Ille-et-Vilaine,et soldats républicains, Balzac, très inspiré par Walter Scott, met en scène un drameromantique entre un homme et une femme qui vont devoir chacun trahir leurcamp. L’auteur, par souci de réalisme, s’est au préalable livré à un travail d’étudede topographie et du patois local. C’est la première œuvre qu’il signe de sonnom. L’année suivante à l’occasion de la publication d’El Verdugo il ajoute la particule. Entre 1829 et 1833 Balzacdéploie une intense activité dejournaliste, avec un point culminent en 1830 (plus de cent articles). Ilcollabore notamment à la Revue de Pariset au Feuilleton des journaux politiques.

1830 : Balzac publie six nouvelles réunies sous le nom de Scènesde la vie privée. Dès lors le principe et l’usage du mot« scène » sont fixés.

1831 : La Peau de chagrin, l’un des romans les plus lus et étudiés del’auteur, paraît. Entre roman philosophique, récit fantastique, conte orientalet chronique désenchantée des années 1830, Balzac dessine à travers le parcoursde Raphaël de Valentin une allégorie du désir qui ronge et tue. Lamême année paraît la nouvelle Sarrasine, histoire du désir et dela désillusion d’un jeune sculpteur qui apprend que cette Zambinella qui lefascine et l’éconduit est en réalité un castrat. Balzac évoque ici les affreset les souffrances liées à la création. Dans Le Chef-d’œuvre inconnu, ilmet en scène le jeune Nicolas Poussin aux côtés de deux peintres. À l’issue dela nouvelle, l’un des trois, un vieux maître qui travaillait sur sonchef-d’œuvre depuis dix ans, se tue après avoir lu, lorsqu’il le leurmontre, la déception sur le visage de ses pairs.

1832 : Dans Le Curé de Tours, l’abbé Birotteau subit la haine et lesintrigues d’un autre abbé et de sa logeuse, qui parviennent à lui faire toutperdre. Balzac commence cette année-là et jusqu’en 1837 à faire paraître desextraits de ses Cent contes drolatiques. L’écrivain avait ici le projet, commepour tester son génie, d’écrire des récitslicencieux, sensuels, à lamanière des vieux conteurs français. Ainsi fait-il usage d’un langage coloré, savoureux, et ses sources d’inspirations vont de Rabelais, au premier plan, à Boccace enpassant par Béroalde de Verville. Parmiles thèmes principaux : des couples marqués par l’adultère et les péchéscommis par des religieux. Le héros éponyme du roman Louis Lambert est un jeune prodige que sa quête d’infini,sa constante recherche spirituelle finissent par foudroyer à l’âge devingt-huit ans seulement. Il est en cela comparable à d’autres héros balzaciensbrutalement consumé dans leur recherche d’absolu. Il est question de LouisLambert comme d’un ange voulantrépondre à sa vocation d’ange, et dont l’être intérieur finit par sedébarrasser de l’être extérieur. Une première version du Colonel Chabert paraît lamême année, dont le héros, blessé en 1807 à la bataille d’Eylau, ne revient àParis que dix ans plus tard pour y retrouver sa femme remariée. Après destentatives de transaction, il finira, dégoûté par les manœuvres de son épouse,par se retirer dans un hospice. C’est aussi en 1832 que Balzac reçoit une lettre d’Ève Hanska, cette riche propriétaire ukrainienne, la fameuse « Étrangère » qu’il rencontre àNeuchâtel en 1833 et avec laquelle il ne se mariera qu’en 1850, aprèsbien des frustrations, quelques mois avant la mort de l’écrivain. Plus dequatre cents lettres ont été conservées de leur correspondance. Balzac adhèreen outre à cette période au parti légitimisteet aux idées de Bonald.

1833 : Un contrat est signé pourla publication d’Études de mœurs au XIXe siècle, où sont réunis trois types de Scènes : Scènes de la vie privée, Scènesde la vie de province et Scènes de la vie parisienne. EugénieGrandet, un des romans les plus lus de Balzac, paraît cette année-là.L’héroïne est la fille d’un ex-tonnelier très riche, obsédé par sa fortune. Lajeune femme contraste avec son père par sa beauté et la noblesse de son âme. Elleest bien entendu un parti convoité mais un amour de jeunesse déçu la mène à semontrer désintéressée à tout et après un mariage qu’elle a voulu blanc et lamort de son mari, elle se consacre à des œuvres de charité. Le récit est connupour sa lente et longue exposition puis sa précipitation vers le dénouement, etla finesse avec laquelle sont peints les personnages.

1834 : Les Études se diversifientet s’insèrent dans un système d’ensemble à partir de cette année. Aux Étudesde mœurs (qui décrivent les« effets sociaux » et constitueront, à travers les diversessous-sections intitulées Scènes, lestrois quarts de La Comédie humaine), viennents’ajouter des Études philosophiques (quiremontent aux causes) et des Études analytiques (qui se penchentsur les principes). L’introduction àla première livraison des Étudesphilosophiques, de la main de Félix Davin mais largement inspirée parBalzac, explique la division en scènes et annonce des Scènes de la vie de campagne et des Scènes de la vie politique.Le titre de La Recherche de l’absolu, roman paru cette année-là, faitréférence à la quête éperdue de Balthazar Claës qui, soudain pris par le démonde la recherche, se désintéresse totalement de sa famille au profitd’expériences de chimie. Il la ruine plusieurs fois et ce sont les femmes – lamère puis sa fille Marguerite – qui parviennent à maintenir la famille à floten laissant au père ses illusions.

1835 : C’est à travers Le Père Goriot, à la charnière desannées 1834 et 1835, que Balzac imagine de généraliserà toute La Comédie humaine le phénomène des « personnagesreparaissants ». Pour unifierson œuvre il se met alors à débaptiser et rebaptiser plusieurs personnages.L’homme qui donne son titre au PèreGoriot est décrit comme un « christ de la paternité » par Balzac.C’est un ancien négociant devenu richissime qui sacrifie tout à ses deux filleset meurt dans la misère, pensionnaire de la maison Vauquer, véritable pivot du roman. On y retrouve le jeune Rastignac découvrant une capitalequ’il s’apprête à croquer, mais encore Vautrin,une figure inquiétante, un ancien forçat qui tente vainement de tenter le jeunehomme. La même année paraît La Fille aux yeux d’or, dontl’intrigue se noue autour d’une jeune fille dont on découvre qu’elle estl’esclave sexuelle d’une marquise. Avec La Duchesse de Langeais (1832) et Ferragus (1834) cette nouvelle forme la trilogie de L’Histoire des treize,dont les récits sont marqués par un romantismeparoxystique, des désordres de lapassion et les thèmes des sociétéssecrètes et de la conspiration.

1836 : Le roman Le Lys dans la vallée estconstitué par une longue lettre où le comte Félix de Vandenesse confie à lafemme qu’il s’apprête à épouser l’histoire de ses amours, et ce pour luiexpliquer ses moments de rêverie. La comtesse destinataire lui répondspirituellement qu’elle lui rend sa liberté, peu désireuse de lutter avec les ombresdes deux femmes qu’il a passionnément aimées. L’aventure de la Chronique de Paris, revue éphémère, estun nouvel échec pour Balzac.

1837 : La première partie d’Illusions perdues paraît. Deuxautres parties seront publiées jusqu’en 1843. Ce roman raconte l’ascension dansle monde de Lucien Chardon, un beaujeune homme poète devenu un influentjournaliste, puis sa chute alors qu’il tente de reprendre le patronyme –« de Rubempré » – de sa mère. Parallèlement on suit le parcours deDavid Séchard, son ami d’enfance ayant repris une imprimerie et qui lui-mêmedoit faire face à des désillusions. Des difficultés le poussent en effet à vendreà ses concurrents son invention d’un papier révolutionnaire. À la fin du roman,Lucien, près de se suicider, accepte le pacte présenté comme diabolique que luipropose sous le nom d’Herrera lemystérieux homosexuel Vautrin, et qu’avait refusé Rastignac dans Le Père Goriot.

1838 : La première partie de Splendeurs et misères des courtisanes, qui fontsuite aux Illusions perdues, paraît. Sa conception et sa publicationseront échelonnées jusqu’en 1847. Luciende Rubempré fait une nouvelle ascension dans le monde grâce au pacte passéavec Herrera. Balzac expose de façon assez crue pour l’époque les scènes duplaisir et du crime, évoquant très explicitement l’homosexualité et laprostitution. La figure d’Herrera, en réalité le forçat Collin, écrase toutesles autres, et termine, grâce à ses intrigues et ses menaces, chef de la sûretétandis que Lucien s’est tué en prison pour n’avoir pas cru en les ressources deson protecteur, tout comme Esther, la jeune femme qu’il aimait et qu’Herrera voulaitpousser à s’offrir au puissant banquier Nucingen. Cette œuvre revêtant les caractéristiques du roman-feuilletonconnut un grand succès. En 1838 Balzac tente une nouvelle aventure dans lemonde des affaires, part pour la Sardaigne dans le but d’y exploiter une mineargentifère mais il arrive trop tard.

1839 : Avec Grandeur et décadence de César Birotteau, Balzac livre uneétude du monde du commerce à traversles infortunes que rencontre un parfumeur légitimiste et bien en vu lors de laRestauration, qui finit, vertueux jusqu’à la caricature, par devoir patiemmentrembourser des dettes dont il n’est pas responsable. Cette année-là l’écrivaindevient président de la Société des gens de lettres.

1840 : Nouvel essai dans l’édition, nouvel échec : la Revue parisienne naît et meurt enl’espace de trois mois.

1841 : Le roman Ursule Mirouët raconteles problèmes rencontrés par une pupille héritière du médecin qui l’avaitsoigneusement éduquée avant de mourir, harcelée par les manigances et lescalomnies de la parentèle de celui-ci. La jeune femme manque de mourir maisl’innocence finit par triompher, aidée de quelques révélations supranaturelles.Uneténébreuse affaire est un roman très largement inspiré d’un fait diverssurvenu en 1800 quand les manigances de l’homme politique Joseph Fouché avaitvalu à des innocents d’être condamnés à mort. Balzac a pris plaisir à mettre enscène des forces occultes à l’œuvre à travers l’action, historiquementnouvelle, d’une police politique françaiseplongée, en des temps troublés, dans des luttesde pouvoir.

1842 : Balzac signe un contratpour la publication de ses œuvres complètes avec trois libraires,dont Furne, nom bien connu desbalzaciens. Un « Avant-propos »est rédigé où l’auteur explique les ambitions variées qui ont présidé à sonœuvre. Dix-sept volumes paraîtront entre 1842 et 1848, un dix-huitième après samort. La Rabouilleuse, œuvre assez méconnue publiée cette année-là,est pourtant un roman très riche de la maturité de l’auteur. Balzac y illustreles conséquences d’une autorité paternelle en berne à travers les destins dedeux frères grandis sans père, mais encore la crise de la générationexaltée par les batailles et l’expansion de l’Empire, et dont l’ambition s’étaitmise à tourner à vide après la chute deNapoléon.

1845 : Naissance de la section des Scènes de la vie militaire qui necomprendront que Les Chouans (1829)et Une passion dans le désert (1830).

1846 : Le roman La Cousine Bette estl’histoire de la vengeance dupersonnage éponyme, une vieille fille laide et caractérielle qui tient en haineune partie de sa famille. Balzac apparaît là très pessimiste sur une sociétéprésentée comme vaine et corrompue. Il n’y pas de héros ici, nullevaleur sinon l’argent. Le récit de ce roman-feuilleton qui avance à touteallure, sans plus de ces digressions coutumières à l’auteur, plein derebondissements, rencontre un grandsuccès public. Le Cousin Pons qui paraît l’année suivante est un nouveau romanparticulièrement pessimiste,entièrement contaminé par la vénalitéqui entoure un ancien musicien, Sylvain Pons, amateur d’art ayant su réunirdans son salon une collection de grande valeur, et qui, banni de chez safamille, trouve un réconfort en l’amitié de Schmucke, un autre vieil hommemusicien qui, fait héritier par son ami, sera dépouillé et trépassera peu aprèscelui-ci. Ces deux vieux hommes représentent ainsi des figures de naïfs et d’idéalistessans lignée, écrasées par celles de comploteurs et de matérialistes. Il sembleque Balzac, qui se méfiait particulièrement de sa mère, ait mis beaucoup delui-même dans le personnage du cousin Pons. Avec ces deux romans, qui formentle diptyque Les Parents pauvres, Balzac retrouve un temps le goûtd’écrire après avoir senti sa veine se tarir.

1850 : Honoré de Balzac meurt àcinquante-et-un ans à Paris, laissant derrière lui cinquante titres d’œuvres enprojet et sans doute l’œuvre la plus immense de la littérature française.

 

L’art d’Honoré de Balzac

 

Évoquant le personnage Balzac, on parlecoutumièrement d’une grande vitalité, d’un géant ou d’un forçat de la littérature,étant donné l’immensité de son œuvre, écrite dans l’espace d’une vie assezcourte. Dans sa volonté de brosser toutes les strates et tous les milieux de lasociété, l’écrivain s’est intéressé à l’aristocratie, à la petite et à lagrande bourgeoisies, à la bourgeoisie de robe, la bourgeoisie commerçante, lapaysannerie, aux mondes de la banque, de la finance, de la politique, de lamédecine, de l’art, etc. Balzac s’est même dit lui-même davantage historien que romancier ; son dessein à cet égardapparaît inspiré de ce qu’il avait vu Walter Scott faire pour le passé médiéval.L’unité organique de LaComédie humaine a pris progressivement forme dans son esprit entre 1829et 1848. L’écrivain a d’abord imaginé la division en Scènes (1830), en Études(1833), puis a systématisé le phénomène de réapparition des personnages en 1835,et trouvé le titre en 1840. Marcel Proust emploiera une formule célèbre pourdécrire cette évolution, celle d’« illuminationrétrospective ».

À côté de ses dimensions sociale et historique, l’œuvrebalzacienne s’intéresse beaucoup au vécu des contemporains, et l’écrivain prendsoin d’exposer leurs états d’âme,leurs souffrances, leur sentimentd’humiliation, d’abandon, leurs remords, leurs désillusions et leurs désirstrahis. Le phénomène des « personnages reparaissants » permet de leurdonner une ampleur accrue, de par leur saisie à divers moments de leur vie,l’anticipation permise ou le regard rétrospectif formant un système d’échospropre à décupler le sens. Dans l’immense fresque balzacienne on compte en toutdeux mille personnages fictifs,auxquels s’ajoutent trois millepersonnages historiques – bref, de quoi « faire concurrence à l’état civil » d’après la formule del’écrivain, qui a aussi dit avoir l’ambition de faire pour la société ce queBuffon, son modèle, avait fait pour la zoologie. Ainsi Balzac s’emploie à montrer, à montrer beaucoup, plusieursindividus d’un même type, individualisantle type et typisant l’individuselon ses propres expressions ; et au lecteur de se former sa propreréflexion à partir des innombrables signes qui lui sont donnés, le narrateur restant impartial. Chaque problème humain doit ainsi être représenté sousune multitude de facettes, et l’écrivain organise son système de sorte que lespersonnages offrent les uns mis à côtés des autres contrastes, contrepoints etconnexions. Les œuvres étant étalées sur troisgénérations, le lecteur peut assister à l’accession des membres d’une mêmefamille aux plus hautes fonctions de l’État. Du point de vue du ton, Balzac,s’il met en scène des récits souvent tragiques, use abondamment d’humour, d’ironie et d’une certaine dérision.

Si l’œuvre de Balzac fait d’abord penser à unegrande fresque romanesque, à des études de mœurs, il faut aussi prendre encompte qu’elle est nourrie de l’attraitde l’auteur pour la philosophie (ilsuivait des cours à la Sorbonne à dix-sept ans et s’est montré particulièrementattentif aux pensées de Rousseau, Leibniz, La Mettrie, Bonald), les sciences (il a également pris des coursau Muséum), et diverses disciplines parmi lesquelles la chimie (Berzelius), la physique(Galvani, Volta), le naturalisme(Buffon, Saint-Hilaire, Cuvier, Needham et son concept de « forcevégétative »), la phrénologie(Gall), la physiognomonie (Lavater) maisencore la théosophie (Swedenborg),l’illuminisme et le mysticisme. Dès 1820 il avait écrit uneDissertation sur l’homme, un Traité de la prière en 1823. Véritable polygraphe, il s’est essayé à denombreux genres : des Traités (Traité de la vie élégante en 1830) mais aussi plusieurs Monographies (de la presse parisienne en 1843), Codes(des honnêtes gens en 1825) et Physiologies (du mariage en 1829). S’intéressantà tout et désireux d’unité, entre lamatière et l’esprit, l’ordre du monde etl’âme, Balzac apparaît tour à tour spiritualiste et matérialiste, mystiqueet positiviste. L’œuvre doit selonlui équivaloir au monde, être un toutsynthétique donc, mais avoir en outre la souplesse d’une analyse. L’auteur,comme plusieurs de ses personnages, apparaît en quête du secret de l’homme etdu monde. À cette fin, l’intuition etle sens de l’observation sont deséléments primordiaux chez Balzac. Celui-ci permet de focaliser l’analyse sur undétail, lequel peut révéler l’espritd’un personnage voire d’une région, et donc receler une valeur synthétique. Un va-et-vient permanent a ainsi lieuentre les détails et l’ensemble, fait d’inductions et de déductions.

Balzac a commencé d’écrire des pièces de théâtre dès 1820 maislongtemps elles ne sont pas jouées. Vautrinconnaît une représentation en 1840 ; Les Ressources de Quinola sont jouées vingt fois en 1842 ; Paméla Giraud connaît un petit succèsen 1843 ; La Marâtre elle aussiest représentée une vingtaine de fois ; Mercadet sera jouée après sa mort. Notons enfin que l’écrivainavait essayé plusieurs fois de se faire élire à l’Académie française, sans succès, de même que ses tentatives pour sefaire élire député ont échoué.

 

 

« Jevais vous révéler en peu de mots un grand mystère de la vie humaine. L’hommes’épuise par deux actes instinctivement accomplis qui tarissent les sources deson existence. Deux verbes expriment toutes les formes que prennent ces deuxcauses de mort : vouloir et pouvoir. Entre ces deux termes de l’actionhumaine, il est une autre formule dont s’emparent les sages, et je lui dois lebonheur de ma longévité. Vouloirnous brûle et pouvoir nousdétruit, mais savoir laissenotre faible organisation dans un perpétuel état de calme. Ainsi le désir ou levouloir est mort en moi, tué par la pensée ; le mouvement ou le pouvoirs’est résolu par le jeu naturel de mes organes. »

 

Honoré deBalzac, La Peau de chagrin, 1831

 

« Un homme qui se vantede ne jamais changer d’opinion est un homme qui se charge d’aller toujours enligne droite, un niais qui croit à l’infaillibilité. Il n’y a pas de principes,il n’y a que des événements ; il n’y a pas de lois, il n’y a que descirconstances : l’homme supérieur épouse les événements et lescirconstances pour les conduire. S’il y avait des principes et des lois fixes,les peuples n’en changeraient pas comme nous changeons de chemises. »

 

Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835

 

« Financièrementparlant, monsieur Grandet tenait du tigre et du boa : il savait secoucher, se blottir, envisager longtemps sa proie, sauter dessus ; puis ilouvrait la gueule de sa bourse, y engloutissait une charge d’écus, et secouchait tranquillement, comme le serpent qui digère, impassible, froid,méthodique. »

 

Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, 1833

 

« Le suicide est l’effetd’un sentiment que nous nommerons, si vous le voulez, l’estime de soi-même, pourne pas le confondre avec le mot honneur. Le jour où l’homme se méprise, le jouroù il se voit méprisé, le moment où la réalité de la vie est en désaccord avecses espérances, il se tue et rend ainsi hommage à la société devant laquelle ilne veut pas rester déshabillé de ses vertus ou de sa splendeur. Quoi qu’on endise, parmi les athées (il faut excepter le chrétien du suicide), les lâchesseuls acceptent une vie déshonorée. »

 

Honoré de Balzac, Illusions perdues, 1837-1843

 

 

« Les lois sont des toiles d’araignées à travers lesquellespassent les grosses mouches et où restent les petites. »

 

Honoré de Balzac, La Maison Nucingen, 1838

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