Lettres à Madame Hanska

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Spécificité de l’œuvre

Les Lettres à Madame Hanska sont sûrement une des productions les plus intimistes, les plus spontanées d’Honoré de Balzac. En effet, si bon nombre de personnages de sa gigantesque entreprise La Comédie humaine sont inspirés du réel, de la vie parisienne, des bourgeois et du peuple qu’il côtoie, aucun d’entre eux n’est clairement identifié comme étant un être véritable. Une part de fiction demeure toujours dans ces ouvrages romancés, directement tirés de l’imagination de leur auteur.

Or, le personnage de Madame Hanska n’a subi aucune modification, n’a été en rien changé dans l’œuvre de Balzac. La véritable histoire de leur amour et de leur rencontre est livrée sous la forme de lettres, manière d’autant plus intimiste et sincère de relater une histoire. Ainsi, Balzac est dans cette œuvre-ci totalement en adéquation avec le réel.

Le fait qu’il n’y avait aucune volonté de la part de l’auteur de partager avec le monde le contenu de cette correspondance longue de dix-huit ans donne aux Lettres à Madame Hanska une authenticité incontestable. Ainsi, aucun détail de la relation qu’il entretient avec cette femme issue d’une famille polonaise n’est tenu secret. Les lettres narrent l’intégralité de l’histoire de ces deux personnes avec des détails qu’un auteur pourrait être tenté d’omettre, sans pour autant en altérer la réalité :

« Quant à moi chère adorée, quoique cet événement [la mort de M. de Hanski] me fasse atteindre à ce que je désire ardemment depuis dix ans bientôt, je puis devant vous et Dieu, me rendre cette justice que je n’ai jamais eu dans mon cœur autre chose qu’une soumission complète et que je n’ai jamais souillé dans mes plus cruels moments, mon âme de vœux mauvais. On n’empêche pas certains élans involontaires et je me suis souvent dit combien ma vie serait légère avec elle. On ne garde pas sa foi, son cœur, tout son être intime sans espérance. »

Ainsi, dans ses lettres, Balzac multiplie-t-il les surnoms tendres qu’il donne à sa compagne, et le lecteur peut être témoin de l’évolution de ceux-ci au fil du temps et de l’épanouissement de la relation. Des apostrophes telles que « Madame », « Ma chère âme », « Mon cher ange aimé » prouvent la force d’une relation sincère, vraie, mais pourtant très courtoise. Puis, les appellations se font de plus en plus intimistes et le lecteur se voit donc directement immergé dans la correspondance amoureuse au gré des « Ma minette », « Mon chéri Loup-loup », « Mon Ève chérie » qu’attribue l’auteur à son amante. Le lecteur devient donc un voyeur indiscret qui s’immisce dans une correspondance adressée à autrui. On découvre les intenses sentiments de Balzac, les circonstances de la vie de Madame Hanska et toute la chronologie de l’amour qui l’unit à cette femme mariée, mère de famille – amour qu’elle lui rend bien, puisque c’est elle qui au départ a pris l’initiative de lui écrire.

Ainsi, les Lettres à Madame Hanska, en raison du fait qu’elles n’étaient point destinées à une quelconque publication, dénotent une intimité particulière. S’il est vrai qu’elles sont l’œuvre de Balzac, il n’en est pas moins vrai que cette correspondance se démarque entièrement du reste de son œuvre.

 

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