Lettres à Madame Hanska

par

Une relation basée sur l’éloignement

L’attente est un thèmeomniprésent dans la correspondance entre Madame Hanska et Honoré de Balzac, commeon peut s’y attendre de toute relation sentimentale dont la distance est l’undes éléments primordiaux. Quatre cent quatorze lettres donc, écrites pendantdix-huit longues années. Gonzague Saint Bris résume cette histoire d’amour dansles termes suivants : « dix-huitans d’amour, seize ans d’attente, deux ans de bonheur et six mois demariage ». Il paraît donc tout à fait normal que cette correspondancesoit emplie d’éléments qui soulignent sensiblement l’attente perpétuelle danslaquelle se trouvait Balzac – attente d’une nouvelle missive, attente d’un bonheurtant espéré. Un exemple de cette attente est bien présent dans la lettre queBalzac écrit après la mort du comte de Hanski :

« Oh !Combien je désire ardemment d’aller vous revoir ! Mais combien j’attendsde vos nouvelles ! je suis effrayé, maintenant que vous êtes libre, de nepas avoir de vos nouvelles, après une lettre où vous me dites que vous êtesmalade ! »

Mais l’attente est liée audésespoir. La femme qu’il aime est mariée et il ne peut la ravir à son époux.Ainsi achève-t-il une de ses lettres par ces mots : « Mille baisers pleins de caresses, mille caresses pleines debaisers. Mon Dieu, ne pourrais-je donc jamais te faire bien voir combien jet’aime, toi, mon Ève. »

On est en droit de se demander sil’attente et l’absence qui ont présidé à cette relation ne sont pas égalementles éléments qui en ont garanti la pérennité. L’attente aurait peut-être permisde préserver l’amour des désenchantements d’une trop grande proximité.

Très rapidement, l’amour deBalzac pour sa correspondante prend une place importante dans la vie del’auteur parisien. Elle devient pour lui sa muse et son inspiration pour sescréations. L’attente, l’absence et le mystère excitent constammentl’imagination de l’auteur et il fait de son aptitude à créer un heureux effetde sa relation à distance avec Madame Hanska.

« cetanneau sera à mon doigt pendant toutes mes heures de travail, je le mets aupremier doigt de la main gauche, avec lequel je tiens mon papier, en sorte queta pensée m’étreint, tu es là avec moi, maintenant au lieu de chercher en l’airmes mots, et mes idées je les demande à cette délicieuse bague et j’y ai trouvétout Séraphîta. »

Mais la distance n’a point apportéque des joies à l’auteur et à son inspiration créatrice. Elle pose un obstacleconsidérable que l’amoureux prend la peine de surmonter autant qu’il le peut ense rendant auprès de Madame Hanska lorsque les circonstances le permettent. Maislorsque l’imagination de Balzac s’excite pour le meilleur, chez Madame Hanskaelle donne naissance à des inquiétudes nombreuses. Elle craint que Balzac luiait été infidèle et doute constamment de la sincérité de ses sentiments.L’éloignement qui a donné naissance à cette union menace également d’en causerla fin.

« Je reçois à l’instant votre secondelettre et je suis encore sous le coup de l’abattement qu’elle a produit en moi […]Oh ! Comme vous avez eu bien tôt fait le procès à la plus tendre, à laplus constante et la plus vivace affection qui fut jamais sans l’entendre, sansvous expliquer les petites choses dont vous vous êtes choquée, sans vousrappeler le peu d’explications qu’il m’a été permis de vous donner dans letemps. Avec quelle glaciale tranquillité vous lui dites : “Vous êteslibre”. »

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