Lorenzaccio

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Alfred de Musset

Alfred deMusset est un écrivain français né à Paris en 1810 où il décède en 1857. Il estl’auteur d’une œuvre écrite tôt, rapidement, et intense. Sa poésie lyrique senourrit des thèmes de l’amour, de la souffrance et de la mort mêlés, tandis queson théâtre s’assure la postérité en s’affranchissant des formes qui auraientpermis qu’il soit représenté de son vivant. Son œuvre, à teneurautobiographique, et sa vie, peuvent se lire à travers le prisme d’un conflitirrésolu entre les notions de pur et d’impur, après que l’auteur eut très tôtle sentiment, chez lui, d’une pureté perdue.

Il naîtdans un milieu aisé et cultivé ; son père par exemple voue un culte àRousseau. Il vit une enfance paisible dans un foyer gai et suit une scolaritétrès brillante. L’adolescent rime tôt, et pénètre le milieu des lettres àtravers son ami du lycée Paul Foucher, beau-frère de Victor Hugo.

Musset,qui a plusieurs talents et s’intéresse à plusieurs arts, hésite entre lamédecine et le droit, mais il se consacre finalement à une carrière littérairequ’on ne lui interdit pas. Quelques essais poétiques de cette époque demeurent,inspirés des Odes et Ballades et des Orientales d’Hugo, aux matièreshistoriques ou macabres, très à la mode, dont des madrigaux sans originalité,des évocations grecques inspirées de Chénier. Son espièglerie, l’adolescencedont il conservera les traits toute sa vie transparaissent dans des rythmesacrobatiques et des couplets humoristiques. Si le poète ne révèle pas encore sonintimité, ne laisse voir aucune pensée personnelle, la souplesse et l’élégancede sa forme frappent déjà.

S’ilfréquente les soirées de l’Arsenal de Nodier, rencontre Vigny et Sainte-Beuve,ses amis ne sont pas des hommes de lettres. Et si ses premiers écrits nesentent pas l’école, c’est qu’ils sont d’un jeune homme qui ne forcera jamaisson talent ; plus homme du monde qu’homme de lettres, Musset aime alors àfréquenter de jeunes gens romantiques poursuivant une vie de plaisirs etadeptes des restaurants les plus élégants.

Les Contes d’Espagne et d’Italie surprennentà leur publication en 1829. Le titre ne dit pas qu’outre Don Paez, drame de la jalousie dans un cadre espagnol, et Portia, triomphe de l’amour sur un maridans un décor italien, ce recueil de vers comprend un autre conte dontl’action, empreinte de la même matière romantique, a pour cadre Paris, dont laforme est plus hardie – le vers de Musset déjà se désarticule – et où le ton sefait plus simple, plus conforme aux événements contemporains décrits. Uneironie désinvolte distingue les autres pièces. Musset, outrant les tics duromantisme, est susceptible de se mettre tout le monde à dos : les ennemisdu romantisme qui ne comprennent pas la parodie, et les tenants du romantismequi la comprennent, qui se sentent tournés en ridicule. L’auteur semble à beaucoupirrespectueux ; on s’étonne qu’il y ait si peu de sentiment chez un jeunehomme. Pourtant, Musset a déjà connu l’amour, mais un amour trahi qui,pense-t-il, laissera toujours en lui son empreinte à travers un certainscepticisme et de la défiance.

À vingtans, sa deuxième pièce, La Nuitvénitienne, est représentée. Ce drame en un acte et en prose tourne autourdes amours de Razetta, jeune homme impétueux menant une vie de désordre, avecLaurette, mariée à un prince que son soupirant lui demande de tuer, autrementil se tuera. Mais Razetta se montre finalement léger, et même si sa bien-aiméereste sous le charme du prince, il se laisse débaucher par des amis etn’exécute pas sa menace. La pièce détonne par trop au milieu du nouveau théâtreromantique et elle est par conséquent sifflée. Extrêmement sensible, le jeuneMusset d’à peine vingt ans jure de ne plus faire représenter ses pièces. Saproduction dramatique ne se tarira pas pour autant.

Suite àcet échec Musset publie en 1832 Unspectacle dans un fauteuil ; dans la préface, il évoque avecdétachement le processus de sa création poétique et prône un art désengagé despréoccupations du temps, à rebours de celui d’Hugo ou de Lamartine. Dans la Coupe et les Lèvres, Musset met enscène un héros typique du romantisme, Franck, alter ego du poète, en qui semêlent les qualités de l’homme primitif et les défauts de l’homme civilisé,confronté à une société qui le corrompt, auquel fait écho Hassan, autre héros dupoème Namouna qui clôt le recueil, déchiréentre la réalité et l’absolu dont il rêve, lesquels encadrent une comédieinspirée de Shakespeare, À quoi rêventles jeunes filles, aux personnages désincarnés, très peu théâtraux. Mussetdevient donc ici, conformément à son vœu de ne plus faire représenter sespièces, le créateur d’un théâtre qui se lit, dont les pièces n’apparaissent pasfaites pour la scène. Celles-ci empruntent une matière profondémentautobiographique en faisant écho à cette fraîcheur du cœur que Musset croitperdu pour lui à jamais. Le recueil lui vaut l’admiration de Sainte-Beuve, et deBulloz qui l’introduit à La Revue desDeux Mondes.

Musset ypublie l’année suivante, en 1833, LesCaprices de Marianne, une de ses œuvres les plus connues. Coelio, amoureuxde Marianne, se fie à son ami Octave pour qu’il parle à sa bien-aimée en safaveur. La jeune femme se montre capricieuse, alerte son mari, cherchefinalement à se faire aimer d’Octave qui dit en aimer une autre. Coelio finirapar payer de sa vie ces enfantillages. Le décor de ce drame aux accentstragiques et comiques – le personnage du mari de Marianne est grotesque etOctave fait montre d’un grand esprit – est celui d’une Naples shakespeariennedu XVIe, et le style de Musset oscille entre le classicisme racinienet la fougue des romantiques. Les deux personnages masculins figurent l’âmebipartite du poète partagée entre la passion et la pureté de Coelio, l’amoureuxidéaliste d’une part, et le scepticisme et la subtilité d’Octave, le libertindésabusé de l’autre. La pièce, écrite sans souci de la scène, deviendra une desplus célèbres du répertoire romantique. La même année dans la même revue ilpublie Andréa del Sarto, pièce danslaquelle un grand peintre perd ses disciples, son art et sa femme après avoirtout sacrifié pour elle. Ce rapport entre l’amour et l’art constitue ledeuxième grand thème de Musset avec celui de la pureté perdue.

Toujoursdans le même périodique et la même année, Musset publie Rolla. Le personnage éponyme est un nouvel « enfant du siècle »,après Frantz et Hassan. Il méprise les peuples et les lois et se consumedélibérément dans une vie de débauches. Malgré ses airs d’aristocrate sauvage,il reste un enfant de par sa croyance naïve en une pureté absolue. Au-delà del’intrigue peu originale, le succès du poème est dû aux longues confessions deMusset, qui sont celles d’un dandy mis à nu, sans affectation. On retrouveainsi le hiatus entre pureté et débauche, que le poète résout en rejetant saresponsabilité sur la société corruptrice. Musset parle, sur un tondéclamatoire, plaintif mais sincère, d’un monde vieilli où le christianismen’apparaît plus que comme une solution périmée – monde en attente d’un nouveaudieu. On retrouve les accents rousseauistes légués par le père à travers lerêve formulé d’un homme simple et naturel, datant d’un temps utopique où ilétait encore possible de se fier à ses passions, forcément pures et bonnes. Lasincérité, la gravité du désespoir authentiquement exprimé – étouffant lelyrisme désinvolte qui jusqu’alors prévalait chez lui – à l’occasion de laperte de la foi font de cette œuvre une nouveauté, et un tournant dans lacarrière de Musset.

Cetteannée 1833 est riche puisque Musset fait en outre la connaissance de GeorgeSand, écrivaine déjà célèbre de six ans son aînée, chez qui le poète croitd’abord trouver tout ce qu’il attend d’une femme. Ils voyagent ensemble enItalie et bientôt l’amour se mue en amitié, mais le poète a le plus grand mal àaccepter qu’elle se donne à un autre. Ses états d’âme lui inspirent en 1834 On ne badine pas avec l’amour, comédiecélèbre qui ne sera représentée qu’en 1861. Deux jeunes cousins arrivés en âgede se marier et qui se plaisent jouent à tour de rôle la distance ou l’amourimpossible par orgueil, jusqu’à ce que la jeune paysanne Rosette, payant leprix de leur badinage, meure le cœur déchiré.

En 1834toujours, paraît dans La Revue des DeuxMondes une comédie en deux actes, Fantasio,où l’on retrouve l’auteur léger à travers le personnage éponyme, un jeunebourgeois munichois qui, ayant perdu toute illusion, se transforme en bouffonauprès de la princesse Elsbeth, qu’il va sauver d’un mariage avec un princeridicule, fantoche digne d’une farce.

Lechef-d’œuvre dramatique de Musset, inspiré des chroniques historiquesitaliennes, paraît la même année dans la deuxième livraison d’Un spectacle dans un fauteuil. Lorenzaccio est un drame en proseracontant les manœuvres du Florentin Lorenzo qui, pour restaurer la république,doit tuer son cousin Alexandre de Médicis qui règne sur Florence. Pour cela, ildevra dissimuler sa pureté derrière la débauche, gagnant par là le surnom quesignale le titre. Il meurt sans que ses bons services ne soient reconnus. Lapièce n’a jamais été représentée dans sa totalité, du fait du nombre de sestableaux et de ses personnages. De grandes actrices incarnèrent Lorenzo avantque Gérard Philipe n’en devienne le premier interprète masculin.

Sesrelations chaotiques avec George Sand – les deux amants se sont quittés etrepris plusieurs fois – lui inspirent LesNuits, dont les quatre pièces paraissent d’abord dans La Revue des Deux Mondes entre 1835 et 1837, et disent une douleurromantique écho des cruels souvenirs d’Italie où Musset dit avoir eu son cœurbrûlé. Ces pièces ont été beaucoup moquées de par leur lyrisme et leursensibilité exacerbés. Musset parle surtout de la répercussion de l’amour etdes souffrances afférentes sur la création poétique, des rapports entre l’artet la vie. C’est délibérément que le poète fait taire sa grande productionlyrique à vingt-huit ans seulement. Après cette date, le poète livre encorequelques pièces légères, sans grande envergure, tandis que le dramaturgeconnaît encore quelques réussites à travers des œuvres à l’ampleur moindre que cellesde sa jeunesse. Son œuvre théâtrale a connu un succès particulier à partir desannées 1920, de par la fantaisie et la modernité que lui a permis sa libérationdes contraintes théâtrales.

En 1836paraît Confession d’un enfant du siècle,roman toujours inspiré des amours avec Sand. Le pur Octave, après avoir ététrompé par sa maîtresse, salit son âme et signe la perte de sa foi en selaissant aller à la débauche. Son cœur blessé tourmente Brigitte Pierson dontil fait la rencontre à la campagne ; patiente, elle continue de l’aimermalgré ses torts. Octave finira par la laisser partir avec un nouvel homme dontelle s’est éprise. Le héros fait preuve de la même pente à l’analyse et audoute que Musset et certains détails rappellent ses aventures vénitiennes avecSand, même si Brigitte apparaît meilleure que l’écrivaine. L’œuvre a aussi unevaleur du point de vue de l’histoire des mentalités ; y est parfaitementreprésenté l’état d’esprit d’une génération grandie dans le regret de la gloirenapoléonienne.

Musset aen outre écrit des Nouvelles et contes,de 1837 à 1853, et a réuni ses articles de critique artistique et littérairedans Mélanges de littérature et decritique. Cinq ans avant sa mort en 1852, il est élu à l’Académiefrançaise.

SiBaudelaire, évoquant sa poésie, se montre particulièrement cruel en parlantd’un « enfant gâté, qui invoque le ciel et l’enfer pour des aventures detables d’hôte », Taine dit sans doute plus de choses et se montre plusjuste sur le ton de l’éloge : « Y eut-il jamais accent plus vivant etplus vrai ? Celui-là au moins n’a jamais menti. Il n’a dit que ce qu’ilsentait. Il a pensé tout haut. Il a fait la confession de tout le monde. On nel’a point admiré, on l’a aimé ; c’était plus qu’un poète, c’était un homme… »

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