Lorenzaccio

par

Un drame romantique

Alfred de Musset nous livre, dans Lorenzaccio, le portrait d’un homme dégradé par les évènements, soumis à un destin trop fort pour qu’il puisse en échapper. La présence de ce héros déchiré entre l’œuvre qu’il doit accomplir et la perspective de retrouver un jour peut-être la vie qu’il menait auparavant, lorsqu’il était encore l’homme noble et vertueux que pleurent et regrettent sa tante Catherine et Marie ; la période durant laquelle la pièce a été écrite et le sentiment de désillusion qui s’étend comme le fil conducteur de l’œuvre, font de l’œuvre à l’étude un drame immanquablement romantique.

En effet, l’une des caractéristiques du héros romantique est de se voir confronté à un destin qui lui colle à la peau, de suivre un but sans pouvoir en échapper. Ici, Lorenzo se voit dévolue la tâche de tuer son cousin le duc de Médicis, pour l’honneur et la vengeance des républicains et le salut d’un peuple opprimé par ce tyran. Cependant, le portrait que dresse Catherine du jeune Lorenzinosemble être celui d’un modèle de vertu et de noblesse : « sa jeunesse n’a-t-elle pas été l’aurore d’un soleil levant ? » regrette amèrement celle-ci, faisant référence à la tendre enfance que son neveu a connue des années avant que le goût du vice et de la débauche n’apparaissent chez lui.

Mais cette fatalité qu’ont imprimée en lui la décadence et la révélation de cette tâche à accomplir semble être trop profondément ancré pour qu’il puisse espérer changer à présent. En effet, une fois lancé dans les rouages de cette machine infernale, il n’a d’autre choix que d’accomplir sa mission jusqu’au bout, tombant parfois dans la pire malséance et obligé de faire des choix qui rebuteraient n’importe quel autre homme. Il tente même de séduire sa propre tante Catherine, arguant que le vice est trop profondément installé en lui « tel la robe de Déjanire ».

Cette débauche s’accompagne d’un profond ressentiment envers l’humanité tout entière : il reproche aux hommes de n’être qu’un monceau de vice, et se perd dans la pensée que tout est inutile pour rattraper une quelconque vertu de l’humanité. Il en vient même à douter de l’utilité du meurtre qu’il planifie, désespéré de la fin vers laquelle les hommes semblent fatalement tendre tous.

Malgré une lueur de vertu qui réapparaît juste avant le meurtre de son cousin, une petite étincelle d’espoir qui lui fait espérer que le Duc a bien fait sa prière avant d’aller dormir, ces derniers éléments qui pourraient le rattacher à un lointain reste de vertu et de bonté, il se montre cynique jusqu’à la fin et ne croit plus en l’homme. Il accomplit ainsi son geste pour lequel il s’est tant trahi lui-même, et accepte avec fatalité et désœuvrement la mort qui l’accueille à la fin du livre : « et quoi ! Pas même un tombeau ? » s’exclame-t-il alors que la foule se jette sur lui.

Lorenzaccio est donc un personnage très complexe et ambivalent : c’est ce déchirement perpétuel entre regret du passé à jamais perdu et tâche à accomplir dans l’espoir vain de recouvrer celui-ci, doublé d’un plongeon trop profond dans le vice et d’un manque total d’espoir en l’humain, qui font de lui un héros romantique parfait.

 

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