Lucrèce Borgia

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La satire de la papauté

LucrèceBorgian’est pas seulement l’histoire d’une femme abominable, mais des conditionssociales environnantes qui l’ont sans doute influencée dans ses choix de vie.Ici, nous faisons mention d’abord de son père, le pape Alexandre VI. Ladisparité entre l’importance de sa position religieuse et ses actions est cequi rend son personnage plus fascinant à étudier.

Le pape Alexandre VI n’est pas l’undes personnages de la pièce, mais à travers l’opinion que les personnagesexpriment de lui, il fait office de référent – un référent particulièrementnégatif du point de vue moral : « lediable en sait plus que monsieur de Valentinois et le pape Alexandre six ensait plus que le diable ». Le personnage du pape Alexandre VI, bienqu’extérieur à la pièce, incarne donc l’influence néfaste. Lucrèce Borgia estsa fille et, à ce titre, il semble normal qu’ayant grandi dans un telenvironnement, la jeune Lucrèce soit devenue la femme à l’infâme réputation qu’elleest devenue. Ainsi, la fille et le père deviennent amants incestueux selon lesdires, et complices des plus viles machinations. La scène pendant laquelleLucrèce demande à Gubetta ce qu’il est advenu de ses ennemis, ou celle où lesjeunes Vénitiens discourent des poisons des Borgia renseignent sur ce point.

« DONAPOSTOLO : Quant au frère de Bajazet, son histoire est curieuse, et n’estpas des moins sinistres. Le pape lui persuada que Charles de France l’avaitempoisonné le jour où ils tinrent collation ensemble ; Zizimi crut tout,et reçut des belles mains de Lucrèce Borgia un soi-disant contre-poison qui, endeux heures, délivra de lui son frère Bajazet. »

Qu’il s’agisse de Gubetta,d’Ascanio, de Don Apostolo ou même de Don Alphonse qui est son propre gendre,la réputation du pape d’Hugo n’est plus à faire. Il recherche le pouvoirpolitique, achète des canons, vit dans la luxure et complote la mort de sesennemis. Et ce, avec la plus grande impunité car, en tant que Saint Père, on nesaurait lui reprocher une conduite qui est censée lui être dictée par Dieu.

Que ces faits soient avérés ou non sur le plan historique, dans la pièced’Hugo, le pape est moins un guide spirituel qu’une profanation vivante dusacerdoce dont il est censé être un exemple sans tache. Ainsi, Hugo semblemettre en garde contre les dangers qu’il y a à prêter à l’homme les vertus deson office, car – comme l’éclaire Lord Acton dans un essai – le pouvoir tend àcorrompre et le pouvoir absolu corrompt absolument.

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