Lucrèce Borgia

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Lucrèce Borgia

C’est le personnage principal de la pièce. Elle est décrite comme une reine impitoyable, une criminelle impardonnable, voire une femme inhumaine. Pire que l’« Athalie » de Racine, la Lucrèce Borgia de Hugo semble incarner le démon lui-même. Elle représente l’horrible combinaison d’une femme à la beauté physique et à la grandeur royale incomparables, mais dans le cœur de qui siègent les pires vices et les difformités morales les plus hideuses. À cause de cette duplicité de caractère, Lucrèce Borgia est comparée par ses ennemis à « Un ducat d’or à l’effigie de Satan. »

Lucrèce Borgia est accusée des crimes les plus horribles, aussi bien dans l’histoire réelle que dans la pièce de Victor Hugo. La légende raconte qu’elle était une empoisonneuse qui se servait la plupart du temps du « vin de Syracuse » dans lequel elle diluait quelques gouttes du fameux « poison des Borgia » pour éliminer ses ennemis à petit feu. Comme Maffio le déclare d’ailleurs : « les Borgia ont des poisons qui tuent en un jour, en un mois, en un an, à leur gré. Ce sont d’infâmes poisons qui rendent le vin meilleur et font vider le flacon avec plus de plaisir. Vous vous croyez ivre, vous êtes mort. » Cette pratique quelque peu mystique ferait d’elle la « Circé italienne ». Mais les empoisonnements ne sont qu’un seul tour parmi les multiples crimes dont elle se fait l’auteure. Lucrèce Borgia aurait été une conspiratrice – aux côtés de son père, le pape Alexandre VI – dans plusieurs meurtres. Le pape aurait été son bras droit dans l’exécution et l’assassinat de ses maris.

Malgré tout le mal que Lucrèce reconnaît avoir fait dans sa vie, contre toute attente elle ressent du remords, et reconnaît ses fautes. De plus, elle se sent en quelque sorte elle-même une victime, car d’après elle ce sont les conditions dans lesquelles elle a grandi qui l’on poussée à devenir la personne qu’elle est : « Je n’étais pas née pour faire le mal […] C’est l’exemple de ma famille qui m’a entraînée. » Et le désir de repentance de Lucrèce est authentique, tellement réel que son homme de main lui-même (Gubetta) n’arrive pas à la reconnaître dans ces paroles saintes qu’elle professe : « Les deux anges luttaient en moi, le bon et le mauvais ; mais je crois que le bon va enfin l’emporter. » Ce changement de cœur est provoqué par la réalisation de l’existence d’une personne qui lui est chère, et pour Lucrèce peu importe si elle perd l’amour du monde entier pour gagner celui de Gennaro sous le charme duquel elle tombe la première fois qu’elle le revoit après tant d’années. A priori, le lecteur est poussé à penser que c’est un lien romantique qui unit Lucrèce au chevalier Gennaro, mais ce n’est qu’à la fin de la pièce qu’on découvre – tout comme Gennaro lui-même – qu’entre ces deux âmes aux valeurs morales diamétralement opposées, il existe un lien plus primal : celui entre une mère et un fils. 

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