Lucrèce Borgia

par

L’amour maternel

L’amour maternel est un autre thème omniprésent dans l’œuvre. Il est présenté comme un sommet du sentiment affectueux, comme un amour au-dessus des autres espèces d’amours.

Hugo se sert de la transformation morale de Lucrèce Borgia pour illustrer cette thèse. D’abord présentée comme une femme dont l’esprit n’a jamais été encombré d’aucun sens moral, Lucrèce Borgia devient le portrait même du vice et de la cruauté. Son père le pape, est comparé au diable.

« DON APOSTOLO : Gennaro, cette femme à qui tu parlais d’amour est empoisonneuse et adultère.

JEPPO : Inceste à tous les degrés. Inceste avec ses deux frères, qui se sont entre-tués pour amour d’elle.

DONA LUCREZIA : Grâce !

ASCANIO : Inceste avec son père, qui est pape !

DONA LUCREZIA : Pitié !

OLOFERNO : Inceste avec ses enfants, si elle en avait ; mais le ciel en refuse aux monstres ! »

Et elle est d’ailleurs aussi impitoyable et cruelle qu’on le dit. La façon dont elle fait tuer les amis de Gennaro en est la preuve. Elle les tue alors qu’ils ne s’y attendent nullement et prend du plaisir à les humilier en préparant pour eux des cercueils et en se présentant à eux avant leur mort. Et pourtant, malgré toute la noirceur d’âme qu’on lui prête, lorsqu’il s’agit de son fils, elle fait preuve d’abnégation et d’humanité – au point de plonger dans la confusion ceux qui la savent monstrueuse et impitoyable.

Ce ne sont pas les accusations des Vénitiens qui lui font le plus mal, c’est lorsque son fils la repousse qu’elle se sent défaillir. De plus, elle n’hésite pas à demander à son époux de trahir sa parole donnée, elle l’implore en mettant de côté toute sa fierté lorsqu’elle lui demande d’épargner celui qui a insulté le nom prestigieux des Borgia en faisant sauter le B initial. Elle est déterminée à tout concéder, à trahir et à tout pardonner tant que la garantie du salut de son fils lui est donnée. La transformation va encore plus loin. Lucrèce va demander la grâce des ennemis qu’elle avait jadis condamnés à mourir dans l’espoir d’alléger la mauvaise réputation qui pèse sur elle.

« LUCREZIA : Eh bien ! dis, Gubetta, mon vieil ami, mon vieux complice, est-ce que tu ne commences pas à sentir le besoin de changer de genre de vie ? est-ce que tu n’as pas soif d’être bénis, toi et moi, autant que nous avons été maudits ? est-ce que tu n’en as pas assez du crime ? »

De même, l’amour que Gennaro porte à sa mère est particulièrement puissant – cet amour filial qui le pousse à aimer la femme qu’il a longtemps méprisée quand il découvre qu’elle est sa mère. Et c’est ce même sentiment filial qui le pousse à la rejoindre dans le trépas où il l’a précipitée.

L’amour maternel et l’amour filial apparaissent donc comme des forces capables de changer une femme cruelle en mère aimante, et un inconnu méprisant en fils dévoué. Mais il est intéressant de constater que malgré toute la bonté qu’elle éprouve envers Gennaro, Lucrèce Borgia reste capable de cruauté dans la vengeance qu’elle assouvit sur les jeunes Vénitiens qui l’ont humiliée.

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