Madame Hermet

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Madame Hermet

Elle est unefemme d’une quarantaine d’années, veuve : « Et il fit ouvrir unecellule où une femme âgée d’environ quarante ans, encore belle, assise dans ungrand fauteuil, regardait avec obstination son visage dans une petite glace àmain. » Elle est désignée comme un cas intéressant par le médecin aunarrateur.

Elle est rongéepar le sentiment de culpabilité de ne pas avoir été assez présente lorsque sonfils, atteint d’une maladie grave, est mort à 15 ans – elle en avait 35 ans.Elle se considère comme une mère indigne, se sent responsable de sa mort etregrette son inaction de l’époque chaque jour. C’est ce qu’elle avoue lorsqu’ellefait le récit de son histoire au narrateur.

À moitié lucide, madameHermet avoue s’en remettre à l’autopersuasion, essayant de se convaincrequ’elle fut une bonne mère. Sa lucidité réside dans le fait qu’elle neparvienne pas à s’en convaincre et que la réalité prenne le dessus, ce quirenforce son mal-être : « C’est en soignant mon fils que j’ai gagnécette épouvantable maladie, Monsieur. Je l’ai sauvé, mais je suis défigurée. Jelui ai donné ma beauté, à mon pauvre enfant. Enfin, j’ai fait mon devoir, maconscience est tranquille. Si je souffre, il n’y a que Dieu qui le sait. »

Le médecinl’évoque comme une belle femme qui a tout perdu en perdant son fils :« C’était une de ces femmes qui n’ont au monde que leur beauté et leurdésir de plaire pour les soutenir, les gouverner ou les consoler dansl’existence. Le souci constant de sa fraîcheur, les soins de son visage, de sesmains, de ses dents, de toutes les parcelles de son corps qu’elle pouvaitmontrer prenaient toutes ses heures et toute son attention. »

Madame Hermet estdans un constant sentiment de mal-être dû à sa culpabilité qui dégénère peu àpeu. En effet, elle a de drôles d’impressions, parmi lesquelles la sensationd’avoir le visage couvert de pustules par moment, ce qui lui fait craindred’avoir été contaminée par une maladie de peau contagieuse. Si cette sensationfinit par passer, au fur et à mesure de son récit, elle explique qu’elle est deplus en plus présente, de plus en plus désagréable, et qu’elle dure pluslongtemps : « les marques augmentent tous les jours », ce qui larend triste. Elle pense être défigurée par ces marques qu’elle appelle destrous : « Non. J’en suis certaine. J’ai compté dix trous de plus cematin, trois sur la joue droite, quatre sur la joue gauche et trois sur lefront. C’est affreux, affreux ! Je n’oserai plus me laisser voir àpersonne, pas même à mon fils, non, pas même à lui ! Je suis perdue, jesuis défigurée pour toujours. » Ces démangeaisons sont-elles dues à unemaladie ou sont-elles imaginaires et induites par son sentiment deculpabilité ?

Sa culpabilité etjustifiée : par égoïsme et souci de sa beauté et de sa vie sociale, ellene visitait son fils que deux fois par jour, le matin et le soir en coup devent. Quand elle apprit qu’il était atteint de la petite vérole, elle n’osaplus jamais aller le voir, par crainte de la contagion : elle pritd’ailleurs beaucoup de médicaments pour prévenir toute contagion. Même lorsquel’état de George empira, elle se refusa à le visiter, et demandait simplementdes nouvelles, chaque mauvaise nouvelle créant chez elle une tristesse immenseet des crises de nerfs répétées. Elle ne répondra pas aux appels de son fils,qui ne reverra pas sa mère avant de mourir, Madame Hermet préférant pleurerdans sa chambre, se cramponner à la poignée de sa porte ou encore supplier lemédecin de transmettre un message plutôt que d’aller le voir, même derrière unevitre.

Ces sensationsétranges et sa culpabilité révèlent un état plus grave : en effet, lafolie la guette, elle devient instable et incapable d’autonomie. C’estpourquoi, craignant le danger qu’elle peut représenter et pour elle-même etpour les autres, son médecin a décidé de la faire interner dans un asilepsychiatrique afin qu’elle soit prise en charge. Sa situation s’aggrave etdégénère vers la démence.

Madame Hermettranspire un mal-être constant, tant psychologique que physique, ce qui setraduit par des démangeaisons de plus en plus intenses. Un médecin lui passeune pointe de pinceau sur la figure, chaque jour. Cela la soulage quelquetemps. On apprend qu’en réalité, elle n’est atteinte d’aucune maladie, tout celaétant purement imaginaire : « Je la contemplais fort surpris, carelle n’avait rien sur la face, pas une marque, pas une tache, pas un signe niune cicatrice. »

Sa folie dégénèreau point qu’il n’y a plus aucun lien normal entre son état physique et sesréelles sensations. Ses douleurs, ses démangeaisons ne sont dues qu’à son étatpsychique, et tout se passe comme si elle avait désormais la maladie de sonfils qu’elle avait tant cherché à éviter.

Lucide, lemédecin estime que sa folie est due à sa beauté qui se fane avec le temps, sapeau étant devenue le centre de toutes ses douleurs : « Vit-ellevenir la crise fatale, je n’en sais rien. A-t-elle, comme tant d’autres,regardé chaque matin pendant des heures et des heures la peau si fine jadis, sitransparente et si claire, qui maintenant se plisse un peu sous les yeux, sefripe de mille traits encore imperceptibles, mais qui se creuseront davantagejour par jour, mois par mois ? »

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