Matin Brun

par

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Franck Pavloff

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1940 : Franck Pavloff naît à
Nîmes d’un père bulgare. Avant de se lancer dans la littérature, il a connu une
carrière de psychologue et d’éducateur, marquée par l’engagement,
notamment en faveur des droits des enfants.
Il a participé à des projets
humanitaires
en Afrique et en Asie en collaboration avec le ministère
de la Coopération, officié comme éducateur de rue, et en tant qu’expert psychologue
auprès du tribunal de Grenoble. Côté associatif il a œuvré pour la prévention
de la toxicomanie et de la délinquance. Dans le domaine de l’édition, il a
dirigé des collections spécialisées
dans la littérature jeunesse pour
Albin Michel et Syros (Souris noire).

1993 : Franck Pavloff publie un premier
roman
, un polar intitulé Le
Vent des fous
chez Gallimard, dans la Série noire. Il en publiera plusieurs autres avant le succès de Matin Brun et entame également une
carrière d’auteur de littérature
jeunesse
en 1994 avec Pinguino,
édité chez Syros. Le personnage éponyme est un adolescent n’ayant qu’un bras
qui, avec ses amis, mène l’enquête suite à l’assassinat d’une personne âgée.

1998 : Choqué par l’alliance formée par certains élus de droite avec le
Front national lors des élections régionales de 1998, Frank Pavloff écrit la
nouvelle Matin brun sous le coup de la colère. Ce court texte, sorte de fascicule de quelques pages à peine, évoque d’une
façon parabolique les interventions
d’un État totalitaire dans la
société, en accentuant l’absurdité de
ce qui fait l’objet d’interdiction et
de répression. En effet, tout part
de l’interdiction de posséder un chien ou un chat bruns, puis peu à peu le
champ de ce qui est prohibé s’étend, et l’on s’aperçoit que de petite compromission en menue lâcheté, les personnages deviennent
complices d’un régime œuvrant de
façon tout à fait arbitraire. La portée universelle de l’œuvre tient en
partie à l’absence de repères spatio-temporels. Cette fable publiée d’abord chez les Éditions Cheyne, spécialisées dans
la poésie, a connu un succès
inattendu, renouvelé en 2002 lorsque Jean-Marie Lepen parvient au deuxième tour
des élections présidentielles. Elle a été traduite dans de nombreuses langues
et a connu une parution dans plus d’une vingtaine de pays. Matin brun est souvent étudié dans les établissements scolaires et
a été adapté sur plusieurs supports. Le thème et le déroulement de l’intrigue,
ainsi que la touche absurde, font penser à la pièce Rhinocéros d’Eugène Ionesco.

2005 : Dans le roman Le Pont de Ran-Mositar, Pavloff se
penche sur le thème de la guerre civile et
de la reconstruction. À nouveau
l’absence de repères spatio-temporels précis infléchit le récit vers
l’universel. Il est question de populations du Nord et du Sud qui se sont
affrontées, et le climat d’après-guerre
est rendu par le regard d’un homme du Nord, dont la scierie a brûlé dans les
combats, qui part proposer son savoir-faire aux populations du Sud, se rendant
de chantier en chantier, jusqu’à celui du pont de Ran-Mositar, qui datait du XVIe
siècle et avait survécu à tout jusque-là. Il rencontre des personnes rendues suspicieuses
par le conflit, des femmes violées brûlant de se venger, des profiteurs de
guerre, des humanitaires, des réfugiés, mais aussi des touristes, déjà revenus
jouir des îles et des sources chaudes. Derrière le récit universel, peut
cependant se lire l’histoire de la ville de Mostar, dont le pont s’est effondré
en novembre 1993 pendant la guerre de
Bosnie-Herzégovine
.

2007 : Dans le roman La Chapelle des apparences, Franck
Pavloff s’interroge sur la représentation
du monde
, de l’histoire, à
travers la quête d’un cinéaste
mythique dont le but est de tourner un film qui serait un écho fidèle des cruelles réalités dont il veut
témoigner. Le tournage, qui implique
une troupe de comédiens, s’avèrera pour le moins chaotique. L’auteur une nouvelle fois tente de dénoncer les
injustices et les violences par un biais original.

2009 : Le Grand Exil immerge le lecteur en plein centre de l’Équateur, sur les pentes d’un volcan
que surveille Tchaka, un mystérieux étranger qui s’est fait embaucher comme
jardinier par un grand propriétaire terrien. S’il cultive avec amour les
orchidées, on peut deviner que c’est un instruit, dont le regard et la parole
sont même ceux d’un poète. Celui-ci découvre que Lucia, une militante
altermondialiste originaire du Mexique, aide des paysans à émigrer vers les
États-Unis. Complètement désintéressée, elle risque sa vie, ayant situé son
camp de base à un endroit dangereux, pour offrir une seconde voie à ces hommes
qui sont habituellement les proies de passeurs uniquement motivés par le profit
et de prêteurs sur hypothèque. La jeune femme est dans l’attente d’un moteur
pour l’ULM qu’elle destine aux candidats à l’exil. Autre personnage
d’importance, Selmo, qui profite de la manne touristique en amenant au large
ses clients voir les baleines. Frank Pavloff prend ainsi soin de présenter
l’Équateur, tout petit pays d’Amérique du Sud, sous plusieurs facettes, alors
qu’une certaine tension se fait sentir tout au long du récit au gré des
grondements du volcan que seul Tchaka entend.

2012 : Avec L’Homme à la carrure d’ours Frank Pavloff imagine un nouveau récit allégorique, cette fois pour dénoncer les désastres écologiques. Au milieu de la nature arctique, il plante
un camp, sorte de goulag où vivent des reclus frappés par une mystérieuse épidémie. Le lieu est une zone contaminée où était autrefois
exploitée une mine qui a explosé,
tuant le fils de Kolya, un Lapon, héros du récit, cet « homme à la carrure
d’ours » qui possède un savoir ancien et sculpte l’ivoire. Il a pour
pendant féminin Lyouba, jeune femme qui a été offerte aux hommes du lieu pour y
faire renaître la vie. Seuls eux d’eux s’opposent aux gardiens des lieux et
représentent l’espoir d’un futur meilleur.

2014 : Le roman L’Enfant des marges parle de quatre générations à travers un seul homme. Ioan, ancien reporter
de guerre, a abandonné la photographie quand son fils est mort tragiquement, suite
à quoi, rongé par une obscure culpabilité, il est parti s’isoler dans les
Cévennes. Quand on lui annonce que son petit-fils a disparu dans Barcelone,
comme le père de Ioan en 1938, dont il n’a jamais su s’il se situait du côté
des républicains ou des nationalistes, l’homme part pour la capitale catalane
en pleine crise, où des ponts vont se former entre plusieurs périodes de sa
vie. Sa quête mènera Ioan à faire le deuil
de son fils comme de son père. À nouveau Frank Pavloff multiplie les métaphores et emploie une écriture particulièrement poétique pour parler des violences du
monde et notamment de l’exil, un de
ses thèmes favoris.

 

 

« Je n’ai pas dormi de la nuit. J’aurais dû me méfier des
Bruns dès qu’ils nous ont imposé leur première loi sur les animaux. Après tout,
il était à moi mon chat, comme son chien pour Charlie, on aurait dû dire non. Résister
davantage, mais comment ? Ça va si vite, il y a le boulot, les soucis de
tous les jours. Les autres aussi baissent les bras pour être un peu
tranquilles, non ? »

 

« Sait-on où risquent de
nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d’entre
nous ? »

 

Frank Pavloff, Matin Brun, 1998

 

« Soudain la notion de
crime contre un patrimoine de l’humanité s’inscrivait dans le livre de la
barbarie. La ville avait retenu son souffle puis, dans un silence pétri
d’angoisse, les habitants s’étaient approchés des rives séparées. L’incroyable
blessure qui béait devant eux zébrait leur conscience d’une même cicatrise, les
rendait responsables d’une inconcevable atteinte aux racines de la vie. »

 

Frank Pavloff, Le Pont de Ran-Mositar, 2005

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