Mémoires d’Hadrien

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Résumé

Hadrien est empereur depuis près de vingt ans. C'est un homme de soixante-deux ans, malade, qui voit la mort approcher doucement. Il la sent dans son corps qui le trahit, qui n'obéit plus à sa pensée ni à sa volonté. Cependant, il est serein : cela fait des années que l'idée de la mort ne le quitte pas, qu'il médite sur cette bouche d'ombre dans laquelle tous s'engouffrent un jour, et qui a accompagné son quotidien de jeune tribun, de soldat aux frontières de l'empire, puis d'empereur. Hadrien écrit une lettre à un homme encore jeune : Marc. Cet homme, Marcus Aurelius, règnera un jour sur l'empire romain, nous le connaissons sous le nom de Marc Aurèle. Cette lettre par laquelle Hadrien voulait simplement donner des nouvelles de sa santé à son jeune disciple et ami devient vite une longue réflexion sur la vie, le métier d'empereur, la tâche sans cesse recommencée de devoir guider les hommes quand il est si difficile de se guider soi-même.

Tout au long de cette méditation, Hadrien raconte simplement, objectivement, sa vérité sur sa vie. Né à Italica, dans l'actuelle Espagne, c'est un provincial qui va vivre à Rome après la mort de son père quand il a dix ans. Rome, centre du pouvoir de l'empire, ne sera jamais pour lui le centre du monde. Ce monde, il le rêve stable et raisonnable, sans les longs conflits qu'entraîne l'esprit de conquête des empereurs qu'il sert : Nerva d'abord, Trajan ensuite. Jeune officier, il sert dans les puissantes légions romaines où il prend le goût de la vie simple, quand l’on ne se préoccupe que de l'immédiat. Pourtant, la réalité politique le rattrape vite quand il est chargé d'annoncer à son cousin Trajan que celui-ci est le nouvel empereur, et que son propre beau-frère tente de le faire assassiner. Hadrien apprend vite à connaître les hommes et leur désir de pouvoir.

Cet homme sobre est pourtant, aussi, un homme de passions – celle de la chasse, d'abord, dont il brûlera toute sa vie. Passion de l'ordre ensuite, car rien ne le contrarie davantage qu'un inutile et disgracieux manque d'harmonie. Passion de la raison, puisqu'il s'efforcera toujours de la faire passer avant les appels du corps. Passion de la paix : cet habile négociateur, qui préfère la négociation au combat (il ira jusqu'à rendre des territoires conquis à des monarques vaincus), saura établir la pax romana pendant les vingt ans de son règne, exception faite de l'atroce guerre civile qui ravagea la Judée. L'action pacificatrice de l'empereur Hadrien stabilise un monde en route vers une éphémère harmonie.

Arrivé au pouvoir à quarante ans, c'est un homme mûr qui a largement eu le temps de se familiariser avec les arcanes du pouvoir civil et militaire. Il ne souhaite pas établir son autorité par la terreur et ne poursuit pas ses ennemis. Il parcourt de part en part l'empire qui lui a été confié. Il visite les îles de Bretagne – l'actuelle Angleterre – et les plaines de Germanie, les déserts de Syrie et les oasis d'Égypte. Il voyage à cheval, en bateau, en litière, sur les routes tracées par les ingénieurs romains et construites par les légionnaires, réseau qu'il considère comme le plus beau cadeau fait au monde par l'empire. Mais c'est la Grèce qu'il préfère, en particulier sa chère Athènes où cet empereur qui se veut avant tout un philosophe se sent le plus en harmonie avec le monde. Plutôt que d'étendre encore l'empire déjà vaste et de courir le risque de le rendre ingouvernable, il décide d'en fixer les frontières par des fortifications, comme le mur qui porte son nom et qui marque, au cœur de l'Angleterre, la limite septentrionale de l'empire.

Mais la grande passion que Hadrien évoque dans cette lettre est celle qu'il éprouve pour un jeune homme originaire de Bithynie, éphèbe magnifique qui ne le quitte pas pendant plusieurs années : Antinoüs. L'amour que le quadragénaire éprouve pour cet adolescent mélancolique et secret se double du plaisir d'un pygmalion qui modèle cette jeune argile à l'image qu'il souhaite lui donner. Antinoüs est de tous les voyages de l'empereur qui lui fait découvrir le monde et l'initie aux cultes mystérieux de l'Orient. Cette période d'intense bonheur se termine brutalement quand Antinoüs se noie dans le Nil en s'offrant lui-même en sacrifice pour son maître et dieu. Le deuil que vit Hadrien est immense, son chagrin déchirant. Pour l'exorciser, il fait construire sur les bords du Nil où son jeune amant a choisi de périr la ville d'Antinoë. En outre, il déifie le sombre jeune homme et fait élever des centaines de statues à son image.

Cette cité, témoignage d'amour, n'est pas la seule qu'Hadrien fait surgir de terre. Empereur bâtisseur, il marque son règne par l'érection de villes et de monuments comme son gigantesque mausolée au bord du Tibre. Il va même jusqu'à vouloir agrandir et moderniser la capitale de la Judée, Jérusalem. Mais c'est là que l'empereur épris de paix va connaître son plus cuisant échec. En effet, la population de la Judée rejette massivement la présence de Rome et de ses dieux. Entre Hadrien épris de tolérance et partisan d'un polythéisme ouvert et le peuple d'Israël, monothéiste et se considérant comme élu, le malentendu est total. La guerre civile qui ravage la région est affreuse et sans merci. Sans surprise, c'est Rome qui l'emporte ; Jérusalem est rasée, des milliers de vaincus sont vendus comme esclaves. Nulle négociation n'a pu, cette fois, remplacer la guerre.

Hadrien arrive au soir de sa vie, il le sait. Il n'a pas d'enfant, et choisit d'adopter Lucius, qui sera son successeur, mais ce dernier meurt avant d'atteindre quarante ans. Hadrien, politicien habile, choisit alors son successeur dans les rangs du Sénat : ce sera le raisonnable Antonin, à qui il conseille de veiller sur ce jeune Marc, qu'Hadrien devine sage et intelligent, pour qu'il lui succède peut-être un jour. La mort approche. Hadrien est prêt et peut fermer les yeux, après une vie de labeur et d'action tout entière animée de la « ferme détermination d'être utile ».

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