Mémoires d'une jeune fille rangée

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Résumé

Dans Mémoires d’une jeune fille rangée,Simone de Beauvoir retrace les vingt premières années de sa vie. Elle voit le jour en 1908 à Paris, au sein d’une famille bourgeoise aisée. Son père, Georges, est un homme brillant, quelque peu atypique dans son milieu – fervent comédien amateur, il se produit régulièrement sur les planches – mais cependant traditionnel dans sa façon de voir le monde : sans être royaliste, il est conservateur, antidreyfusard, et en aucun cas féministe. Il est cependant adoré et admiré par ses filles Simone et Hélène, surnommée Poupette. Leur mère, Françoise, de dix ans plus jeune que son mari, est également issue de ce qu’il est convenu d’appeler la bonne bourgeoisie. Catholique fervente, elle se charge de transmettre à ses filles une éducation religieuse traditionnelle et stricte. Simone a en outre une gouvernante, Louise, qui lui apporte tendresse et stabilité.

Petite fille, Simone mène une vie paisible et heureuse dans un monde qui lui semble parfaitement harmonieux. Elle passe ses étés à la campagne, dans la propriété de son grand-père à Meyrignac, entourée d’une multitude de cousins. Très tôt, la fillette a la perception de sa propre identité, de son unicité. C’est une enfant brillante dont la précocité intellectuelle est encouragée sans flatterie par ses parents. Parallèlement à une foi ardente et affichée, elle dévore les livres qu’on l’autorise à lire, ouvrages soigneusement choisis par ses parents, et, selon la norme du temps et de son milieu, « convenables », c’est-à-dire expurgés de toute allusion à l’amour physique. La perception de soi s’accompagne d’une rare capacité à se projeter dans l’avenir, et Simone pressent dès l’âge de dix ans que le fait qu’elle soit née fille s’accompagnera de contraintes sociales qu’elle juge injustes et infondées, et dont elle compte bien s’abstraire par l’étude.

Poupette est sa compagne de jeu, et sa condisciple au Cours Désir, cours privé catholique prisé de la haute bourgeoisie. Là, Simone excelle. C’est à l’aube de l’adolescence qu’elle fait la connaissance d’Élisabeth Mabille, surnommée Zaza, qui devient sa grande amie. Un lien profond se noue entre les deux adolescentes, qui se vouvoient pourtant. Par cette amitié, Simone s’ouvre au monde et découvre que les sentiments ne sont pas soumis aux liens du sang. Une première fois, elle avait éprouvé une affection particulière pour un cousin, Jacques, qui l’avait séduite par sa grande maturité, son esprit brillant, sa belle intelligence. Pour Simone, l’intellect prime, et le monde de l’écrit est aussi vrai et plus beau que le monde réel. Le temps passe, le père de Simone est mobilisé en 1914 – d’abord au front, puis dans un bureau – et la situation financière de la famille se dégrade : sans situation stable, donc sans ressources réelles, Georges ne peut assurer le train de vie auquel sa famille est habituée : il faut déménager, on compte chaque sou, la gêne s’installe. Louise et Poupette ne seront pas dotées, il leur faudra travailler pour vivre, perspective qui ne gêne nullement l’adolescente qu’est devenue Louise, car un travail implique l’indépendance.

Quand, à l’âge échu, son corps se transforme, Simone découvre en elle des désirs que son éducation l’a toujours poussée à considérer comme bas ; au même moment, elle devient laide – du moins se voit-elle ainsi, et c’est ce que son père lui affirme. Elle ose sortir quelque peu du cadre que ses parents ont tracé, notamment en lisant des auteurs « interdits » : Colette et Zola entre autres. Toujours corsetée par sa famille, encadrée par la morale bourgeoise qui prévaut dans son milieu, Simone continue de grandir, parallèlement à sa soif de lectures jamais étanchée, avec les livres pour meilleurs amis.

Les jours passent, le temps des premiers examens se profile. Le niveau de l’enseignement reçu au cours Désir se révèle bien médiocre quand il est mis en concurrence avec celui des établissements publics. Simone réussit pourtant brillamment ses examens, en mathématiques, en littérature et en latin, et envisage de poursuivre des études qui la mèneront au professorat. Ce dernier point contrarie profondément ses parents : leur fille, travailler pour l’école de la République ? Quel échec pour eux, bourgeois conservateurs ! Après une deuxième partie de scolarité à l’Institut Catholique de Paris, ils acceptent néanmoins qu’elle s’inscrive pour certains cours à la Sorbonne, et un monde nouveau s’offre alors à la jeune fille.

Dans les couloirs de la vénérable université, Simone croise quelques personnes qui deviendront de grands noms de la philosophie française, les échanges intellectuels sont permanents et sans tabous. Simone jouit d’une enivrante liberté : c’en est fini des conversations bâties sur des idées reçues. Elle suit les conférences de Robert Garric, maître dont l’enseignement la passionne, au point qu’elle le rejoint au sein des Équipes Sociales, qui assurent des cours destinés aux classes défavorisées dans le quartier de Belleville. Son ambition s’affirme : elle veut laisser une œuvre et devenir écrivain. Peu à peu, elle glisse hors du carcan qui la bride. Ses relations avec ses parents se tendent : son père n’a aucune tolérance pour les auteurs du temps et n’hésite pas à abaisser ceux que sa fille découvre. Quant à sa mère, son catholicisme rigide en fait l’archétype de la matrone bourgeoise dont l’objectif principal est de « bien » marier ses filles. Simone s’échappe, invente de plausibles excuses pour aller, avec Poupette, au théâtre et au cinéma, et fréquente un temps certains cafés chics où elle découvre les cocktails, et l’alcool qui grise et lève les inhibitions. Elle ne verse pas dans la débauche, au contraire, son idéal d’amour est élevé : elle veut aimer un homme qui, tout en l’aidant à progresser intellectuellement, la considérera comme son égale. Les appels de la chair sont, pour le moment, mis sous le boisseau.

L’amitié avec Zaza a perduré, malgré les réticences de plus en plus visibles de la famille de celle-ci, qui voit d’un très mauvais œil les relations entre les deux jeunes filles, la famille de Simone étant désargentée. De plus, Simone a perdu la foi en Dieu et s’en cache à peine : cela provoque des conversations tendues autour de la table quand elle est reçue chez Zaza pendant les vacances. Enfin, Simone est visiblement une jeune fille qui cherche à s’affirmer en tant qu’individu libéré des contraintes sociales de son milieu, et cela est inconcevable pour la mère de Zaza. Quant à Jacques, l’affection qu’éprouve Simone pour lui s’est muée en amour, pense-t-elle : outre le plaisir qu’elle éprouve à converser avec ce brillant garçon, elle ressent pour lui un attachement de plus en plus profond. Cependant, Jacques est un être tourmenté dont la vie comporte bien des pans qui demeurent cachés à la jeune femme.

La vie de Simone reste principalement intellectuelle et consacrée à l’étude : elle passe huit à dix heures par jour penchée sur ses livres. Après le bachot et les premiers diplômes supérieurs, elle ne se sent plus rejetée par son milieu : c’est elle qui l’a quitté pour entrer dans une société de purs esprits. Lorsqu’elle décide de préparer l’agrégation de philosophie, elle fréquente quotidiennement la Bibliothèque Nationale et les cours de la Sorbonne. C’est là qu’elle avise un trio, trois garçons brillants et à part : Nizan, Herbaud et Sartre. C’est avec le deuxième qu’elle va nouer une relation privilégiée : le garçon est marié, et ce qui se joue entre les deux jeunes gens est intellectuel. C’est lui qui donne à Simone le surnom de Castor, qui ne la quittera plus.

Simone poursuit son chemin, enseigne au lycée Janson-de-Sailly, et elle se voit finalement intégrée au groupe que forment les trois brillants intellectuels qu’elle vient de rencontrer. Des trois, c’est Sartre qui la stupéfie : son intelligence est époustouflante, son esprit n’est jamais en repos. Quand Herbaud échoue à l’écrit de l’agrégation et s’éloigne, c’est avec Sartre que Simone poursuit son chemin : pour la première fois, elle rencontre quelqu’un qu’elle considère comme plus intelligent qu’elle.

Cette féministe qui s’ignore – elle est encore convaincue que la femme, bien qu’égale à l’homme, doit lui demeurer socialement soumise – décroche l’agrégation : c’est la clé ultime vers l’indépendance. Terrible symbole : c’est à ce moment que Zaza, qui était presque parvenue à échapper à son milieu étouffant, est terrassée par une fièvre cérébrale. Quant à Jacques, incapable de concrétiser les promesses de son bel esprit, il finira vingt ans plus tard, seul, sans ressources, dévoré par la débauche et l’alcool. Simone est libre, le monde est à elle, mais son adolescence vient de mourir.

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