Mon bel oranger

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

José Mauro de Vasconcelos

Chronologie : Vie &Regards sur les œuvres principales

 

1920 : José Mauro de Vasconcelos naîtà Bangu, un quartier populaire de Rio de Janeiro (Brésil), dans une famillepauvre de sang indien et portugais, ayant émigré de la région du Nord-Est duBrésil à São Polo. Les soucis d’argentpoussent cependant ses parents à faire élever l’enfant par des oncles à Natal (État du Rio Grande do Norte,région du Nord-Est). José est un enfantsportif qui se distingue notamment dans la natation. Au lycée, il se passionnepour la littérature et lit lesromans de Paulo Setúbal (1893-1937), poète parnassien, régionaliste, et auteur deromans historiques ; GracilianoRamos (1892-1953), écrivain sans complaisance d’un Nordeste réaliste ; et JoséLins do Rego (1901-1957), un des pères du courant régionaliste de lalittérature brésilienne.

José s’essaiera à des études de médecine mais les abandonnera en deuxième année pourrejoindre Rio de Janeiro. Sonéducation se fera donc largement en autodidacteet il devra occuper divers emploisparfois ingrats pour subvenir à sesbesoins. Dès seize ans, il est entraîneurde boxe pour des poids plume ; il combat aussi lui-même. Il seraensuite manutentionnaire pour des cultivateurs de bananes sur la côte, et sabeauté plastique l’autorise à poser comme modèle pour des artistes. Il mène uneexistence plutôt nomade, vit un temps parmi les pêcheursà Recife (Nord-Est), se fait leurinstituteur, parcourt sans cesse le Brésil du nord au sud, explore le pays et ses cultures, en venant même à vivre parmi les Indiens. De même, alorsqu’il avait obtenu une bourse d’une université espagnole pour poursuivre sesétudes, il abandonne les cours au bout d’une semaine pour découvrir l’Europe. Cette observationdirecte du monde sera toujours un préalable à l’écriture de ses œuvres. Sicette étape est longue, il dira écrire ses œuvres en quelques jours, comme dansune transe, s’escrimant jour et nuit sur sa machine à écrire jusqu’à s’en fairemal aux doigts, après avoir d’abord entièrement bâti ses romans par l’esprit.

1942 : Le premier roman de José Mauro de Vasconcelos paraît alors qu’àvingt-deux ans, rentré au Brésil, le jeune homme s’est engagé pour la causeindigène. Banana Brava est une œuvre réaliste,régionaliste, ayant pour décor l’arrière-pays minier et le monde desouvriers de la région Centre-Ouest du Brésil, en particulierde l’État de Goiás. L’œuvre est bien accueillie par la critique mais ne connaîtpas un succès public.

1962 : Le premier succès de Vasconcelos dans les lettres survient avec Rosinha,mon canoë : Roman au rythme des rames (Rosinha, Minha Canoa), paru dans sa traduction française par Alice Raillard en 1969. Il a pourcadre l’Amazonie. Zé, un homme venu de la ville il y a longtemps, s’est liéd’amitié avec les Indiens et s’est bien intégré à l’environnement sauvage,qu’il parcourt sur un canoë auquel ilparle. Quand un médecin venu de la ville l’apprend, il fait interner Zé dans un asile où celui-ci reste trois ans. À sasortie, comme son canoë ne lui parle plus, il part pour un grand voyage, et enbonne compagnie puisqu’il s’avère que le chevalqu’il a acheté pour ce faire se met à son tour à converser avec lui.

1968 : Mon bel oranger (O Meu Pé de Laranja Lima),le plus grand succès de l’auteur,paraît dans sa traduction française en 1971. L’écrivain l’aurait écrit en douzejours. Nourri d’une matièreautobiographique, le récit se concentre sur le personnage de Zézé, un petit garçon de cinq ans, et savie dans sa famille pauvre, où il est battu par plusieurs de ses nombreuxfrères et sœurs pour les bêtisesqu’il commet, ainsi que sa vie à l’école, où il se révèle un enfant imaginatif et doué qui fait le bonheur de samaîtresse. À nouveau il est ici question de dialogues avec un« inanimé » ; Zézé confie en effet ses secrets à un petit pied d’oranges douces, mais ilaura également un ami humain en la personne de Portugâ, un vieil homme aisé qui se prend d’affection pour lui. L’œuvreest une première fois portée à l’écran par Aurélio Teixera en 1970, puis ànouveau en 2012 par le réalisateur brésilien Marcos Bernstein, scénariste de Centraldo Brasil. Ces adaptations cinématographiques ont cependant rencontré eupeu d’écho.

1969 : Le Palais japonais (O Palácio Japonês), paru dans sa traductionfrançaise en 2002, met en scène Pedro, une figure d’artiste taciturne, sansinspiration, obsédé par son passé matérialisé par un petit train et une petitepirogue, qui voit sa vie changée suite à la rencontre d’un vieil homme mystérieux place de la Républiqueà São Paulo. Celui-ci lui fait en effet découvrir l’univers merveilleux du Palais japonais, où Pedro rencontrera un petit prince atteint d’une grave maladie. Vasconcelos mêle ici laforme traditionnelle du conte au cadre moderne de São Paulo et parvient àparler de la mort avec délicatesse et poésie.

1974 : La traduction française d’Allons réveiller le soleil (Vamos Aquecer o Sol) paraîtra en 2002. L’écrivain offre ici une suite aux années d’enfancede Zézé, qu’on retrouve à onze ans,placé dans une famille d’adoption aisée grâce à laquelle il devraitpouvoir poursuivre ses études et aider sa famille dans le futur. Le petit piedd’oranger a été remplacé par un crapaudcururu qui reçoit à son tour lesconfidences de celui qu’on voit devenir adolescent : Zézé va en effet connaîtreson premier grand amour. La vie deZézé est cependant toujours ombragée par la mort de Portugâ, et l’enfantcontinue d’espérer en une présencepaternelle rassurante, que lui offre en partie Maurice Chevalier, avec lequel le garçon a établi un fort lien par l’imagination.

1984 : José Mauro de Vasconcelos meurtbrutalement à soixante-quatre ans d’une affection respiratoire à São Paulo.

 

À cheval entre écriture etcinéma

 

José Mauro de Vasconcelos a également eu une activité cinématographique ; il aainsi été acteur dans des filmsayant eu peu d’écho comme Modelo 19 (1950)d’Armando Couto, ou Floradas na Serra(1954) de l’Italien Luciano Salce. Ses performances lui valurent cependantplusieurs prix. Il a également participéau scénario de films, comme LeChant de la mer (O Canto do Marguerite,1952), également peu connu. Il y est question du désir d’émigration d’hommes duNord-Est, espérant de meilleures opportunités dans le Sud du pays. À Recife, port de départ, vit pauvrementune famille dont la mère est blanchisseuse et le père devenu fou suite à unaccident survenu sur le bateau où il travaillait. Le fils vend des mangues dansla rue, rêvant de rejoindre le Sud-Est, tandis que la fille imagine seprostituer pour sortir de la pauvreté à laquelle elle semble prédestinée. Vasconcelosa également participé au scénario de l’adaptation de son roman RuaDescalça (1969), porté à l’écran en 1971, qui conte l’histoire de deuxfrères choisissant de vivre parmi les pauvres et de dédier leur vie à la charité.L’un d’eux cependant, victime de dépression, est interné dans un asile.

 

 

« – Oh ! Le jolipied d’oranges douces ! Regarde, il n’a pas une seule épine et il a tellementde personnalité que de loin on devine que c’est le Pied d’Oranges douces. Sij’avais ta taille, je ne voudrais pas autre chose.

– Mais je voulais ungrand arbre.

– Réfléchis, Zézé. Ilest encore très jeune. Il va devenir un oranger adulte. Il va grandir en mêmetemps que toi. Tous les deux, vous vous entendrez comme si vous étiez deuxfrères. Tu as vu cette branche ? C’est vrai que c’est la seule qu’il ait,mais on dirait un petit cheval fait exprès pour que tu montes dessus. »

 

« La main dans la main,nous marchions dans la rue, sans nous presser. Totoca m’apprenait la vie. Etmoi, j’étais très content parce que mon frère aîné me donnait la main etm’apprenait les choses. Il m’apprenait les choses hors de la maison. Parce qu’àla maison je m’instruisais en faisant mes découvertes tout seul, et en lesfaisant seul je me trompais, et en me trompant je finissais toujours parrecevoir une fessée. »

 

José Maurode Vasconcelos, Mon bel oranger, 1968

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur José Mauro de Vasconcelos >