Odette Toulemonde

par

Sagesse et bonheur : une fable humaniste

Odette Toulemonde met en contraste deux personnalités radicalementdifférentes. En effet, nous avons d’un côté Odette Toulemonde, qui représente,aussi bien par son nom de famille que par sa condition sociale, les classespopulaires par excellence. Elle travaille nuit et jour, vit une vie familiale compliquéeentre son veuvage et ses deux enfants, et ne gagne qu’un salaire médiocre. Elleest cependant heureuse et ne désire rien d’autre que de partager ce bonheur.Or, Balthazar Balsan, lui, possède une famille complète avec femme et fils, unecarrière fructueuse, mais son point faible, la fragilité de son identité et desa confiance en lui, l’empêche de goûter au bonheur que pourrait lui procurerune telle vie.

C’estOdette qui vient au contact de Balsan après qu’il a été anéanti dans la pressepar Olaf Pims. Elle lui envoie une lettre propre à lui exprimer toutel’affection qu’elle éprouve pour ses livres, ainsi que pour lui-même. Elle luifait comprendre que, sans même le savoir, il lui donne du bonheur en écrivantses livres : « il me faudrait beaucoup de poésie pourvous raconter l’importance que vous avez pour moi. En fait, je vous dois lavie. Sans vous je me serais tuée vingt fois. » Petit à petit, une relations’installe entre eux, et Balsan apprend à découvrir ce à quoi le bonheurressemble, et combien il peut être aisé d’y parvenir.

Le lecteur, devant la stupeur de Balsan,prend conscience d’un paradoxe et du mystère qu’il y a derrière lapossibilité du bonheur : lui, Balsan, qui ne parvient pas à être heureux,apprend soudainement par la plume d’une inconnue qu’il offre du bonheur auxautres par le biais de son écriture ! Cette prise de conscience bouleversetotalement sa vie. Ici, Éric-Emmanuel Schmitt parvient subtilement à nousmontrer que le bonheur ne dépend que de soi, et non pas de l’existence defacteurs environnants. En effet, Odette fait abstraction de sa pauvreté, etréussit à trouver un substitut à la mort de son mari, propre à la rendreheureuse, alors que Balsan se laisse détruire par les éléments extérieurs, enl’occurrence la critique que l’on fait de lui.

Cette nouvelle est donc basée surla quête d’une certaine sagesse qui permet d’accéder au bonheur. La leçon del’histoire semble être qu’au-delà de toute considération matérialiste, lebonheur ne peut se trouver véritablement qu’en soi, et l’on ne peut en profiterréellement qu’en le partageant. Balsan découvre que lui aussi peut gagner enconfiance et en joie aux côtés de quelqu’un qui partage sa passion et qui admireson talent, qui en bénéficie, qui le fait se sentir utile et admirable. Cettereconnaissance de lui-même et de sa capacité à être heureux était nécessaire, devientsalvatrice, et constitue un pas décisif vers une complète affirmation de sonidentité toujours floue, et vers son accession au bonheur.

Et l’auteur montre que tout peutcommencer par un geste simple, une façon peut-être devenue originaleaujourd’hui, mais sincère de dire « merci », de montrer de lagratitude, car Odette, qui ne possède pas grand-chose, semble mieux savoir cequi importe, mieux capable d’exprimer de la reconnaissance pour ce qui allègeson quotidien, plutôt que d’exercer son esprit critique sur ce qui lui pèse. Cerécit qui repose sur des valeurs simples acquiert par là une dimensionhumaniste.

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