Odette Toulemonde

par

Un récit semi-autobiographique aux accents de sincérité

Odette Toulemonde montre une certaine dimensionautobiographique dès le choix de ses personnages. En effet, nous pouvonssupposer qu’Éric-Emmanuel Schmitt utilise le personnage de Balthazar Balsanpour parler de sa propre expérience d’écrivain. Plusieurs points communs entrel’auteur réel et l’écrivain fictif sont à souligner. Tout d’abord, BalthazarBalsan, nous l’avons vu, ne connaît pas sa véritable identité. C’est sonparcours en tant qu’écrivain qui lui permet de se construire, de développer untalent qui va devenir l’architecture de sa propre personne. Cependant, comme ilbâtit son identité uniquement sur son talent et le plaisir que lui procurel’écriture, il s’en trouve très fragile et si par hasard quelqu’un s’en prend àce qui constitue son ossature, il s’effondre. Telle une tour dont on sape lesfondations, Balsan s’affaisse et dépérit si on détruit les fondements de sonidentité, ce que s’acharne à faire Olaf Pims.

Éric-Emmanuel Schmitt, lui, n’affirme pas partagerun tel caractère ; cependant, son goût pour l’écriture se développa defaçon aussi soudaine et la révélation de sa vocation d’écrivain fut aussicapitale que chez Balsan. En effet, la possibilité d’une carrière de romancieret de nouvelliste lui apparaît lorsqu’en 1989, une évidence s’impose à lui àl’occasion d’un périple dans le désert du Sahara. Le sentiment que « toutest justifié » lui apparaît, et lui ouvre ainsi toutes grandes les portesde l’écriture. Cette expérience intime lui apparaît comme la justification de sonexistence, l’évidence même que le métier d’écrivain est celui qu’il doit poursuivre.Elle lui permet de se construire, d’adopter l’écriture comme mode de vie, depensée. Tout comme Balsan, la rédaction de romans et de nouvelles constitue unecomposante majeure de sa vie et de son intégrité, et justifie l’existence et lesactions des deux hommes.

De plus, tous deux sont sensibles à la critique, etcelle-ci s’avère parfois peu plaisante. La succession relativement rapide despublications d’Éric-Emmanuel Schmitt, la multiplication des sujets de sociétéqu’elles abordent, lui valent d’être comparé à un auteur commercial. Certainslui reprochent de n’attirer que des lecteurs en quête d’un divertissementfacile et rapide à lire. Son écriture est parfois qualifiée de mièvre et tropencline à faire son miel de situations pathétiques, car elle traite biensouvent des émotions de l’âme humaine, de la manière dont les gens du communréagissent face aux difficultés de la vie, telles que le décès, la maladie,la différence, le rejet. Balsan, lui, est violemment attaqué par le critiqueOlaf Pims, qui essaye en parallèle de lui voler sa femme et de le ridiculiser.Il qualifie le style d’écriture de Balsan de naïf, nourri de stéréotypes et demièvrerie. L’auteur, qui n’aspire qu’à écrire, cette activité étant l’une desrares sources de joie qu’il ait à sa disposition, s’en trouve totalementdétruit et ne peut comprendre l’injustice de ces jugements. Il est doncpossible d’observer un lien entre Schmitt et Balsan, tous deux victimes decritiques trop facilement assénées.

Ainsi, l’auteur semblerait présenter à travers cettefiction semi-autobiographique une réponse à ses détracteurs, en présentantsincèrement l’effet que de rapides lectures, puis une plume encline au jugementacide, peuvent produire chez des personnes sensibles qui ne cherchent qu’àfaire vivre leur passion, et à suivre ce qu’ils pensent être leur chemin, leurvocation.

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