Pourquoi j'ai mangé mon père

par

Résumé

Le narrateur,Ernest, est un jeune pithécanthrope qui vit pleinement sa vie d’adolescent dupléistocène, immense période qui marque le début de l’ère quaternaire, il y ades centaines et des centaines de milliers d’années. Il habite avec sanombreuse famille – parents, frères et sœurs, tantes – au cœur de l’Afrique,entre le mont Kenya, le Kilimandjaro et le massif du Ruwenzori. Le quotidienn’est pas facile, il faut se nourrir et s’abriter des prédateurs : ours,machérodes et autres bêtes munies de griffes tranchantes et de crocs acérés. Ilfaut suivre les troupeaux de grands herbivores sauvages, abattre les plusfaibles pour se nourrir, en disputant leurs carcasses aux vautours et autrescharognards. Mais les choses vont changer grâce à Édouard, le père, lepatriarche de la tribu.

Édouard, c’est uncurieux. L’esprit toujours en action, il réfléchit sans cesse et n’a qu’uneidée : innover. Ce qui l’intéresse, c’est ce qui est nouveau et feraévoluer son petit clan vers de meilleures conditions de vie. Ce qu’il veut,c’est que le pithécanthrope sorte de sa forêt, se dresse sur ses pattes arrièreet prenne son destin en main, sans plus subir en victime la loi de la nature.Il a convaincu les siens de vivre au-delà du couvert des arbres, et il vient deleur offrir un incomparable cadeau : le feu. Il est allé le chercher ausommet d’un volcan en éruption, l’a ramené accroché à une branche, et depuislors un grand feu ronfle à l’entrée du logis, réchauffant le clan et tenantéloignées les bêtes féroces. Tout le monde est content, ou presque :l’oncle Vania n’est pas d’accord. Vania, c’est le frère d’Édouard, et c’est untenant de la tradition : pourquoi diable vouloir changer de vie etmodifier des comportements ancestraux ? Vania désapprouve vivementl’esprit curieux de son frère, et le fait savoir. Il a choisi de vivre endehors du clan, à l’ancienne, dans les futaies, et ne vient voir sa famille quepour récriminer contre elle, tout en profitant de l’occasion pour se chaufferquelque peu à la flamme. Sa devise est simple : “Back to the trees!” (« Retour aux arbres ! »).Alors Édouard et Vania discutent des heures durant : Édouard tâche deconvaincre son frère que le destin du pithécanthrope est d’évoluer, decompenser ce qui manque à son corps par l’innovation technique : on n’apas de fourrure ? Pourquoi ne pas en fabriquer une que l’on porterait etôterait à volonté ? Et voilà Édouard qui invente le vêtement. La pointedes épieux est fragile et s’émousse rapidement ? Portons-la sur le feu, etelle durcira, la chasse s’en trouvera améliorée. Chaque découverte qu’apportele hasard doit être mise au service du progrès. Quand il entend cela, Vaniahausse les épaules, s’indigne, et reproche à son frère de refuser l’allégeanceà la nature ; cette conception de la vie lui paraît trop industrielle. Etil repart dans son arbre, ulcéré.

La vie quotidiennedu clan d’Ernest change, semaine après semaine. Grâce au feu, on déloge unefamille d’ours de sa vaste caverne et l’on s’y installe : le confort faitson entrée dans la vie du clan. Grâce aux épieux durcis, on chasse mieux, et onn’a plus faim. Alors on pense, on réfléchit, on innove. Poussés parl’infatigable Édouard, Ernest et ses frères voient leurs personnalités évoluer dansdes directions différentes. Oswald, l’aîné, est un nomade et un redoutablechasseur, tandis que le jeune William s’adonne à d’étranges expériences dedomestication animale : il tente un jour d’apprivoiser un chien baptiséChiffon. Un soir, Alexandre le rêveur reproduit l’ombre de l’oncle Vania sur lemur de la caverne grâce à un morceau de charbon. L’oncle, courroucé, l’accusede lui avoir volé son ombre ; le jeune pithécanthrope vient pourtantd’inventer l’art figuratif. Alors Ernest songe : quand Alexandre dessineun mammouth, l’esprit de l’animal ne serait-il pas prisonnier de cetteimage ? Ne serait-il pas parent avec ce mammouth tué à la chasse quirevient vous visiter la nuit, en rêve ? Et qu’en est-il de ces gensétranges que l’oncle Ian – un grand voyageur qui est allé loin, très loin,jusqu’en Chine ! – a croisés ? Ceux-là, que Ian nomme desnéandertaliens, ensevelissent les leurs quand ils sont morts. Certes, c’est ungaspillage, mais le mystère de ce rite plonge Ernest le mystique dans un abîmede réflexion.

Puis vient le jour oùÉdouard emmène ses fils aînés loin de la caverne familiale pour qu’ils prennentfemmes dans un autre clan que le leur. En effet, Édouard juge qu’il estindispensable de mélanger les sangs de différentes familles. Les trois jeuneschasseurs sont contraints de se mettre en quête et d’élire trois épouses qu’ilsramènent triomphalement à la caverne familiale. Ernest épouse donc Griselda etdécouvre un merveilleux sentiment : l’amour. À leur retour, les hommessont stupéfaits : leur mère et épouse, Edwige, a fait unedécouverte : la cuisson. La viande ne sera plus dévorée crue maispréalablement rôtie, ou mijotée, ou braisée… Un régal ! Voilà encore unmotif d’exaspération pour l’oncle Vania.

Les hommes ont aussirapporté une pierre aux propriétés fabuleuses : quand on la frappe, elleproduit d’immenses étincelles, qui peuvent enflammer des feuilles sèches, et onaura du feu ! Plus besoin d’aller en quérir au sommet d’un volcan. Édouardest enthousiaste, mais une démonstration tourne mal : il enflamme la forêtet la plaine, et un gigantesque incendie détruit tout autour de lacaverne ; il faut partir et trouver un nouveau gîte. Le clan cheminelongtemps et parvient au terme d’une longue marche à une merveilleuse forêt,vaste et giboyeuse. Malheureusement, elle est déjà habitée par d’autreshominidés… C’est Édouard qui se charge des négociations et un accord est vitetrouvé : les autochtones cèdent la moitié de leur territoire. Cette rapidegénérosité cache quelque chose : en fait, Édouard a troqué le droit des’installer contre le secret du feu, et il est prêt à révéler également sanouvelle découverte, une arme qui projette une flèche à grande distance :l’arc. Ses fils sont indignés, et l’argument selon lequel seul le partage desconnaissances permettra au pithécanthrope d’évoluer encore ne convainc pas leclan. Édouard est allé trop loin. C’est pourquoi, alors qu’on met l’arc aupoint, Ernest décoche une flèche qui frappe Édouard et le tue. Le patriarche arejoint l’autre monde, celui où survivent les mammouths tués et les ancêtresrespectés. Et Édouard est cérémonieusement mangé le soir même par tout le clan.On n’ensevelit pas encore les morts chez les pithécanthropes.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >