Pourquoi j'ai mangé mon père

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Roy Lewis

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1913 : Roy Lewis naît à Felixstowe (ville côtière du
Suffolk) mais grandit à Birmingham
où il étudie à la King Edward’s School. Après avoir obtenu une licence à l’University College d’Oxford, il
poursuit ses études à la London School
of Economics
. S’il commence sa carrière comme économiste, il passe ensuite au journalisme. De 1939 à 1941, il distribue, avec le célèbre
journaliste australien Randal Heymanson, un bulletin d’informations aux banquiers et aux décideurs politiques
anglais et américains. Il travaille un temps dans une firme spécialisée dans
les investissements chinois avant de rejoindre en tant que journaliste l’hebdomadaire
Scope. Il devient ensuite, de 1952 à 1961, le correspondant
de The
Economist
à Washington. Il
fonde en 1957 la Keepsake Press, une
imprimerie de beaux livres qui fonctionnera à une petite échelle jusqu’à sa
mort.

1960 : Pourquoi
j’ai mangé mon père
paraît d’abord en anglais sous le titre What We Did to Father, puis The Evolution Man en 1963. Il est
traduit dans sa version française par l’écrivain Vercors et sa femme Rita
Barisse. L’œuvre raconte sur un ton comique
les aventures d’une famille
préhistorique
du Pléistocène moyen multipliant quelques découvertes ou avancées majeures de l’humanité en un temps restreint. Elle est
réunie autour de la figure d’Ernest,
le père, à l’esprit particulièrement novateur.
Son frère Vania, « l’oncle
Vania » de la famille donc, est chargé de représenter l’esprit réactionnaire, opposé aux élans
progressistes d’Ernest. Pour se protéger des prédateurs qui peuplent l’Afrique
orientale où les personnages évoluent, les membres de la famille se mettent à
maîtriser le feu, à durcir leurs pointes à la flamme, à manier l’arc. Au-delà
de ces progrès techniques on assiste
également à la naissance de l’art
rupestre
quand Alexandre, le fils de la famille, se met à dessiner sur des
rochers avec un morceau de charbon. Un autre fils tente de domestiquer un chien, la mère, Edwige, s’emploie à cuire les aliments. Les anachronismes sont nombreux, les
renvois à l’époque contemporaine constants, ainsi des parallèles sont faits
avec la maîtrise de l’énergie nucléaire, les débats modernes sur la technique, le progrès, mais encore sont abordées la question de la place de la
femme dans la société et le problème de l’éducation. Un an après la parution de
ce grand succès mondial, Roy Lewis s’installe à Londres et reste journaliste
au Times
jusqu’à sa retraite en 1971.

1990 : Dans
son deuxième roman, La Véritable Histoire du dernier roi socialiste (
The Extraordinary
Reign of King Ludd: an Historical Tease
), qui paraît trente ans plus tard, Roy Lewis imagine
que les révolutions de 1848 ont
porté leur fruit, et que le socialisme
l’a emporté en Europe. Il se concentre sur l’Angleterre, sur laquelle
règne George Akbar Ier, sans grand pouvoir cependant – du moins
assure-t-il la narration – car le rôle du roi est d’entretenir une apparence de
tranquillité, de paix universelle. Celui du gouvernement est de limiter les progrès des nouvelles
inventions techniques
dans la société, en les isolant, et en décidant leur
introduction parmi le peuple seulement en cas de certitude quant à leur
caractère inoffensif : elles ne doivent engendrer ni chômage, ni
surpopulation. Roy Lewis poursuit son uchronie
en imaginant qu’à partir de 1949,
les suites d’une contre-révolution
engendraient une industrialisation
débridée
et entameraient le règne de la consommation à outrance. Le ton est tout du long comique ; certains effets humoristiques
sont produits par l’intervention de quelques personnages historiques comme Winston Churchill. Le titre de
l’édition anglaise fait référence à ce fameux Ned Ludd, personnage légendaire
qui aurait été à l’origine du mouvement de protestation des luddites, ces
ouvriers qui se livraient à la destruction de machines pour tenter de sauver
leurs emplois. À nouveau Roy Lewis se livre à une réinterprétation de l’histoire pour multiplier les parallèles avec
l’époque contemporaine et favoriser sa critique.

1991 : Dans un
roman-nouvelle étonnant, Mr Gladstone et la demi-mondaine (
A Walk with Mr
Gladstone
), entre pièce de théâtre
et roman de mœurs, Roy Lewis imagine le dialogue-débat
entre d’un côté William Gladstone
(1809-1898), un homme politique ayant occupé les plus hautes fonctions sous le
règne de la reine Victoria (quatre fois Premier ministre, autant de fois
Chancelier de l’Échiquier (c’est-à-dire ministre des Finances)), également
connu pour ses œuvres de philanthropie, ayant tenté, de façon très directe, en
descendant dans la rue, de réhabiliter des prostituées ; et de l’autre un contradicteur,
avant que ne survienne, aux deux tiers de l’œuvre, Cora Pearl, une demi-mondaine
du Second Empire surnommée « la
Grande Horizontale », qui vient de fuir la Commune grondant à Paris pour
rejoindre Londres, sa ville natale. Celle-ci, malgré la véhémence du grand
homme, campera sur sa position (horizontale donc), plus attirée par les
avantages qu’elle lui apporte que par des considérations morales. Gladstone ne
se montrera pas de marbre devant la beauté de Cora Pearl, mais il fait montre
d’une grande vertu. L’œuvre offre également une réflexion sur l’appétit de pouvoir.

1996 : Roy Lewis meurt à l’âge de
quatre-vingt-trois ans. Sa vie durant, hormis ses quelques romans, il a écrit
et édité des œuvres non fictionnelles, en lien avec le journalisme, comme
Sierra Leone: A
Modern Portrait
(« Sierra Leone: Portrait moderne », 1954) ;
Colonial Development and Welfare, 1946-55 (« Développement colonial
et bien-être, 1946-1955 » ; 1956),
The British in Africa (« Les
Anglais en Afrique » ; 1971),
A Force for the Future: the
Role of the Police in the Next Ten Years
(« Une
force pour le futur : le rôle de la police dans les dix prochaines
années » ; 1976) ou Politics and Printing in Winchester, 1830-1880
(« Politique et imprimerie à Winchester » ; 1980).

 

 

« J’ai calculé, grosso modo, que nous passons un tiers de
notre vie à dormir, un tiers à courir derrière la viande, et tout le reste à
mastiquer. Où prendre le temps pour méditer ? Ce n’est pas avec cette sorte de
remâchage-là que nous ruminerons nos connaissances, assouplirons nos
réflexions. Si nous voulons pouvoir considérer nos objectifs avec plus de
recul, il faudrait pouvoir reposer de temps en temps nos mandibules. Sans un
minimum de loisir, pas de travail créateur, par conséquent pas de culture ni de
civilisation. »

 

« Les mammouths, eux, en
ces jours-là, se considéraient comme à peu près parfaits. S’ils arrachaient des
arbres, c’était quand ils étaient furieux ou voulaient épater les femelles. À
la saison des amours, il suffisait de suivre les troupeaux pour se fournir en
bois de chauffage. Mais, la saison passée, une pierre bien envoyée derrière le
creux de l’oreille faisait souvent l’affaire, pour un bon mois. J’ai même vu ce
truc-là réussir avec les grands mastodontes, mais après c’était le diable de
traîner chez soi un baobab. Oh ! ça brûle bien. Mais ça vous tient à
distance de trente mètres. L’excès en tout est un défaut. »

 

Roy Lewis, Pourquoi j’ai mangé mon père, 1960

 

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