Regain

par

La poésie dans l’œuvre de Giono

Nous avons vu que l’auteur, à travers son œuvre, loue lesqualités humaines et revendique un rapport à la nature privilégié. Ceci va depair avec un emploi bien particulier de la langue française, un style où semélange descriptions frappantes et registre populaire paysan, exacerbation dela nature et plaisir de l’oreille.

En effet, si Jean Giono met en avant la fusion entre lanature et l’homme, ceci le contraint à passer par force images et métaphoresqui tendent à assimiler l’homme au monde animal, végétal, minéral, aux élémentsqui régissent les forces naturelles. Ainsi, il fait un grand usage de lamétaphore et de l’allégorie ainsi que de la comparaison, créant un univers quiapparaît comme confondu entre nature et humanité, animalité et conscience del’homme. Le lecteur est désarçonné et émerveillé par cette fusion totale qui seretrouve jusque dans le langage employé. Par exemple, lorsqu’est racontél’accouchement de l’enfant mort-né de Zia Mamèche, on la compare à une louve ences termes : « on a entendu dans le vallon comme une voix du tempsdes loups. […] On est descendus à travers les vergers, tous muets, à ne passavoir. Nos femmes étaient restées, toutes serrées en tas. Et ça hurlait toujours,en bas, à déchirer le tendre du ventre ! » Les cris de la futuremère réfèrent donc ici à la peur ancestrale qu’a l’homme du loup, l’angoissequi a saisi de nombreuses générations sans différence d’âge ou de sexe. L’hommeest réduit à l’état de proie, tandis que la description se poursuit selon cettemétaphore : « Elle était comme une bête. Elle était couchée surson petit comme une bête ». L’instinct maternel associé à l’horreurd’avoir perdu son enfant rend la femme pareille à une louve et obscurcit lesfrontières entre mondes animal et humain.

De plus, l’écriture de Giono emporte également le lecteurdans la musicalité de ses mots. Les jeux de sonorité qu’il emploie évoquent uneprose poétique. Ainsi, il abuse des anaphores, allitérations et assonances quirendent son texte pareil à une musique, et donnent au lecteur un sentiment deplaisir et de joie lorsqu’il le lit. La satisfaction de l’oreille fait écho àcet hymne à la vie que l’auteur nous livre à travers les pages.

La rusticité sympathique et spontanée des paysans est traduitedans ces jeux de langage, et semble faire frémir les accords d’une musiquetraditionnelle du terroir : « Le soleil nageait tout blond autourde la pièce de bois. Quand il revenait à la forge, Gaubert avait les genoux despantalons tout verts d’herbe écrasée. » Ici par exemple, dans cettedescription du forgeron façonnant les poutres de ses charrues, l’assonance en« è » confère une douceur à la phrase qui ravive l’atmosphèreenchanteresse, calme et presque magique de l’ouvrier paysan qui s’attèle à untravail qu’il aime. Le jeu de lumière éveillé par l’épithète« blond », la référence à l’eau, donnent un climat d’apaisement, dequiétude et de confiance, et l’évocation du bois comme matériau rappelle lanature, la transformation douce de celle-ci par l’homme afin de pouvoir lacultiver.

C’est de cette manière que Giono, par son styled’écriture à la fois franc et poétique, confère à son roman des reflets entreses mots et les images décrites. Il donne une valeur supplémentaire aux thèmesqu’il aborde tels que la fusion de l’homme, de l’animal et de la nature, et lajoie de vivre des paysans menant une vie simple.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La poésie dans l’œuvre de Giono >