Regain

par

L’homme et la nature réconciliés

Le thème de la nature est omniprésent dans le roman Regain, et utilisé bien plus que pour une simple évocation ou des descriptions. En effet, Giono fait un véritable éloge de la nécessité pour l’homme de reconnaître la fusion qu’il doit opérer avec la terre, afin d’y retrouver son essence, de s’y réparer, d’y évoluer.

En ce début de XXème siècle, la France connaît un fort exode rural, les paysans quittent leurs campagnes en croyant que leur vie sera plus aisée et plus confortable dans le paysage urbain qui émerge alors. Le roman de Giono prend donc le contrepied de cette tendance, en présentant le retour à la nature de Panturle, d’Arsule et de Gédémus, qui viennent tour à tour reconquérir leur droit à la terre. Ainsi, en pleine période où la vie rurale tend à être assimilée à une vie rétrograde, arriérée, et où l’on croit que le progrès se trouve en ville, l’auteur, lui, assène au lecteur son amour pour la Provence rurale. Les descriptions d’une nature qui se veut parfois accueillante, chaleureuse, divine, d’autres fois inquiétante et peu avenante, se succèdent : « Le vent de novembre écrase les feuilles de chêne avec des galopades de troupeau. Il est tout bien froid jusqu’au fond, d’un beau froid dur. Il a fait taire d’un seul coup toutes les sources ; il n’y a plus que son bruit dans les bois. »

Le roman est bercé par le rythme des saisons qui s’écoulent l’une après l’autre. Et l’homme, dans ce cycle éternel, doit trouver sa place et s’intégrer à la nature pour ne pas en être rejeté. En incluant des vérités universelles à l’œuvre et avec ce qu’il nous montre de la Nature, Giono affirme le caractère immuable et indispensable de celle-ci. Il lui redonne une valeur que les Français semblent oublier à l’époque.

Mais si Regain est avant tout l’histoire de la renaissance d’un village, celle-ci doit obligatoirement passer par cette fusion entre l’homme et la nature, à travers le personnage de Panturle. Giono livre un portrait détaillé de la société paysanne. Il explique leur manière de réfléchir, les valeurs qui lui sont propres, leur parler coutumier est même clairement évoqué, particulièrement dans le nom des personnages : « la Piémontaise », la « Zia Mamèche », etc. Cependant, Panturle a une valeur supérieure à celle d’un simple humain : il ajoute une dimension mystique et universelle au monde paysan. En effet, le nom du dieu grec Pan apparaît dans la première syllabe de son nom. Référence est donc faite au dieu de la nature, celui qui rend les sols fertiles, fait croître les arbres et de manière générale représente toutes les forces de la nature, celles-là même qui peuvent terroriser l’homme et lui inspirer le respect, la crainte ou la révérence. Son physique est celui d’un hybride, mi-homme mi-bouc, et montre ainsi la fusion entre l’humain et l’animal, l’appartenance à la nature comme à la transformation de celle-ci par l’homme. Dans son désir de s’enraciner au village d’Aubignane, dans sa volonté de faire émerger de ce sol abandonné de quoi subvenir à ses besoins, Panturle joue le rôle symbolique du dieu Pan. Il apprivoise la nature sauvage, la comprend et l’adapte à ses besoins afin de sceller un pacte que la chasse, activité qu’il délaisse au profit de l’agriculture, ne peut satisfaire. En effet, le chasseur prend la nature, le monde animal, sans notion de partage ni de respect, contrairement à l’agriculture qui, elle, instaure un rapport de don et de retour entre le sol et l’homme qui le travaille.

Ainsi, Giono exprime clairement la nécessité de partage avec le sol qui nous porte, met en avant le respect des valeurs paysannes traditionnelles et l’amour fusionnel que nous devons entretenir avec l’environnement qui nous nourrit. La renaissance d’Aubignane ne vient donc pas uniquement de son gain de population, mais aussi de la relation qu’entretient celle-ci avec le sol et de la volonté de redonner sa fertilité à ce village.

Dans les dernières lignes du roman, nous pouvons constater l’amour qui lie profondément l’homme à sa terre : « Il est devant ses champs. Il s’est arrêté devant eux. Il se baisse. Il prend une poignée de cette terre grasse, pleine d’air et qui porte la graine. C’est une terre de beaucoup de bonne volonté. »Telle une récompense, il nous montre alors que respect de la nature et compréhension mutuelle avec celle-ci peuvent donner naissance à une entière plénitude.

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