Regain

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Un avertissement d’avant-guerre

Si Giono prend pour cadre un petit village de Provence dont les habitants ont totalement déserté les lieux, ceci est surtout prétexte à narrer son redressement. En effet, de l’état d’abandon, de désertion, du caractère presque maudit et hanté de la bourgade, on passe à l’élaboration d’une nouvelle microsociété dans laquelle chacun trouve travail, occupation et amitié.

Le contexte historique de la publication en 1930 situe l’intrigue du roman dans la période d’entre-deux-guerres. Giono désire montrer au lecteur que même en ces temps troublés, il est possible de redonner la vie là où tout semble mort. Cela nécessite la croyance en de solides valeurs telles que le respect de la nature, la confiance en l’humain ou encore la continuelle construction de projets communs. Le village d’Aubignane est totalement abandonné, la vie et l’espoir semblent l’avoir déserté, et très vite, notre paysan Panturle éprouve de la difficulté à vivre seul, reclus, hors de toute société. Son projet stagne et il se heurte aux obstacles que la nature lui impose, la solitude le fait souffrir et le rend improductif.

Cependant, arrivent Gédémus et Arsule qui vont influencer la vie du village chacun à sa façon. En effet, si le premier est l’antithèse parfaite de l’homme solidaire et prêt à tendre la main à son voisin, son manque d’humanité est rapidement puni puisque Panturle le force à quitter les lieux moyennant une somme d’argent. Cette symbolique de l’argent accepté par celui qui est un obstacle aux bonnes relations humaines et au regain de vie est très parlante. Tandis que les habitants d’Aubignane reconstruisent sur les ruines du village une société nouvelle basée sur l’utile et le naturel, Gédémus, lui, doit fuir avec l’unique chose qui lui parle : l’argent, outil matériel qui permet de tout avoir sans travailler, ni produire soi-même le fruit de ses efforts.

Giono prouve que la vie et le plaisir s’obtiennent en s’associant les uns aux autres dans l’activité, et non en restant isolé en attendant qu’une récompense survienne. Pour cela, il utilise la symbolique de celui qui part avec l’argent, promesse de ne jamais pouvoir s’enraciner nulle part, et de celui qui reste, prêt à fournir des efforts pour trouver un lieu de confiance où s’établir.

De plus, les exemples de l’importance du partage et de la solidarité redoublent tout au long du livre. Au chapitre premier, le narrateur affirme que le « monsieur du domaine de la Sylvabelle » a insisté en ces termes pour faire repeindre le clocher de l’église à ses frais : « Puisque je vous dis que je paye la couleur, moi, toute la couleur ; et que je paye le peintre, moi ; puisque je vous dis que vous ne payez rien et que je paye tout, moi ! »Il en va de même lorsque le facteur ne peut faire sa tournée sans se voir offrir quantités de nourriture, qu’il ne peut refuser. La valeur du partage est également présente lorsque Gaubert, un vieux forgeron, offre à Panturle la charrue qui lui permettra de nouveau de cultiver la terre.

C’est donc un hymne à la solidarité et au partage que nous adresse Giono, qui désire montrer que c’est en se comportant de manière humaine et solidaire que nous pouvons ramener la vie là où règnent la mort et la solitude. Il en appelle à la capacité de l’humain à partager et à œuvrer de concert, en pleine période d’entre-deux-guerres où rien ne paraît plus important que de rester unis.

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