René

par

Quelle part autobiographique ?

Nouspouvons associer de nombreux éléments de Renéà la vie de l’auteur. Tout d’abord, la similitude du prénom, bien sûr, attirel’attention sur le parallèle à voir entre le protagoniste et lui. Ne peuventque renforcer cette impression d’autobiographie déguisée les nombreuses similitudesou convergences entre René et les Mémoires d’outre-tombe, même si l’onpeut souligner les déformations du traitement romanesque : ainsi, René estorphelin de mère, et un amour incestueux – que rien ne permet de retrouver dansla réalité, même si Chateaubriand tenait beaucoup à sa sœur – unit le frère etla sœur.

Le recensementn’est pas difficile des motifs communs à Renéet aux Mémoires, qui viennentrenforcer l’impression d’autobiographie déguisée ou romancée : l’originenoble ; le château familial, provincial et solitaire ; la sœurtendrement aimée, les promenades mélancoliques des deux jeunes gens ; le« fantôme imaginaire » (la Sylphide des Mémoires) ; les paysages bretons dont René retrouve partoutl’image ; les tempêtes sur la mer ; le goût des chefs-d’œuvreartistiques et littéraires : « Jerecherchai surtout dans mes voyages les artistes et les hommes divins quichantent Dieu sur la lyre » ; celui des ruines, des cimetières,des monastères, des clairs de lune, des soleils couchants – tous lieux communs,à venir, du romantisme – ; et jusque dans le détail, ces oiseauxmigrateurs qui préfigurent, symboles du voyage qu’est la vie, les hirondellesde Combourg, ou encore le murmure des joncs flétris sur l’étang désert…

Deplus, nous avons vu que René a des comportements typiquement romantiques, et subitce que les contemporains de l’auteur nomment « le mal du siècle »,qu’a aussi vécu Chateaubriand, qui voit son existence comme celle d’un hommeévoluant dans « un monde vide avec un cœur plein ». La tradition deprésenter des personnages fictifs encore jeunes comparés à leurs auteurs,habités par ce vague des passions qui les laisse dans une inconstance totaleface à la vie, permet aux romantiques du début du XIXe siècled’exprimer ce qu’eux-mêmes ressentent ou ont ressenti. Ainsi, Chateaubriand aprojeté sur René ses pensées et sa mélancolie propre, exacerbé des côtés delui-même pour mieux dénoncer un état morbide que ne devraient pas envier lesjeunes générations.

Son goût pour les voyagesest transmis au personnage principal par le biais des pérégrinations decelui-ci en Amérique du Nord, dans le bassin méditerranéen… L’enfance décriteest également similaire à celle de l’auteur, solitaire, dans une demeurereculée, loin de son environnement familial. Ainsi, la ressemblance entre Chateaubriandet René est clairement établie mais ne constitue en aucun cas le corps d’uneautobiographie. René est simplement d’inspiration autobiographique, mais restecependant un personnage fictif propre à inspirer, de par son caractèreuniversel, d’autres auteurs romantiques. On peut aussi se demander si le dramefictif de René et d’Amélie se nourrit du conflit provoqué par l’identité aristocratiquedouloureuse de leur créateur. Le jepersonnel ne cesse de se confondre plus au moins avec le je romanesque, et c’est l’osmose des deux qui engendre un je mythique, autrement dit exemplaire,représentatif de toute une génération, le seul qui puisse assurer au bref récitqu’est René son éclat et sa postérité. 

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