René

par

Résumé

René est un jeune homme européen installé dans les déserts de Louisiane. Poussé par « un penchant mélancolique », il passe désormais des journées entières au fond des bois, rejetant toute compagnie en dehors de celles du Sachem aveugle Chactas, son père adoptif, connu par son « indulgence aimable », et du père Souël, missionnaire au fort de Rosalie, se distinguant par son « extrême sévérité ». Face à ses deux amis, René tait les raisons de son installation en Louisiane et semble bien déterminé à garder son secret.

Après quelques années, René reçoit une lettre d’Europe et tombe dans un état de tristesse profonde. Devant l’insistance de ses vieux amis, désireux d’en connaître les causes, il finit par leur céder. Saisi d’« un mouvement de honte » et reconnaissant une « agitation » dans son âme, René commence son récit en se présentant comme un jeune homme « sans force et sans vertu » qui s’est fait beaucoup de mal et qui a été « trop puni ». Sa mère est morte à sa naissance. Élevé loin de son père, René se révèle un enfant d’humeur « impétueuse » et de caractère « inégal ». Alternant les états d’âme contradictoires, il préfère s’isoler de ses jeunes compagnons « pour contempler la nue fugitive ou entendre la pluie tomber sur le feuillage ». Mal à l’aise devant son père, René se sent apaisé auprès de sa sœur Amélie avec qui il se balade dans les bois aux alentours du château paternel. Pendant leurs promenades, ils écoutent les bruits de la nature et se délectent de « jeux innocents ». Âgé d’à peine seize ans, René cultive les Muses et trouve son plaisir dans un monde « de pureté, d’images et d’harmonies ». Le son de la cloche du temple qu’il entend dans les bois porte à son âme « le calme de la solitude » et lui représente le moment de sa naissance. Lorsque son père décède dans ses bras des suites d’une maladie, René prend aussitôt conscience de l’immortalité de l’âme et, dans « une sainte douleur », espère se joindre un jour à l’esprit paternel. L’image « sublime » des traits de son père au cercueil le conforte dans sa pensée qu’un « autre univers » existe après la mort. Suite à l’enterrement, René quitte avec sa sœur le toit paternel, devenu héritage de son frère, pour s’installer chez de vieux parents. Amélie parle à René « des bonheurs de la vie religieuse » et voit en son frère le seul lien qui la retient dans le monde. Touché par le discours de sa sœur, René se rend souvent dans un monastère, attiré par « le calme et le silence », errant dans les cloîtres, interpelant les morts.

Rejetant l’option de la vie monastique, René fait le choix du voyage et quitte sa sœur en pensant à « l’inconséquence des amitiés humaines ». Il commence par visiter « les débris de Rome et de la Grèce », traversant les tombeaux et les ruines et méditant sur l’impuissance des morts. Ensuite, il se retrouve dans une grande cité où il interroge des manœuvres sur la signification d’un monument sans que ces derniers ne puissent le renseigner. René en déduit que l’action du temps est fatale et que la terre ne cesse de se renouveler. Il poursuit son voyage en cherchant les artistes et « ces hommes divins qui chantent Dieu sur la lyre » et possèdent « le seul talent incontestable dont le ciel ait fait présent à la terre ». Sur les monts de la Calédonie, en pleine communion avec la nature, René écoute un barde qui lui chante des poèmes. En Italie, il se promène avec une « sainte et poétique horreur » dans les édifices religieux, sensible à leurs bruits et leurs rumeurs. Pendant ses voyages, René juge le passé et le présent comme « deux statues incomplètes » : les œuvres anciennes restent incertaines alors que les réalisations modernes manquent de beauté. En Sicile, au sommet de l’Etna, René salue la puissance de la nature dans laquelle il reconnaît « une création à la fois immense et imperceptible », mais pleure les mortels chez qui il identifie « un abîme ouvert ».

René choisit ce moment pour arrêter son récit et tomber dans la rêverie. À la vue d’un groupe d’Indiens joyeux, il s’attendrit et loue « la paix » qui marque leur vie et leur quotidien. Tombant dans les bras de son père adoptif, René lui demande le pardon. Chactas lui conseille de modérer son caractère, lui expliquant qu’il est tout à fait normal qu’une grande âme contienne plus de douleurs qu’une petite, puis il l’invite à poursuivre son récit en évoquant la France et son « grand chef » décédé – c’est-à-dire Louis XIV.

René reprend alors son récit et avoue ne pas avoir reconnu son pays lors de son retour, y trouvant « la souplesse de l’esprit » au lieu de « la hauteur du génie ». Même s’il dit n’avoir rien appris de ses voyages, René reconnaît s’être débarrassé de « la douceur de l’ignorance ». En constatant que sa sœur évite de le rencontrer, René tombe dans l’ennui et médite sur l’amitié « qui ne résiste point au malheur ». Se sentant étranger dans son propre pays, René choisit de se retirer dans un faubourg pour y vivre « totalement ignoré ». Il passe des heures à méditer dans une église et, observant l’effet de la foi sur les fidèles, invoque Dieu et le prie de le décharger du « poids de l’existence ». Le soir, sur les ponts, il observe les astres et découvre qu’il n’a jamais eu d’amis. Très vite, son quotidien devient répétitif et ennuyeux, alors il pense soigner ses souffrances dans un « exil champêtre ». René s’isole dans une chaumière et prend conscience qu’il cherche « un bien inconnu dont l’instinct le poursuit ». Vivant l’expérience de la solitude et de la proximité avec la nature dans une chaumière, René se dit « accablé d’une surabondance de vie » et comprend qu’il cherche un « fantôme imaginaire » pour remplir le vide de son existence. Envahi par un flot de sensations éphémères et contradictoires, il est incapable de décrire son état. Il affronte les mois des tempêtes de l’automne, pensant à la fragilité du cœur humain, passant ses journées à se promener dans les bois. Tourmenté, René repense au voyage mais une voix intérieure le convainc de patienter. En attendant, il regrette de ne pas avoir de femme et ressent de nouveau un dégoût de la vie. Ne trouvant pas de remède à ses maux, René envisage de mettre fin à ses jours, oubliant sa foi et cédant à ses contradictions. Il fixe la date de son suicide et écrit à sa sœur Amélie une dernière lettre qui trahit ses projets. La seule personne qu’il aime vient alors à son chevet et il la reçoit avec « une sorte d’extase de cœur ». Amélie reproche à René son projet macabre et ce dernier cède à sa tendresse en faisant le serment de ne plus jamais songer à la mort. Pendant plus d’un mois, René retrouve aux côtés d’Amélie la joie de vivre, renaissant dans « la douceur de ses sentiments » et constatant que son âme avait « les mêmes grâces innocentes » que son corps.

Vers la fin de l’hiver, l’état de santé d’Amélie se dégrade sans qu’elle n’en avoue la raison. Après trois mois, son état empire et elle finit par disparaître en laissant à René une lettre dans laquelle elle lui annonce sa décision de se retirer dans un couvent. Elle lui rappelle son serment et lui conseille de sortir de son état en se mariant. Amélie conclut sa lettre en soulignant la mémoire éphémère des hommes et en léguant à son frère ses biens. Tourmenté de questions face à la décision inexplicable d’Amélie, René soupçonne une relation amoureuse de sa sœur, qu’elle n’aurait pas osé lui avouer. Il entreprend d’effectuer une dernière démarche auprès d’elle et se rend sur les terres paternelles. Après avoir découvert qu’Amélie est aussi passée par la demeure paternelle, René se promène dans la maison de sa jeunesse et se remémore les souvenirs de son enfance. Puis, au couvent, il assiste à la cérémonie de profession de sa sœur. La simple apparition d’Amélie trouble son être et suscite dans son cœur « de profondes adorations et les gémissements de l’humilité ». Amené à remplir les fonctions paternelles pendant la cérémonie, René surprend des paroles de sa sœur évoquant sa volonté de mourir, puis il s’évanouit. Quand il reprend connaissance, il apprend que sa sœur, saisie d’une fièvre, le prie de ne plus chercher à la voir. En quittant le monastère, René sombre dans un chagrin immense mais perd le goût de la mort. Il prend alors la décision de quitter l’Europe pour l’Amérique. Il passe du temps à préparer son voyage, vendant ses derniers biens, rendant régulièrement visite à sa sœur et errant autour du monastère. Paradoxalement, il reprend espoir en l’avenir et en la condition de sa sœur qui lui confirme dans une dernière lettre qu’elle « ne désespère pas de son bonheur ». René passe sa dernière nuit à écrire une lettre d’adieux à sa sœur puis croit la reconnaître à une fenêtre grillée, en train de prier.

Terminant ici son récit, René se jette en sanglots dans les bras de Chactas et remet au père Souël une lettre adressée par la supérieure de sa sœur contenant le récit des derniers moments d’Amélie, morte « victime de son zèle et de sa charité en soignant ses compagnes attaquées d’une maladie contagieuse ». Chactas tente de réconforter René et regrette l’absence du père Aubry – lequel avait converti Chactas au christianisme dans Atala et l’avait uni à sa bien-aimée. Prenant enfin la parole, le père Souël reproche à René son entêtement et ses « inutiles rêveries ». Il soutient que ses maux sont « de purs néants » et va jusqu’à traiter René de « jeune présomptueux ». Il l’invite à sortir de sa solitude pour consacrer ses efforts « au service de ses semblables ». Le Sachem aveugle approuve ces mots et invite René à sortir de ses misères en lui rappelant qu’« il n’y a de bonheur que dans les voies communes ». Chactas utilise la métaphore du Meschacebé, un ruisseau limpide qui convoque les éléments de la nature pour grandir puis, une fois puissant, se rend compte de sa solitude et du vide qui l’entoure, ce qui lui fait regretter « l’humble lit que lui avait creusé la nature ». Reprenant la route du retour, René marche entre ses deux vieux amis. On raconte que plus tard il a suivi les conseils de Chactas et du père Souël en retournant vivre avec l’épouse qu’il avait dû prendre à son arrivée parmi les Natchez, « mais sans y trouver le bonheur ».

L’œuvre s’achève en indiquant que René meurt peu de temps après ses deux amis lors du massacre des Français et des Natchez, et qu’on montre encore le rocher où il avait coutume de s’asseoir.

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