René

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René ou l’archétype du héros romantique

Le personnage de René est l’incarnation même du héros romantique, dont il a toutes les caractéristiques. Depuis sa plus tendre enfance, il manifeste un dégoût, une lassitude vis-à-vis de la vie qu’il affirme dès les premières lignes du roman : « La paix de vos cœurs respectables vieillards, et le calme de la nature autour de moi, me font rougir du trouble et de l’agitation de mon âme. » Malgré l’envie que lui inspire la perception de la vie des autres personnages, il semble finalement se complaire dans cette dimension mélancolique et triste qu’est la sienne. Il est difficile de déterminer s’il plaint Chactas et le père Souël, qu’il compare à des enfants, évidemment en paix puisqu’ils ne seraient troublés que par la satisfaction de leurs besoins et de leurs jeux. Il embrasse ce caractère toujours agité et mélancolique, et, tout en étant accablé par celui-ci, semble prendre en pitié les deux vieillards qui ne connaissent pas cet état d’esprit spirituellement élevé selon lui.

Où qu’il aille, quoi qu’il fasse, il ne trouve jamais de satisfaction ni de repos. Tout lui inspire ce qu’il nomme des « transports », émotions fortes qui le laissent rêveur et imaginatif. Son humeur, dès son enfance, est qualifiée d’instable, de fluctuante ; il est tantôt joyeux, tantôt triste et muet, ne parvenant jamais à une constance des sentiments, recherchant toujours quelque chose de plus, quelque chose de mieux.

La seule alternative à ses changements d’humeur et de mélancolie est de s’abîmer dans la contemplation de la nature, dans ses forces, dans la prise de conscience de leur domination sur l’homme, relégué par contraste à une moindre condition. La description qu’il fait de lui-même, surplombant du haut de l’Etna le gouffre qui s’ouvre sous ses pieds, est en tous points semblable au Voyageur surplombant la mer de nuages, ce tableau qui constitue une référence pour les romantiques, peint par Caspar David Friedrich en 1817. On peut voir dans ce tableau, et également dans la posture de René au-dessus du vide, un résumé du rapport du romantique à la nature : il s’y immerge totalement, en comparant sa médiocrité aux étendues du pouvoir de celle-ci, dans l’espoir qu’elle apporte une réponse à sa mélancolie ou qu’elle lui insuffle de nouveaux transports. Ainsi, René se décrit alors comme un « jeune homme plein de passions, assis sur la bouche d’un volcan, et pleurant sur les mortels dont à peine il voyait à ses pieds les demeures ». Il revêt ainsi l’habit typique du héros romantique.

De plus, son rapport à l’amour et à la mort correspond en tous points à celui du héros romantique. Dégoûté par la vie, il est tout à fait fasciné par la mort : lorsqu’il assiste au décès de son père, il contemple alors l’immortalité qu’il voit désormais fixée sur les traits de celui-ci, et a hâte de le rejoindre. Il en va de même avec sa sœur qui, ne parvenant pas à l’aimer correctement dans la vie, espère que Dieu lui accordera la chance de le retrouver dans la mort. Ainsi, l’amour et la mort sont totalement liés dans René, ce qui fait de ce roman une œuvre résolument romantique.

Ce que Chateaubriand proposait à ses contemporains avec ce court récit, c’était un tableau exact de cette façon de vivre et de sentir, correspondant au « mal du siècle » dont il déplore la mode, un état d’âme historique, héritage et du christianisme et de la Révolution, fruit d’un long passé et de l’âge moderne.

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