René

par

Un plaidoyer en faveur de la foi

Renéest, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’homochristianus ; païen, il serait inconcevable. Selon Chateaubriand, eneffet, la religion chrétienne a modifié l’esprit, le caractère, la morale del’être humain. À la différence du citoyen antique, voué aux plaisirs et auxaffaires du forum, peu enclin par ses croyances religieuses à « regarder au-delà de la vie »,l’homme chrétien, introverti, éternel pécheur, s’est replié sur lui-même et ad’autant plus tourné ses aspirations vers un ailleurs qu’il ne pouvait trouverici-bas de quoi satisfaire ses élans et ses passions. La vie monastique enparticulier a aggravé cette mélancolie existentielle et métaphysique d’âmessolitaires se consumant elles-mêmes dans leurs insatisfactions terrestres.

Lareligion est présentée dans René parl’intermédiaire d’Amélie. Celle-ci incite son frère, par divers moyens depersuasion, à s’imprégner de la foi catholique. En effet, après la mort de leurpère, elle se rapproche de plus en plus des ordres et fait partager cettedécouverte à René : « Améliem’entretenait souvent du bonheur de la vie religieuse ; elle me disait quej’étais le seul lien qui la retînt dans le monde, et ses yeux s’attachaient surmoi avec tristesse. » Dès le début du roman, elle lui présente doncles bienfaits de la religion, tout en précisant qu’elle constitue néanmoins unebarrière à la vie dans le siècle. Nous avons donc une conception de la foi à lafois conciliante, du point de vue du rapport de l’individu à soi et à Dieu,mais aussi déchirante et séparatrice.

PourRené, l’abbaye est un lieu de mystère et d’attraction, elle existe au mêmetitre que les grandeurs de la nature dans lesquelles il aime à se perdre. Illoue « le mélange majestueux deseaux et des bois de cette antique abbaye », exprime son sentiment face« à la lune [qui] éclairait à demiles piliers des arcades, et dessinait leur ombre sur le mur opposé, […] lacroix qui marquait le champ de la mort, et les longues herbes qui croissaient entreles pierres des tombes. » L’abbaye est pour lui source d’attraction,de secret, détentrice d’une vérité qu’il ignore encore.

Plusle roman s’étire, plus le rapport entre Amélie et la religion grandit. Ilrevient en force lorsqu’après plusieurs mois de vie commune avec René, son frèreévoque un mal mystérieux qui la saisit et l’isole de lui : « Elle maigrissait ; ses yeux secreusaient ; sa démarche était languissante, et sa voix troublée. Un jour, jela surpris tout en larmes au pied d’un crucifix. » La prière sembleêtre la seule alternative, le seul remède à ses effusions, qui croissent au furet à mesure que son amour pour son frère grandit, ainsi que sa conscience deDieu. Lorsqu’elle quitte René pour prendre les ordres, ce choix apparaît commeun mal nécessaire, destiné à la purifier, à les sauver tous les deux d’un péchéinévitable.

Lareligion est en outre magnifiée. Si d’une part elle semble rompre tous liensentre le frère et la sœur, qui se montre froide, distante avec lui, à peineAmélie rentrée au couvent, la religion semble exacerber tout de même leur amourau travers de la foi. C’est par la religion qu’ils parviennent à se retrouver,spirituellement parlant, hors du temps et de la perception physique. C’est poureux le seul moyen de vivre leur amour en paix, avec eux-mêmes et au regard deDieu. La pureté qui semble irradier d’Amélie lorsqu’elle prononce ses vœuxmontre qu’elle a franchi une étape, qui l’élève à un niveau supérieur à celuide René, mais toujours évoluant dans les sphères de leurs transports.

Chateaubriandpensait que la suppression des couvents par la Révolution avait privé les âmesinquiètes du refuge qui leur correspondait. Ainsi, la religion est utilisée icipour purifier les passions des deux jeunes gens, tout en poursuivantl’inscription romantique du récit. En effet, elle apparaît comme difficile,douloureuse, violente et séparatrice, mais salvatrice, et elle se trouve doncdans la continuité de l’esprit romantique dans le sens où la douleur psychiqueest finalement pensée comme bienfaitrice, et donc embrassée. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Un plaidoyer en faveur de la foi >