Robert des noms propres

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Résumé

Robertdes noms propres est un roman singulier écrit par Amélie Nothomb etpublié en 2002 chez Albin Michel ; il raconte le destin hors norme d’unepetite fille dénommée Plectrude, dont le destin est de devenir danseuse, maisaussi et surtout meurtrière.

Lucette, 19 ans, attend un enfantet souffre d’insomnies. Elle a été mariée à Fabien, et ils ont eu un enfant trèstôt. Au début enthousiaste, le père est devenu plus réservé, plus enclin auxdisputes. Ils se disputent sur les prénoms, sur le futur métier du bébé.Lucette préfère les prénoms « fantasmagoriques » du Moyen Âge etle métier de danseuse. Les disputes s’enchaînent, Fabien disparaît desaprès-midi entiers ; Lucette apprendque c’est pour s’entraîner au tir au revolver. Une nuit, durant son huitièmemois de grossesse, le bébé a le hoquet dans le ventre de sa mère, déjà à fleurde peau. Quelque chose se déclenche dans sa tête : elle va chercher lerevolver et tue Fabien avant d’appeler le commissariat. Elle demande à êtreemmenée tout de suite et avoue calmement les faits, puis ne répond plus àaucune question, sauf à celles concernant son bébé, qu’elle imagine déjàexceptionnel : « je veux que son prénom lui suggère un destin horsnorme. » C’est en prison que Lucette accouche : elle tient à appelerl’enfant Plectrude malgré les réticences de tout le personnel. Une fois sûreque sa fille est baptisée (en prison) elle se pend dans sa cellule et ne laisseaucune lettre ni recommandation : « Le prénom de sa fille, sur lequel elleavait tant insisté, lui tint lieu de testament. »

Clémence, la sœur de Lucette,vient chercher Plectrude en prison. Avec son mari Denis, ils décident del’adopter, en plus de leurs deux autres enfants, Nicole et Béatrice. Leurnouvelle sœur a la particularité d’avoir des yeux magnifiques, et le don desavoir se faire aimer immédiatement de son entourage. Clémence, qui voit àtravers le bébé le reflet de sa sœur défunte, vénère la petite Plectrude. Elles’extasie en entendant le premier « maman » et admire sonintelligence. Plectrude développe rapidement une passion pour les nouveaux motset ne cesse d’étonner ses proches. À peine arrivée à la maternelle, lamaîtresse annonce qu’elle ne peut pas la garder : son regard fait pleurerles autres enfants : « Clémence, folle de fierté, annonça aux gensque sa fille avait été renvoyée de l’école maternelle à cause de sesyeux. »

Clémence profite de la situationpour garder Plectrude avec elle à la maison. Son culte pour la petite prend del’ampleur : la mère et la fille s’habillent toutes deux en princesses, separent de bijoux anciens et d’étoffes pour s’admirer dans le miroir, mangentdes sucreries pour le déjeuner. Son comportement à l’égard de ses deux autresfilles est cependant des plus normaux, mais les autres parents remarquent cettepréférence pour Plectrude et la critique.

Plectrude demande des chaussonsde ballerine pour ses quatre ans. Elle est directement inscrite à un cours deballet où son regard la distingue des autres : elle aurait « desyeux de danseuse. » Très fière, Clémence pousse Plectrude à aller quatrefois par semaine au cours de danse.

À cinq ans, la petite ne vatoujours pas à l’école. Denis, le mari, accepte que le tête à tête entreClémence et Plectrude continue mais tient à ce qu’elle se rende au CoursPréparatoire à ses six ans. Cette journée est le comble de l’horreur pour lapetite fille, qui ne supporte pas de rester immobile à écouter la maîtresse.Elle ne parvient pas à s’intégrer aux discussions des autres enfants à larécréation, et vomit son repas à la cantine, trop perturbée par la différenceentre ce déjeuner et celui que Clémence lui servait chez elle. À la fin de lajournée, Plectrude est désespérée d’apprendre que tout cela se répètera tousles jours.

La différence entre l’école etles cours de ballet devient plus problématique. Si Plectrude réussit à danser,elle prend du retard dans son travail scolaire : « quand la maîtresselui montrait une lettre inscrite au tableau, elle prononçait un son au hasard,toujours à côté de la plaque. » La maîtresse demande à rencontrer Denis etClémence, et menace Plectrude de lui faire redoubler son CP. Denis est inquietmais Clémence cache sa fierté vis-à-vis de la différence de Plectrude qui,selon elle, la rend exceptionnelle. Cependant elle se rend compte que pour quePlectrude devienne danseuse professionnelle, elle doit tout de même réussir sesétudes, et prend la situation en main en intéressant sa fille à la lecture.Elle lui fait découvrir un livre de contes merveilleux et Plectrude apprend àlire en une semaine. La maîtresse, de ce fait, se met à détester la petitefille et cherche à l’humilier dès que c’est possible. Aux cours de ballet, elleest au contraire considérée comme une reine : « Ainsi, elle avaitdeux vies bien distinctes. Il y avait la vie de l’école, où elle était seulecontre tous, et la vie du cours de ballet, où elle était la vedette. »

Plectrude, à la fin de l’année,réussit son CP de justesse. Pour la récompenser, on lui offre une barre muralepour qu’elle danse chez elle. L’année suivante, la classe de Plectrude est lamême, mais le CE1 accueille une nouvelle élève, Roselyne, qui est aussi dans lecours de ballet de Plectrude. Cette amitié résiste aux moqueries de lamaîtresse et des autres élèves, et Roselyne devient la seule et uniquevéritable amie de Plectrude. Elle est invitée à dîner par les parents, et lesdeux petites filles se trouvent des passions mais également des dégoûts communs(dont celui des figues sèches). En classe, le comportement des autres changentcar Roselyne est appréciée : les autres se demandent s’ils n’ont pas faiterreur concernant Plectrude. Elle est alors invitée à passer des tests et serévèle être surdouée, ce qui explique son incapacité à faire les plus simplescalculs. Elle parvient, grâce à ce statut de génie, à passer dans les classessupérieures malgré de fortes difficultés en mathématiques.

À dix ans, Plectrude connaît unevie paisible, entre l’amour de sa mère, la passion de la danse, et l’amitiédébordante de Roselyne. Les deux petites filles s’adorent, jouent à se mariermais surtout à se sauver de la mort. Roselyne sauve Plectrude d’une asphyxieglacée dans la neige notamment, et d’un camion qui aurait pu les écraser.

À douze ans, Plectrude cherche àconserver le plus longtemps possible son enfance, ne voulant pas être déforméephysiquement par la puberté – « Oui, mais sa mère l’aimerait-elle toujoursautant quand elle serait une adolescente boutonneuse ? » – et faittout pour conserver son âme d’enfant et se garder des préoccupations déjà trèssexuelles de ses camarades de cinquième.

En novembre de cette annéescolaire, un nouvel élève arrive, Mathieu Saladin : « Ce qu’elleéprouvait était extraordinaire. Elle avait mal à la cage thoracique et elleaimait ça. » Plectrude tombe instantanément amoureuse de lui, malgré lagrande cicatrice perpendiculaire qui lui barre les lèvres et dont les autres semoquent. Paralysée par son amour naissant, elle n’ose pas aller lui parler,mais finit par aller se présenter. Le nouveau venu lui répond avec indifférence,et Plectrude en elle-même se promet que ce garçon sera avec elle un jour oul’autre. En classe cependant, il ne s’intéresse à personne, bien quel’adolescente tente de le faire fondre avec ses grands yeux. Plusieurs foiselle a l’opportunité de lui parler et même de l’entendre jouer avec son groupede musique, mais Plectrude reste muette tant elle est amoureuse et tant ellecraint les réactions de Mathieu. Lui, déduisant des silences de Plectrudequ’elle n’est pas intéressée par lui, reste distant.

Après une dernière tentative de contactavortée, Plectrude décide de ne plus faire d’efforts pour augmenter sesrésultats et sombre dans l’attitude de cancre volontairement afin de se fairerenvoyer définitivement : « Plectrude y mettait du sien : ellesemblait avoir opté pour le suicide scolaire. » Elle annonce à ses parentsqu’elle veut devenir petit rat de l’Opéra, et ne plus aller à l’école.Encouragée par Clémence et par l’école de danse, elle obtient une audition etreçoit deux semaines plus tard sa lettre d’admission. À cette nouvelle, tout lecollège change d’attitude et même ceux qui la détestaient se mettent à l’envieret à vouloir être amis avec elle. Seul Mathieu Saladin reste froid, mais lenarrateur omniscient nous apprend qu’en réalité il est très déçu de ne paspouvoir revoir Plectrude. L’adolescente quant à elle a hâte de quitterl’établissement.

Une fois en septembre, à sarentrée à l’école des petits rats de l’Opéra, Plectrude comprend que l’enferl’attend. Elle voit les filles se faire classer par poids – les« minces », « normales » et les « grossesvaches » – et elle obtient une taille et un poids à ne pas dépasser,l’école lui signifiant qu’elle est déjà à la limite, alors qu’elle ne pèse quequarante kilos pour un mètre cinquante-cinq.

Les jours se suivent et deviennentplus douloureux : les petites filles dansent du matin au soir et nepeuvent manger sans avoir l’impression de grossir. « Plectrude ne s’étaitjamais sentie aussi peu danseuse que depuis son arrivée à l’école desrats. » L’adolescente voit les départs de ses camarades se succéder, etelle-même est tentée de partir. Sa mère la pousse à rester. Au bout d’uncertain nombre de départs, les professeurs autorisent enfin les filles à danserau lieu de ne faire que des exercices à la barre. Plectrude s’aperçoit que lesfilles de l’école n’ont pas leurs règles, et que celles qui les ont prennent lapilule pour les stopper. En trois mois, Plectrude perd cinq kilos, mais aussitoute sensibilité. Elle déteste ses professeurs mais devient indifférente ausouvenir de Mathieu Saladin. « Jouer avec sa santé n’avait aucuneimportance pourvu que l’on pût connaître cette sensation incroyable qu’estl’envol. »

À son retour dans sa famille pourles vacances de Noël, Plectrude est métamorphosée. Maigre et absente, elle n’aplus l’entrain d’avant, et ne montre aucun intérêt pour les histoires ducollège que lui raconte Roselyne. Seule sa mère est fière de sa maigreurextrême ; Denis s’inquiète beaucoup lorsqu’elle retourne à l’école.Plectrude devient progressivement l’une des meilleures danseuses, et elle estde loin la plus belle de toutes grâce à son regard fantastique. Cependant elleprend conscience qu’elle joue avec sa santé, car elle a arrêté de manger desproduits laitiers : la nuit elle a des douleurs atroces dans les jambes àcause d’une carence énorme en calcium. Elle devient clairement anorexique,seule sa mère la soutient encore dans son souhait de devenir danseuse ;les autres se détournent d’elle.

À quinze ans, elle mesuretoujours un mètre cinquante-cinq mais ne pèse plus que trente-deux kilos. Unmatin elle sent sa jambe craquer et ne peut plus bouger. Emmenée chez lemédecin d’urgence, celui-ci s’effraie de sa maigreur et de l’état de sesos : elle s’est fracturé le tibia et à cause de sa carence en calcium,elle ne pourra plus jamais danser comme avant – « c’était la priver nonpas de sa vocation mais de son destin ». Plectrude accepte difficilement lanouvelle. Elle tombe dans une profonde dépression et reste à l’hôpital, où samère refuse de venir la voir, malade elle-aussi.

À son retour chez elle, Plectrudetient à revoir sa mère qui la rejette car elle est déçue que sa fille ne danseplus. Lorsque Plectrude parvient à reprendre du poids et à retrouver sesquarante kilos, sa mère la trouve trop grosse. Au cours d’une dispute, Clémencelui annonce qu’elle n’est que sa tante. Plectrude parvient à ne pas sombrer ànouveau dans l’anorexie. Elle a ses règles à seize ans, et sa mère continue delui faire des reproches sur son poids, pourtant tout à fait normal. Pourremplacer la danse, Plectrude s’inscrit à un cours de théâtre où elle faitgrande impression ; elle décroche le rôle de Géraldine Chaplin adolescente,et a beaucoup de succès. Mais rien n’y fait, Clémence est de plus en plusméchante avec elle, et annonce même à ses filles que Plectrude n’est pas leursœur. La jeune fille apprend également la véritable histoire de sa mère, et seconvainc que son destin est également le sien : à 19 ans, elle devra avoirun bébé et mourir à son tour.

Dès lors, elle regarde chaquehomme avec attention, pour voir si elle peut avoir un enfant de lui. Au coursde théâtre, elle est choisie pour interpréter l’élève dans La Leçon de Ionesco. Elle choisit celui qui jouera le professeur,et finit par tomber enceinte de lui très rapidement.

À la naissance du bébé, celui-ciest appelé Simon. Plectrude renonce à tuer le père de l’enfant (dont on neconnaît pas le nom) ; elle hésite cependant à se suicider car elles’attache à son bébé. Elle se convainc cependant qu’elle doit répéter le destinde sa mère et s’habille en princesse une dernière fois pour se donner ducourage avec une « robe d’archiduchesse fantastique en velours bleu nuit,avec des dentelles couleur de vieil or ». Elle se rend dans Paris, renonceà se jeter sous un train et préfère se rendre sur le Pont Neuf. Après s’êtreassise sur le bord du pont, elle est prise d’un vertige existentiel alors quele néant l’appelle. Juste avant de se jeter à l’eau, elle entend une voixd’homme hurler son prénom. C’est Mathieu Saladin, ravi de l’avoir retrouvée,même habillée comme une « fée tragique ». Ils se retrouvent, Mathieului raconte combien il a espéré ce moment pendant sept ans, ainsi que lestragédies de son enfance. Plectrude remet sa mort « à une dateultérieure. »

Quelques années passent :Plectrude est devenue chanteuse (la chanteuse Robert, connue en France),Mathieu musicien. Plectrude rencontre l’écrivain Amélie Nothomb et lui raconteson histoire. Effarée, Amélie Nothomb lui explique qu’elle doit avoirl’instinct de meurtre en elle, puisqu’elle a côtoyé la mort beaucoup de fois.En effet, pour le vérifier, Plectrude attrape un fusil et tire sur la temped’Amélie. Ce meurtre rapproche encore Mathieu et Plectrude, qui terminent toutde même heureux ensemble. 

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