Robert des noms propres

par

La peur de grandir

Le syndrome de Peter Pan

 

Peter Pan est un personnage bien connu des enfants. Cetêtre merveilleux, refusant de grandir, se réfugie dans un monde uniquementdirigé par les moins de dix-huit ans. La psychologie s’inspire de ce conte enparlant de syndrome de Peter Pan. Ce syndrome désigne tous les individus quiéprouvent une angoisse à l’idée de grandir, de devenir adultes. Ils adoptentalors une attitude enfantine, sont considérés comme immatures.

Ici, si notre héroïne ne semble pas immature, elleprésente cependant une forte angoisse face à l’idée de grandir. Pour elle, lebonheur de la vie prendra fin à l’anniversaire de ses douze ans : « Douzeans, c’était comme une limite : le dernier anniversaire innocent. Treizeans, elle refusait d’y penser. […] Douze ans, c’était le dernier anniversaireoù elle pouvait se sentir à l’abri des calamités de l’adolescence. »

Par ailleurs, en quittant la sphère de l’enfance, ellecraint de perdre l’amour de sa mère, qui l’aime et la cajole tant pour lemoment. Pourra-t-elle aimer de la même façon « une adolescenteboutonneuse » ? Pour palier ce problème, Plectrude décide decultiver son enfance au maximum, profitant de tout ce qui reste encore de« jeune » en elle, tant qu’elle le peut encore. Elle va alors adopterdes accoutrements et des coiffures de petite fille, se balader en permanence avecune peluche dans les bras – en somme, se laisser aller jusqu’à ce qu’elleatteigne l’âge fatidique des treize ans et qu’elle ne le puisse plus. Cetteattitude provoquera quelques moqueries ainsi qu’un certains mépris desadolescentes déjà formées de sa classe, mais également une certaine envie faceà son innocence conservée : « Il y en eut bien quelques-unes pourse moquer de ses couettes, mais c’était précisément des filles qui étaient enavance […] leurs railleries compensaient leur jalousie pour le torse plat de ladanseuse. »

Mais pour conserver sa silhouette d’enfant, elle irajusqu’à tomber dans l’anorexie.

 

Mutilation du corps

 

Aidée par la discipline de fer exigée par la danse,Plectrude va maigrir de plus en plus allant jusqu’à stopper net sa croissance.En refusant à son corps les ressources dont il a besoin, elle va obtenir cequ’elle veut : un corps d’enfant, sans aucune forme et totalement déréglé.Mais par cette anorexie, elle éprouve également un sentiment de puissance plusgrand. Chez les anorexiques, l’activité physique et le jeûne sontvalorisés ; plus ils maigrissent, plus ils se sentent forts et maîtres dela situation. C’est un peu la situation dans laquelle se retrouve Plectrude. Enalliant danse intensive et insuffisance alimentaire, elle s’assure une maîtrisede la situation. Cette maîtrise la conforte dans sa volonté de ne pas grandir.

Par ailleurs, dans son école de danse, pour qu’on soitsûr que les filles restent maigres et enfantines, des pilules sont distribuéespour empêcher l’apparition de tout caractère sexuel secondaire lié à leurpuberté. Mais les conditions drastiques dans lesquelles elles évoluentempêchent de toute manière un développement normal : « Pour laplupart des élèves, les pilules ne sont même pas nécessaires : lasous-alimentation suffit à bloquer le cycle menstruel et les modificationsphysiques qu’entraîne l’apparition des règles. »

Au lieu d’être horrifiée par cette manipulationcorporelle, Plectrude trouve tout cela merveilleux. Ainsi, son corps restecelui d’une jeune enfant. Mais à terme, seul son corps gardera la marque de sonenfance, car avec le temps, la discipline, les contraintes et la dureté de sesprofesseurs lui enlèveront son innocence, la joie de vivre et la spontanéitéqui la caractérisaient. Mentalement, son enfance est terminée : « lebut de la vie était le plaisir. Mais cette époque, qui était celle del’enfance, était révolue ».

À vouloir à tout prix rester dans l’enfance, Plectruden’aura réussi qu’à accélérer son entrée dans ce monde. De petite fille elle estpresque passée au stade d’adulte, sans passer par le stade de l’adolescence.

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