Sa Majesté des mouches

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

William Golding

William Golding est un
écrivain anglais né en 1911 à
Newquay en Cornouailles, dans la maison de sa grand-mère où il reviendra
souvent en vacances ; mais c’est à Marlborough, plus à l’est, dans le comté
de Wiltshire, qu’il grandit. Son père enseigne dans une école où William et son
frère étudieront ; c’est un socialiste prônant un rationalisme inspiré de
la science, tandis que sa mère est une femme au foyer qui soutient le droit de
vote des femmes.

La jeune William étudie à partir de 1930 les sciences naturelles à Oxford au
Brasenose College pour complaire à ses parents, avant de s’orienter en 1932 vers
des études de littérature anglaise,
jusqu’à une licence qu’il obtient en 1934, la même année où il publie un recueil de poèmes, simplement intitulé Poems, chez Macmillan & Co. L’année
suivante il devient professeur deux
années durant dans une école basée sur la pédagogie de Steiner située dans le
Sud de Londres. Il retourne ensuite à Oxford compléter sa formation de professeur
puis enseigne l’anglais et la philosophie dans plusieurs établissements, à la
Grammar School de Maidstone dans le Kent puis à la Bishop Wordsworth’s School à
Salisbury dans le comté de Wiltshire. Durant la Seconde Guerre mondiale, il sert dans la Royal Navy dès 1940 et participe au débarquement en Normandie en tant que commandant d’un navire.

 

La carrière littéraire de William Golding démarre véritablement en 1954, et après avoir dû essuyer les
refus de plusieurs maisons d’édition, quand Faber & Faber publie Sa
majesté des mouches
(Lord of the Flies) après des
tergiversations et des modifications. L’histoire, bien connue, est celle d’un
groupe de garçons qui se retrouvent seuls, sans adultes, après avoir échoué sur
une île tropicale, et d’une lutte entre les essais organisationnels de Ralph,
un meneur incarnant les principes d’une civilisation
fondée sur une société se donnant des règles, et le retour à la vie sauvage prôné
par la bande des chasseurs dont le leader est Jack, un ambitieux jaloux de
l’aura de Ralph. Les antagonismes croissent au fil du récit jusqu’à ce que la cruauté et la violence l’emportent et que l’irréparable soit commis. Il s’agit
donc d’une réflexion sur la nature
profonde de l’homme
et les jeux de
pouvoir
. Le roman sera adapté plusieurs fois au cinéma, mais aussi pour la
scène ou la télévision.

Le second roman de Golding,
paru en 1955, The Inheritors (Les Héritiers), remonte dans les
âges de l’humanité et imagine la rencontre entre une groupe d’hommes de Neandertal et des individus
qui leur ressemblent étrangement – des homo
sapiens
–, à ceci près qu’ils apparaissent plus sophistiqués, mais aussi cruels d’une façon qui est étrangère
aux premiers qui apparaissent doux et pacifiques. C’est une réelle plongée dans
la préhistoire que Golding fait vivre à son lecteur, décrivant par exemple les
outils utilisés et tout ce qui les entoure à travers les yeux des hommes de
Neandertal. Les rituels et la hiérarchie
décrits parmi les homo sapiens
entrent étrangement en écho avec le monde du lecteur d’aujourd’hui. Comme dans
son premier roman, l’écrivain explore divers dilemmes moraux qui se posent au cours de cette confrontation entre
une espèce déclinante et une autre dite « moderne », dont la conscience
se caractérise par la possibilité de distinguer
le bien du mal
et d’éprouver de la culpabilité.

Le succès de son premier
roman permet à l’écrivain de quitter son poste d’enseignant à la Bishop
Wordsworth’s School en 1961 pour partir un an aux États-Unis en Virginie où il
est accueilli à l’université pour jeunes filles de Hollins. Il démissionnera
ensuite de son poste d’enseignant pour se
consacrer pleinement à la littérature
.

En 1980, William Golding entame
une trilogie maritime réaliste intitulée
To
the Ends of the Earth
(« Jusqu’aux limites de la Terre »), avec
la publication de son premier tome, Rites de passages (Rites
of passage
), qui lui vaut de remporter le Booker Prize cette année-là. Il
s’agit du journal que tient un jeune aristocrate anglais, Edmund Talbot, à bord
d’un navire en route pour l’Australie où le parrain du jeune homme a fait en
sorte qu’il y occupe de hautes fonctions administratives. Les passagers et
l’équipage qu’il décrit incarnent les différents types de personnages que l’on retrouve dans l’Angleterre du début du XIXe siècle, les différences de classes constituant le
thème principal de l’ouvrage. Il est aussi question de l’attitude à adopter pour un gentleman,
de l’autorité du capitaine Anderson et
du retour à la sauvagerie vers
lequel incline l’isolement de la civilisation. L’œuvre apparaît donc comme un roman d’initiation pour le jeune
Talbot, d’abord imbu de lui, puis témoin de la bêtise et de la violence des préjugés sociaux et moraux de son
temps. Son regard sur ce qu’il observe n’est pas dépourvu d’un certain sens de
l’humour. Dans le deuxième tome, Coup
de semonce
(Close Quaters), publié en 1987, le nouveau journal de Talbot
présente un ton différent, du fait qu’il n’a pas pour vocation d’être présenté
à son parrain, là où le premier lui était destiné comme un compte rendu de son
voyage. Le récit se focalise cette fois sur une histoire d’amour qui naît entre le narrateur et une jeune femme en
provenance d’un autre navire qui croise le chemin de l’équipage. Le troisième
tome 3, La Cuirasse de feu (Fire Down Below), qui paraît en
1989, vient conclure l’histoire d’amour et focalise notamment sur les rivalités entre deux officiers qui
comptent gagner le respect du capitaine, mais aussi les mesures prises pour
réparer le vieux navire qui doit tous les conduire en Australie.

 

William Golding meurt en 1993 à Perranarworthal, près
de Truro en Cornouailles, d’une crise cardiaque. Dix ans plus tôt il recevait
de façon inattendue le prix Nobel de
littérature
en 1983 « pour
ses romans qui, avec la perspicacité d’un art
narratif réaliste
et la diversité et l’universalité du mythe, éclaire la condition
humaine
dans le monde actuel ». Le mythe pour Golding permet de
remonter à la racine des choses, et à coups d’allégories et de métaphores,
l’écrivain expose dans ses œuvres sa vision de l’homme, naturellement gouverné par le Mal, et qu’il considère à
travers le prisme de la chute, ce
qui se traduit dans son premier roman par la perte de l’innocence lorsque les enfants se retrouvent à vivre en
accord avec la nature, et dans son deuxième roman par cette évidence que l’évolution de la civilisation ne va pas
systématiquement avec le progrès
. L’écrivain met ainsi en scène dans ses
œuvres des personnages plongés dans des
dilemmes
, tiraillés par des aspirations contradictoires qu’ils considèrent
tour à tour à travers les prismes du bien et du mal, et qui ne trouvent aucune
solution satisfaisante. Golding apparaît donc comme un moraliste pessimiste, dont le regard sur l’humanité n’aura sans
doute pas manqué d’être influencé par sa participation aux combats de la
Seconde Guerre mondiale.

 

 

« – Le mieux, c’est
d’organiser notre sauvetage.

Il fallut un moment de
réflexion à Jack pour se rappeler ce que signifiait le mot sauvetage.
– Notre sauvetage ? Ah ! oui, bien sûr. Moi, j’aimerais d’abord attraper un
cochon…

Il saisit son épieu et le
planta dans le sol. Ses yeux reprirent leur expression égarée, fixe. Ralph le
regarda d’un air réprobateur, sous ses cheveux blonds en broussaille.

– Tant que vous autres, les
chasseurs, n’oubliez pas le feu.

– Toi et ton feu…. »

 

William Golding, Sa majesté des mouches (Lord of the Flies), 1954

 

« Les odeurs formaient
un dessin dans l’espace et dans le temps. Ici près de son épaule, se trouvait
l’odeur la plus fraîche, celle de la main de Nil sur le rocher. Dessous, il y
avait tout un groupe d’odeurs, celles de la sueur et du lait, et le relent aigre
du Mal et de la souffrance. »

 

William Golding, The
Inheritors
(Les Héritiers), 1955

 

« Par manque de sommeil
et excès de discernement, je deviens un peu fou, comme tous ces marins qui
vivent trop près les uns des autres et, par là, trop près de tout ce qui est
monstrueux sous le soleil et sous la lune. »

 

William Golding, Rites de
passages
(Rites of passage), 1980

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur William Golding >