Satanée Gand-Mère

par

L'absurde dans le quotidien des Warden

On l’aura compris, Satanée Grand-Mère n’est en aucun cas un roman réaliste. Aucontraire, un monde absurde y est décrit, qui permet au jeune lecteur de nejamais oublier que cette horrible histoire n’est que fiction. Dans le monde deJoe Warden, tout est exagéré, tout est tellement énorme que les situations lesplus tristes en deviennent comiques. Ainsi, quoi de plus désespérant que devoir un enfant que ses parents n’aiment pas ? C’est le cas de Joe, dontles parents vivent en égoïstes dans un monde où Joe n’a pas de place. Cetteindifférence, cruelle et inadmissible, devient comique de par la façon dontAnthony Horowitz la décrit : « Gordon Warden se faisait un devoirde passer au moins cinq minutes avec son fils. Il n’oubliait presque jamais sonanniversaire et lui adressait un sourire affable s’il lui arrivait de lecroiser dans la rue. » De même, quand les parents de Joe sontangoissés, « Mme Warden se mordait les doigts et M. Warden mordait MmeWarden ». Et ainsi, quand Bonne-Maman arrive à Thattlebee Hall, M.Warden se cache dans le piano, tandis que Mme Jinks ne parvient à nettoyer surla joue de Jordan le rouge à lèvres appliqué par Bonne-Maman qu’au tampon àrécurer. En outre, quand la grand-mère ronfle, Mme Warden ne s’endort qu’en sefourrant une bougie de cire dans chaque oreille.

L’œuvre fait donc preuve d’un sens profond del’absurde, de ce nonsense cher aux anglo-saxons, de ce que l’on appelleen France l’humour absurde. Anthony Horowitz a d’illustres prédécesseurs commeLewis Carroll et des contemporains comme les Monty Python. Grâce à ceparti-pris littéraire, la famille Warden, composée de deux parents qui sont desmonstres d’égoïsme, d’une grand-mère qui est un monstre tout court, et d’unadolescent malheureux, devient un nid de doux dingues, une sorte de familleAddams où le morbide serait remplacé par l’irrationnel. Ce côté comique estaccentué par les noms des personnages et des lieux : Bonne-Maman s’appelleIvy Marmit, ses vieilles et horribles amies sont mamie Rabelle, mamie Crobe,mamie Molette et mamie Jaurée (la description de la partie de poker desvieilles dames est un hommage littéraire au goûter du chapelier fou dans Alice au pays des merveilles) ; ladoyenne de Grande-Bretagne se nomme Elsie Chaudron, la nouvelle gouvernante MmeCoudefouet, l’ancienne Mme Coudegueule. Quant à la résidence des Warden,Thattlebee Hall, son nom sonne comme un ordre donné à un domestique : “That’llbe all!”, « Ce sera tout ! ». Pour le lecteur qui goûtecette forme d’humour peu développée dans la littérature française, la lecturede Satanée Grand-Mère est un purrégal.

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