Satanée Gand-Mère

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Tristesse et peurs d'enfant dans Satanée Grand-Mère

Dire que la vie de Joe Warden est agitée est un mot faible. Son univers familial est insensé, instable, et c’est l’exagération des éléments de son quotidien qui permet au lecteur de trouver comique une histoire qui n’est pas vraiment gaie, quand on y pense. En effet, Joe vit dans la tristesse et la peur.

La tristesse, d’abord, car Joe est un garçon que ses parents n’aiment pas : « M. et Mme Warden voyaient très peu leur enfant unique. Ce n’étaient pas des gens cruels : leur fils n’avait tout simplement pas sa place dans leur univers. »Tout est dit dans cette présentation, mais Horowitz détaille : « Les Warden avaient un seul enfant et se demandaient encore comment ils avaient fait pour l’avoir. » Le reste est à l’avenant : Joe est pensionnaire, il ne partage aucune activité avec ses parents, qui partent même en vacances sans lui, en Afrique ou sur la Côte d’Azur. Son éducation est confiée à une gouvernante, Mme Coudegueule d’abord, puis Mme Jinks, enfin Mme Coudefouet. Le hasard veut que Mme Jinks devienne l’amie de Joe, mais rien ne la prédispose à cela, puisqu’elle est au départ danseuse exotique. Cette amitié ne suffit pas à rendre Joe heureux, il lui manque l’essentiel : l’amour de ses parents.

La peur ensuite. Quand Joe, la maturité venant, réalise que sa grand-mère chérie est un monstre, c’en est fini de la tranquillité. Le jeune lecteur de Satanée Grand-Mère se trouve face à une inversion des valeurs. Dans un monde normal, la grand-mère est la personne chérie qui gâte et cajole, celle qui offre des sucreries et laisse faire aux enfants les bêtises que les parents interdisent ; elle est celle, dans l’imaginaire commun, dont les bisous ravissent et qui sent bon la violette. Ici, c’est tout le contraire. Bonne-Maman est tout sauf bonne. Elle est méchante, sadique, ses baisers sont écœurants et elle sent le mouton mort depuis longtemps. Pire : elle veut tuer son petit-fils. Dans quel but ? Rajeunir. Sous la plume d’Anthony Horowitz, la grand-mère devient un vampire, une goule, un être malfaisant. Et cet être terrorise le pauvre Joe.

Un jeune lecteur prendra en sympathie, voire en pitié, le jeune garçon aux prises avec une telle adversaire. Certains d’entre eux reconnaîtront un reflet de leurs propres malheurs, s’ils sont eux aussi des enfants négligés, voire maltraités. La lecture de ce livre en apparence innocent aura alors un effet cathartique sur son lecteur qui verra en Joe Warden un compagnon de misère.

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