Seconds Analytiques

par

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Aristote

Inventeur de la
syllogistique et par là fondateur de la logique, le philosophe Aristote incarne
au plus haut point la figure du savant encyclopédiste. Premier penseur
systématique, seul Hegel après lui tentera une synthèse aussi universelle. Sa
physique et sa cosmologie ne butteront que sur Galilée. Ses méthodes
d’observation et de classement en biologie le feront considérer comme un
précurseur par Cuvier. L’aristotélisme a pénétré à tel point la pensée
occidentale qu’on a pu l’accuser de l’avoir trop longtemps verrouillée et d’en
avoir bridé certaines évolutions.

 

Origines,
débuts

 

Aristote – Aristotélēs en grec naît à Stagire, petite cité
de Macédoine au nord de la mer Égée, en 384 av. J.-C. Son père, Nicomaque, issu
d’une famille de praticiens, est le médecin du père du futur Philippe II de
Macédoine ; sa mère est sage-femme. Son père meurt alors qu’il est encore
jeune.

En 366/367, vers dix-huit ans, Aristote part
pour Athènes où il devient l’un des plus brillants disciples de Platon à
l’école qu’a fondée son aîné, l’Académie. Il se fait notamment remarquer par sa
passion pour la lecture. Il devient ensuite une sorte de répétiteur ou d’assistant
à l’Académie. Aristote écrit à cette époque quelques dialogues élaborés sur un
fonds platonicien qu’il exagère parfois. Il reste vingt ans à l’Académie.

 

Quelques
étapes

 

-348/347 : À la mort de Platon, alors que
le neveu de celui-ci, Speusippe, est nommé à la tête de l’Académie, Aristote
dépité et dans un climat hostile aux Macédoniens part avec Xénocrate pour
Atarnée, en Asie mineure, auprès d’Hermias, un ami d’enfance, tyran du royaume
de Mysie dont il devient le conseiller politique. Il ouvre dans le petit port d’Assos
une première école de philosophie où il mène notamment des recherches
biologiques. Peu après il fondera une deuxième école à Mytilène près de Lesbos.

-343/342 : À Pella, où il reste huit ans, il
devient jusqu’en 340 le précepteur d’Alexandre, le fils de Philippe II de
Macédoine. Peu d’informations nous sont parvenues de cette période.

-335 : Après la mort de Philippe II, Aristote
revient à Athènes ; Xénocrate prend la tête de l’Académie tandis que lui
fonde sa troisième école, le Lycée (
Lúkeion), dont le nom est tiré du temple d’Apollon lycien
tout proche. Les promenades du maître et de ses disciples qui philosophent tout
en marchant leur valent le nom de péripatéticiens (du verbe grec peripatein,
se promener). Aristote y enseigne douze ans jusqu’en 323.

-323 : Après la mort d’Alexandre lors d’une
expédition en Asie, comme Socrate près de 80 ans plus tôt, Aristote est accusé
d’impiété pour avoir immortalisé le mortel Hermias, assassiné en 341,
auquel il avait autrefois dédié un hymne. Il préfère quitter la ville pour
empêcher les Athéniens de « commettre un nouveau crime contre la
philosophie » et se réfugie à Chalcis en Eubée, patrie de sa mère, où il
emmène sa femme et ses enfants.

-322 : Aristote meurt à Chalcis à
soixante-trois ans. Le Lycée lui survit ; c’est Andronicos de Rhodes, au Ier
siècle av. J.-C., qui en aurait été le dernier scholarque.

 

Division
de l’œuvre

 

1. Les œuvres
exotériques
étaient destinées à un public large, au-delà du Lycée. Elles
ont été perdues dès les débuts de l’ère chrétienne. Seules des citations
d’autres auteurs et des imitations permettent de s’en faire une idée. Il semble
qu’il s’agissait surtout de dialogues développant des thèmes platoniciens, d’œuvres
de jeunesse datant de la période où il était encore membre de l’Académie. Une
formule de Cicéron est souvent reprise ; évoquant la « suavité »
du style d’Aristote dans ces écrits il parle d’un « fleuve d’or ».

Œuvres principales : Eudème ou De l’âme (comparable
au Phédon de Platon), De la philosophie (qui annonce Métaphysique), De la justice (qui annonce Politique),
Gryllos ou De la rhétorique (contre l’école d’Isocrate, fondateur d’une école
de rhétorique athénienne de grande renommée).

 

2. Les œuvres
ésotériques
ou acroamatiques
(destinées à l’enseignement oral) étaient réservées aux initiés du Lycée ;
elles sont issues des notes dont Aristote se servait pour donner ses cours.
Leur publication par Andronicos de Rhodes, près de trois siècles après la mort
d’Aristote, lance leur carrière et une série de commentaires sans fin autour
d’elles ; Andronicos lègue en outre à la postérité les titres qu’il leur
donne et sous lesquels nous connaissons aujourd’hui encore les œuvres
d’Aristote. C’est lui par exemple qui réunit sous le titre Métaphysique une douzaine de petits traités qui s’étendent pourtant
sur toute la carrière d’Aristote, tout comme Politique. L’ordre de publication qu’il choisit se veut logique,
didactique, et non chronologique ; il attribue par là un caractère
systématique à l’œuvre d’Aristote, qui relève donc d’une circonstance
extérieure, ce qui fut trop souvent peu pris en compte.

L’aspect hétérogène des œuvres d’Aristote est
due à cette publication a posteriori.
Ces œuvres sont davantage des recueils d’études dont les dates parfois
éloignées expliquent redites et contradictions.

Parmi les œuvres les plus connues figurent Éthique à Nicomaque, Les Politiques, Rhétorique, Poétique, Métaphysique, Topiques, Physique, De l’âme, Des parties des animaux.

 

Notons qu’alors que les platoniciens
distinguaient des problèmes et des propositions de trois ordres : éthique,
physique et dialectique (ou logique), Aristote parle d’une philosophie
théorique – subdivisée en physique, mathématiques et théologie –, d’une
philosophie pratique (éthique, politique), et d’une philosophie poétique (qui
étudie la production ou poièsis,
surtout d’œuvres d’art).

 

La pensée
d’Aristote en bref

 

         • Logique

 

La logique n’est pas une science mais un
instrument – ou organon en grec – de
la science. C’est le syllogisme qui
fonde la logique d’Aristote, un raisonnement qui permet d’arriver à une
conclusion nécessaire à partir de prémisses. Seule une science du général et du
nécessaire est possible selon Aristote, et son instrument est le syllogisme.

Il s’agit d’une logique formelle qui, appliquée
aux choses, permet de révéler les causes de faits nécessaires. Les règles
contraignantes de la logique permettent de faire un usage cohérent et efficace
du discours (logos). Les catégories,
qui structurent le langage et la pensée de l’homme, sont des prédicats, dix
façons de désigner ce qui est, dix
genres suprêmes de l’être : la substance (ou essence, ousia), la quantité, la qualité, la relation, le temps, le lieu, la
situation, l’action, la passion et l’avoir.

 

L’Organon d’Aristote désigne la
réunion de ses traités de logique, au
nombre de six ouvrages :

– Catégories : Aristote y étudie
la prédication, définit les homonymes, les synonymes, distingue les noms par
leur nature, puis parle de chaque catégorie.

– De l’interprétation : Il s’agit
de l’étude des propositions – dont Aristote donne une classification –, de la
contradiction, de la contrariété, de la question des futurs contingents. Les
propositions vont être unies pour former des raisonnements dans les Analytiques.

– Premiers analytiques : Aristote y mène l’étude formelle
des syllogismes, qu’il classe en trois types selon la place du moyen terme.

– Seconds analytiques : C’est l’étude de l’application
pratique des syllogismes ; Aristote évoque en outre l’induction qui,
allant du particulier à l’universel, mène aux principes de la connaissance.

– Topiques : Ce traité expose
l’étude des procédés permettant de convaincre à partir de prémisses seulement probables,
sans souci de vérité donc.

– Réfutations sophistiques :
Aristote examine et réfute les arguments qu’opposent les sophistes à leurs
adversaires.

 

• Vision du monde, physique

 

Platon distinguait un « monde
intelligible » et un « monde sensible ». Aristote substitue à
cette division celle du couple matière-forme. Cela implique que la méthode
d’Aristote est empirique :
c’est l’expérience qui peut enseigner à l’homme les principes gouvernant le
réel.

La matière
est le support de la forme, le bloc de marbre d’une statue par exemple. Elle
est indétermination, ce qui peut changer ; elle est puissance, possibilité
d’être ceci ou cela.

La forme
fait que la chose est ce qu’elle ; dans le cas de la statue, c’est
l’ensemble des déterminations qui lui permettent de représenter quelque chose.

Dans son Traité du ciel, Aristote présente la
Terre comme au centre d’un cosmos, d’un seul monde réel qui selon Aristote se
divise en :

– un monde
supralunaire
(au-dessus de la Lune) : tous les mouvements – ceux des
astres – y sont circulaires, réguliers, immuables, bref parfaits, sans
commencement ni fin. Les astres sont incorruptibles car ils sont faits d’une
cinquième substance : l’éther.

– un monde sublunaire (sous la Lune), composé des quatre éléments bien
connus (eau, air, feu, terre) qui se combinent, et qui connaît génération, corruption,
contingence et hasard. Par là il est imparfait car il connaît le changement, lequel
demande une théorie du mouvement : les choses passent de la puissance à
l’acte, de la même façon que le bloc de marbre, qui est d’abord la statue en
puissance (dunamis), devient la
statue en acte une fois transformé (energeia).

Dès lors chez Aristote l’intelligible n’est plus
transcendant au monde mais il en est une partie ; la transcendance est
intramondaine.

 

Physique est un traité
composé de huit livres où Aristote définit la physique comme l’étude des
principes de la nature et des choses ; son objet est la forme engagée dans
la matière. Aristote distingue quatre causes à l’origine de tout changement
physique : la cause efficiente (le créateur), la forme (modèle que le
réacteur a dans son esprit), la matière et la cause finale (le résultat), qui
permettent de faire passer la création de la puissance à l’acte. Aristote
étudie en outre le mouvement – qui a quatre causes : infini, espace, vide
et temps –, analyse ces notions d’infini, de temps, mais encore de premier
moteur – soit Dieu, qui est pensée pure –, les divers éléments dont l’univers
est selon lui composé.

 

De l’âme analyse l’essence, les attributs et les facultés de l’âme. Selon
Aristote, l’âme est substance, « entéléchie » – réalisation de ce qui
était en puissance –, une forme, et s’oppose donc à la matière. Ce traité
achève donc sa philosophie de la nature par une psychologie.
« L’âme est
l’entéléchie première d’un corps naturel doué d’organes et ayant la vie en
puissance. »

 

Les Météorologiques (≈ 334) est un traité scientifique composé de quatre livres où Aristote
étudie les phénomènes atmosphériques qu’il explique par la double exhalaison
sèche / humide – due à la chaleur du soleil –, possible via les échanges entre
les quatre éléments du monde sublunaire.

 

         • Métaphysique

 

Aristote n’en parle pas sous ce nom ; il la
nomme la « philosophie première ». Cette science suprême peut se
concevoir de deux façons, comme :

– une théologie,
science des premiers principes et des premières causes, c’est-à-dire une
science du divin, de l’acte pur, du premier moteur de l’Univers, immobile
puisque c’est lui qui donne le mouvement.

– une ontologie,
la science de l’être en tant qu’être, c’est-à-dire l’étude de ce qui fait qu’un
être est un être.

 

« Ainsi
donc, qu’il appartienne à une science unique d’étudier l’
Être en tant qu’être et les
attributs de l’Être en tant qu’être, cela est évident ; et aussi cette
même science théorétique étudiera non seulement les substances, mais encore
leurs attributs, tant ceux dont nous avons parlé que des concepts tels que
l’antérieur et le postérieur, le genre et l’espère, le tout et la partie et les
autres notions de cette sorte. »

         Aristote, Métaphysique, livre I (trad. Tricot)

 

         • Morale

 

Pour Aristote, le Souverain Bien, ce qu’il faut
chercher pour soi, la fin ultime, est le bonheur.
Ce bonheur est atteint par tout être qui réalise sa nature, c’est-à-dire qui
exerce sa vertu. Pour l’homme, cela consiste à avoir une vie raisonnable, qui
n’est possible que dans la cité. La morale chez Aristote est donc très liée à
la politique.

 

Protreptique (≈ 353) est le plus ancien traité de morale d’Aristote ; il appartient
à sa phase idéaliste. Sa morale est ici encore imprégnée de la théorie des
Idées de Platon et de la croyance en l’immortalité de l’âme. Il s’agit d’un
éloge de la vie philosophique à laquelle Aristote invite les Athéniens cultivés.

 

Éthique à Eudème (348-342) rompt avec la théorie des Idées. L’âme devient le principe
qui anime le corps et disparaît en même temps que lui.

 

Éthique à Nicomaque (dix livres) exprime la forme définitive de la morale aristotélicienne,
selon laquelle tout homme, en dernier ressort, vise le bien suprême, quoi qu’il
fasse. Aristote distingue les vertus
éthiques
, issues de l’habitude, et les vertus
dianoétiques
, découlant de l’intelligence, qui nécessitent un enseignement.
La vertu s’acquiert volontairement, elle naît de l’intention ; l’homme est
donc responsable de sa vertu comme de ses vices. L’œuvre comprend un éloge de
l’amitié. Elle concilie l’eudémonisme humaniste de La Grande Morale et l’intellectualisme éthique d’Éthique à Eudème.

 

         • Politique

 

« Il
est manifeste […] que la cité fait partie des choses naturelles, et que l’homme est par nature un animal politique,
et que celui qui est hors cité […] est soit un être dégradé soit un être
surhumain »
(Aristote, Les politiques, Livre, chapitre II, trad. Pellegrin)

 

Les Politiques – ou La Politique – est un traité composé de huit livres.
L’homme selon Aristote tend naturellement à la vie sociale, et ce à plusieurs
échelles : d’abord la famille (analysée dans le traité), puis le village, enfin
la cité. Aristote envisage la cité comme un organisme dont les citoyens forment
des parties, le résultat d’un processus d’évolution naturelle, et non d’un
contrat. Par conséquent, il accepte l’esclavage et l’inégalité des sexes comme
des faits naturels. L’esclavage est un élément essentiel de la dynamique de
l’économie et Aristote pense qu’on est maître ou esclave par nature. Le traité
contient aussi une justification de l’impérialisme grec.

Quand Aristote évoque les différents régimes
politiques possibles – république, monarchie, aristocratie, qui ne doivent
pas dégénérer en démocratie, tyrannie ou oligarchie –, il étudie leurs
conditions de réalisation et de stabilité, et non leur degré de conformité à la
cité idéale comme Platon.

 

Constitution d’Athènes (384-322)
constitue une œuvre de vulgarisation qui fut le matériau de base des Politiques. Aristote y étudie les
institutions politiques de 158 États grecs et barbares. Il procède à une
histoire de la politique athénienne qui remonte jusqu’aux temps mythiques. Il
prône à tout propos le juste milieu et pour cette raison il montre de la
sympathie pour la constitution de Solon.

 

         • Le langage

 

« Car,
comme nous le disons, la nature ne fait rien en vain ; or seul parmi les
animaux l’homme a un langage. […] Mais le langage existe en vue de manifester
l’avantageux et le nuisible, et par suite aussi le juste et l’injuste […]
seuls [les hommes ont] la perception du bien, du mal, du juste, de l’injuste
[…]. Or avoir de telles [notions] en commun c’est ce qui fait une famille et
une cité. »
(Aristote, Les politiques, Livre, chapitre II, trad. Pellegrin)

 

Aristote établit donc un lien direct entre la
possession du langage, différence spécifique de l’homme – animal rationale, raisonnable –, et la nécessité
pour l’homme de s’organiser en cité pour accéder au Souverain Bien. Le langage est
donc traversé d’une dimension politique.

 

         • Art

 

Poétique (≈ 344) est un
essai sur l’art littéraire en partie disparu. Aristote y étudie la tragédie,
l’épopée. Contrairement à Platon qui, soucieux de vérité, condamnait la poésie,
Aristote considère que la tragédie, via un phénomène de catharsis impliquant la crainte
et la pitié, permet de purifier les
passions humaines. L’attention portée par Aristote à l’unité, à la cohérence de
l’action poétique, inspirera les théoriciens du théâtre au XVIe
siècle.

 

Rhétorique (328-323) est
un traité composé de trois livres où Aristote ne mène pas une étude
scientifique du langage ; il s’agit plutôt d’un manuel d’anthropologie pratique,
qui fonde une tactique de la persuasion. Selon la relation à l’auditeur,
Aristote divise la rhétorique en trois genres :

– le genre judiciaire concerne un jugement fait par l’auditeur sur le
passé ;

– le genre épidictique, qui comprend le blâme et le panégyrique, concerne le
présent et demande une attitude spectatrice et non critique, comme lors d’une
représentation théâtrale ; il s’agit d’un discours d’apparat ;

– le genre délibératif concerne la délibération sur l’avenir.

Les prérequis à ce type de discours relèvent
d’une psychologie pratique : il s’agit d’avoir une connaissance des mœurs
(éthos) et des passions (pathos) de l’auditoire, de son caractère
selon son âge ou sa fortune. Aristote s’intéresse en outre à la confiance que
l’orateur se doit d’inspirer.

 

         • Biologie

 

L’âme,
ou entéléchie, est le principe
d’organisation de chaque être vivant ; Aristote en distingue trois
sortes :

– âme végétative chez les plantes ;

– âme sensitive chez les animaux ;

– âme rationnelle seulement chez l’homme.

 

Histoire des animaux (≈ 345) est un traité descriptif rédigé pendant
l’exil en Asie mineure. Aristote y livre les modes qu’il choisit pour classer
les êtres vivants et se livre à une étude de leur anatomie, des reproductions
animale et humaine et des modes de vie des animaux.

 

Des parties des animaux (≈ 330) est un traité composé de quatre livres
où Aristote passe de la description à l’analyse des causes des phénomènes déjà
décrits. Il découvre notamment dans la nature une loi d’équilibre qui exige
l’appauvrissement de certains organes pour l’amélioration des autres, et qui préside
aussi aux forces et faiblesses des espèces afin qu’aucune ne disparaisse. Il
analyse les organes des animaux, les compare à ceux des humains selon un
principe d’analogie, étudie les rapports entre les organes en couvrant une très
grande part du monde animal alors connu.

 

De la génération des
animaux
(330-322) est un traité
qui se concentre sur les organes génitaux des animaux, leur fonctionnement, les
phénomènes de l’accouplement, de la reproduction, de la mise au monde et de la
croissance des petits.

 

Postérité

 

Le système aristotélicien
de la pensée forme l’armature de toutes les scolastiques chrétiennes (Thomas
d’Aquin) et musulmanes (Avicenne, Averroès) ; il s’est même fait le
modèle de toute systématisation à venir. Aristote a cependant reconnu lui-même
les limites de tout système – le sien n’était qu’une ébauche –, il pensait qu’une
synthèse demeurait fatalement inachevée, et que la pensée de l’être ne pouvait
se réduire à une simple administration.

Le domaine de la logique,
depuis la syllogistique aristotélicienne, ne connaît aucune innovation majeure
jusqu’à Leibniz au XVIIe siècle.

Pourtant, après la mort
d’Aristote, seul son disciple Théophraste continua ses travaux, et
l’aristotélisme fut d’abord largement éclipsé par l’épicurisme et le stoïcisme.
Andronicos de Rhodes publie ses œuvres ésotériques au Ier siècle av.
J.-C. et c’est à partir du Ier siècle de l’ère chrétienne que des
commentateurs, qui s’appuient sur elles, lui feront connaître la gloire.

Au XXe siècle,
un courant néo-aristotélicien parcourt surtout l’Allemagne et l’États-Unis à
travers Gadamer, Hannah Arendt et Leo Strauss. L’eudémonisme aristotélicien
dont ils sont les héritiers, c’est-à-dire la reconnaissance du bonheur comme
fin suprême, couplé au réalisme moral d’Aristote, offre une alternative au
formalisme issu de la morale kantienne. Du côté politique, la théorie des
vertus et l’attention accordée par Aristote à la prudence inspirent une
doctrine communautariste à des penseurs comme Alasdair MacIntyre, Michael
Walzer ou le philosophe canadien Charles Taylor.

 

 

« D’ailleurs,
si les citoyens pratiquaient entre eux l’amitié, ils n’auraient nullement
besoin de la justice ; mais même, en les supposant justes, ils auraient
encore besoin de l’amitié ; et la justice, à son point de perfection, paraît
tenir de la nature de l’amitié. »

 

         Aristote, Éthique à Nicomaque (trad. Voilquin)

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