Situation III

par

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Jean-Paul Sartre

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1905 : Jean-Paul Sartre naît à Paris dans une famille bourgeoise. Il restera fils unique ; son père meurt
l’année suivante. Il aura une relation forte avec son grand-père maternel, qui
entretient son goût pour la littérature. Sa vocation d’écrivain s’affirme très
tôt ; tout jeune, il plagie des
romans
, Les Pardaillan notamment.
Il déteste l’homme auquel sa mère se remarie lorsqu’il a douze ans, et passe
trois années douloureuses au lycée de La Rochelle. À seize ans il devient élève
au lycée Henri-IV, puis entre à l’École normale supérieure en 1924 après avoir préparé le concours
d’entrée au lycée Louis-le-Grand. Il
y a pour condisciples Paul Nizan (ami
proche depuis le lycée et jusqu’à la mort de celui-ci en 1940) et Raymond Aron qui exercent une influence
sur sa pensée. Durant toute sa scolarité Sartre aura entretenu une réputation
d’amuseur publique, d’ingénieux farceur, et affiché un
certain goût pour la provocation. Anarchisant, son intérêt pour la
politique ne s’affirmera que plus tard. En 1929,
il rencontre Simone de Beauvoir
alors qu’il prépare une deuxième fois l’agrégation
de philosophie 
; « Castor » devient sa compagne pour le
reste de sa vie, son « amour nécessaire », par opposition aux
« amours contingentes » que chacun avait le droit de connaître en
dehors du couple qu’ils formaient. En 1931,
il enseigne la philosophie au Havre,
après avoir rêvé d’être envoyé au Japon. Succédant à Aron en 1933 il travaille
à l’Institut français de Berlin et
découvre la phénoménologie de Husserl.
En 1936, dans La Transcendance de l’ego,
Sartre se positionne par rapport à celui-ci et note les limites de sa pensée à
ses yeux. Il publie trois autres ouvrages d’inspiration phénoménologique :
L’Imagination (1936), Esquisse d’une théorie des
émotions
(1939) et L’Imaginaire (1940). Il y pose notamment l’image et
l’émotion comme des actes.

1938 : Sartre
entre véritablement en littérature avec La Nausée, roman sur lequel il a
travaillé quatre ans, publié chez Gallimard. À travers le personnage de Roquentin, double de l’auteur qui
habite dans une ville équivalente au Havre, l’auteur compte donner une forme littéraire à une
expérience métaphysique
selon une forme de Beauvoir. Le protagoniste en
effet est montré se dépouillant peu
à peu de ses illusions et rejoignant
la perception d’une existence pure, d’une
inquiétante réalité brute qu’il se
met à considérer jusque dans les choses les plus anodines, à travers laquelle
il réalise la contingence du monde. L’auteur
présente en outre sous un jour dérisoire la culture et les valeurs bourgeoises.

1939 : Le
Mur
est un recueil de cinq
nouvelles
, les seules qu’a écrites l’auteur qui les présentait comme les
récits de « petites déroutes tragiques ou comiques ». Sartre traite
ici de crises psychologiques et de comportements pathologiques (La Chambre, Érostrate, Intimité) mais aussi de crises politiques, en
abordant la guerre d’Espagne dans la nouvelle éponyme du recueil et le fascisme
dans L’Enfance d’un chef. Pendant la guerre, Sartre est mobilisé comme
soldat météorologiste, ce qui lui laisse de larges périodes de liberté pour
écrire ; ses Carnets de la drôle de guerre seront publiés posthumément en 1983. En juin 1940, Sartre est fait
prisonnier et transféré à Trèves.
Dans le camp de prisonnier qu’il rejoint, l’écrivain participe joyeusement à la
vie communautaire. Il est libéré en mars 1941. Ses expériences pendant la guerre
le marquent profondément et lui font opérer un tournant vers la solidarité.
Son activité de résistance à Paris
durant le reste du conflit demeure floue, entre les actions du mouvement
« Socialisme et liberté », son affectation à un poste de professeur
de khâgne occupé précédemment par un Juif évincé, sa participation à une revue
collaborationniste et à Radio-Vichy comme aux Lettres françaises
clandestines et à Combat (par le biais
de Camus et peu avant la Libération), et l’attention portée à l’avancement de
sa carrière.

1943 : La première pièce de Sartre, le drame en
trois actes Les Mouches, est créée au Théâtre de la Cité. Elle reprend
l’histoire du retour d’Oreste à Argos. Les mouches
qu’il rencontre, qui ont envahi la ville, figurent les remords des habitants après le meurtre de l’ancien roi Agamemnon,
tué par Égisthe, maintenant au pouvoir, et la veuve du défunt, toujours reine,
Clytemnestre. Alors qu’Électre appelle le peuple tyrannisé à la révolte, Oreste
tue sa mère et l’assassin de son père. Dans le contexte politique, la pièce qui
résonne comme un questionnement de la
légitimité du pouvoir
et un appel à
la révolte
rend Sartre célèbre. C’est lors de la première de cette pièce
que Sartre rencontre Albert Camus. La
même année paraît L’Être et le Néant, un essai
d’ontologie phénoménologique
comme l’indique le sous-titre, point de départ
de l’existentialisme athée. L’ouvrage
est inspiré par la notion d’intentionnalité
de la conscience
de Husserl et Être
et Temps
de Heidegger. Sartre
y étudie les rapports de la conscience avec le monde, du « pour-soi » (caractérisant l’homme,
qui seul existe vraiment car il a toujours conscience d’être) avec l’« en-soi » (qui caractérise
les animaux et la matière). L’être du pour-soi ou percipiens traduit une non-coïncidence avec soi, une distance à
soi, et a donc partie liée avec le néant ;
il manque de lui-même,
n‘est pas
ce qu’il est et est ce qu’il n‘est pas
. « En-soi » et « pour-soi » ne
sont pas des substances mais des abstraits, des opérateurs intellectuels de la
contingence. L’œuvre contient un chapitre célèbre sur la « mauvaise foi » ou inauthenticité,
qui caractérise le « salaud »,
celui qui refuse de prendre conscience de son être et se dissimule sa liberté
derrière une pensée déterministe. Dans le champ moral, la mauvaise foi consiste
à penser que les valeurs morales préexistent à l’homme et se nomme « esprit de sérieux ». Exister pour
Sartre équivaut à être libre ; l’homme
est donc toujours responsable parce
qu’il a toujours le choix. Le philosophe se penche sur les notions
suivantes : valeur, temporalité, autrui, corps, et la Phénoménologie de l’esprit de Hegel lui inspire en outre une
analyse de la dialectique du regard et
du désir en jeu dans le rapport à autrui. Le
« pour-soi » est en effet seulement une étape vers le « pour-autrui », car « je ne
peux me définir que par rapport à l’autre » dit Sartre. Le penseur
multiplie ici les exemples concrets,
en rupture avec la manière académique française de philosopher.

1944 : Sa
deuxième pièce, Huis clos, est jouée au Théâtre du Vieux-Colombier. Elle
apparaît comme un apologue philosophique,
une mise en scène de l’essai précédent de l’auteur. En effet, entre les trois
protagonistes, Garcin, Inès et Estelle, se font jour des jeux de pouvoir et de miroir qui tendent à montrer que « l’enfer, c’est les autres »,
c’est-à-dire que chacun est condamné à vivre sous le regard d’autrui, lequel,
impitoyable miroir, vient faire obstacle à la tentation de la « mauvaise
foi », le mensonge à soi-même quant à sa responsabilité.

1945 : Le
premier numéro de la revue Temps modernes, que Sartre fonde
avec Beauvoir, paraît en octobre. Sartre
a réussi à réunir des penseurs de tous horizons : Merleau-Ponty, Raymond
Aron, Camus, Michel Leiris, George Bataille, Emmanuel Levinas ou Maurice de
Gandillac. La revue sera l’occasion pour Sartre de nombreuses réflexions sur le
communisme et le marxisme, de s’opposer
à l’impérialisme américain
et au général De Gaulle, de défendre l’indépendance
du peuple algérien
, dénoncer la torture, et de soutenir la révolution cubaine à partir de 1960. L’année
1945 constitue un tournant, l’écrivain devient « public »,
multiplie les déclarations, les engagements, et va dès lors régner sur les
lettres et la pensée françaises. La même année paraît L’existentialisme est un
humanisme
, ouvrage essentiellement polémiste
où l’auteur répond à ses détracteurs marxistes et catholiques qui lui
reprochaient individualisme et pessimisme. Sartre retrace l’histoire de
l’existentialisme et s’emploie à démontrer l’humanisme et l’optimisme de
sa pensée. L’homme découvrant sa conscience, sa liberté et sa responsabilité
éprouve certes une angoisse
existentielle
, condition de sa liberté, mais il découvre aussi que l’autre
est une liberté posée en face de soi, et l’intersubjectivité s’en trouve
renforcée. Dans cette œuvre Sartre prône aussi le dépassement de soi par l’engagement. Elle contient les célèbres
formules « L’existence précède
l’essence 
», qui vient exprimer une contingence radicale, à l’état
d’intuition dans La Nausée, et qui
fonde la liberté ; et « L’homme
est condamné à être libre 
». C’est parce que la conscience est
infondée, relève du néant, qu’elle n’a pas de sens préfabriqué, qu’elle peut
s’en donner un. L’existentialisme,
grâce à l’aspect protéiforme de l’œuvre sartrienne qui se multiplie sur
plusieurs supports, va dès lors devenir un phénomène
de mode
de grande étendue.

1946 : La
pièce de théâtre en un acte La Putain respectueuse est
représentée au Théâtre Antoine. La « putain » en question est Lizzie,
une prostituée blanche qui refuse de faire un faux témoignage contre deux Noirs
injustement accusés de viol. Sartre illustre ici la difficulté mais la
possibilité de se révolter. Cette œuvre est un des nombreux exemples de
l’engagement de l’écrivain en faveur des minorités lésées.

1947 : Situations
I est
un recueil d’articles parus entre 1938 et 1945 où Sartre étudie les œuvres de
romanciers et philosophes et leur rapport à la liberté. Mauriac en particulier
est virulemment critiqué, tandis que Dostoïevski, Dos Passos et Faulkner ont la
préférence de l’auteur, car ils mettent en scène des personnages, opaques,
tâtonnants et ambigus, se débattant avec leur liberté.

1948 : Avec la
pièce Les Mains sales, créée au Théâtre Antoine, Sartre illustre, à
travers les activités d’un groupe révolutionnaire dans une région fictive et
les figures d’Hugo et d’Hoederer, deux pôles de l’engagement qu’il
rejette : un idéalisme confinant au solipsisme et un pragmatisme
matérialiste. Le recueil Situations II s’interroge sur le
rôle et le statut de la littérature dans la société. Le texte le plus connu, Qu’est-ce
que la littérature ?
, publié dans les Temps modernes en 1947, met en valeur la spécificité de la
littérature parmi les arts : l’écrivain est un artiste particulièrement
responsable car il élabore un sens explicite. Il propose le monde qu’il dévoile « comme une tâche
à la liberté du lecteur 
» dit Sartre ; le lecteur a donc de ce point de vue un rôle actif. L’écrivain qui fuit vers la « littérature
pure » est dit de mauvaise foi. Sartre relève en outre les difficultés de
produire une littérature universelle, qui puisse s’adresser à tous et exprimer
la totalité de la société, en raison des origines
souvent bourgeoises, en France, des auteurs. Ceux-ci, même s’ils veulent
s’adresser au peuple, finissent par répondre aux exigences plus conservatrices
et conformistes de leur public réel. Cette année-là Sartre rejoint le
Rassemblement démocratique révolutionnaire mais le quitte dès 1949.

1949 : Situations
III
réunit des textes sur les problèmes moraux et politiques posés à la
France à l’issue de la guerre ; sur les États-Unis, perçus très positivement après la voyage que l’écrivain
y a fait après la guerre et où il a été accueilli en héros de la
Résistance ; sur le marxisme dont le matérialisme et les prétentions
dogmatiques sont critiqués en vue d’affermir la portée pratique de la pensée
révolutionnaire ; sur la poésie
noire
de langue française, seule grande poésie révolutionnaire à l’époque
selon l’auteur. Le recueil contient enfin les premiers écrits de Sartre sur les
arts plastiques, à propos de Calder
et Giacometti, lequel parvient à
sculpter l’homme « à distance » de façon à ce qu’il apparaisse comme
une totalité. Cette année-là, Sartre cesse
d’être romancier
, laissant inachevé son cycle des Chemins de la liberté entrepris
en 1945.

1951 : Le
Diable et le Bon Dieu
, pièce en trois actes et onze tableaux, a pour
héros Gœtz, un seigneur de guerre de l’Allemagne de la Renaissance qui après
avoir fait le mal choisit comme un défi, sur proposition d’un prêtre, de faire
le bien. Dans un sens ou dans l’autre, sa quête d’absolu n’engendre que la mort
autour de lui. Il comprend que, détaché de la communauté humaine, n’agissant
que pour s’élever au-dessus de sa condition d’homme, il n’a fait que des
gestes, mais qu’il n’a pas « agi ». Proclamant son athéisme, niant
l’absolu, il finit par prendre la tête de l’armée des paysans contre la
noblesse.

1954 : Compagnon
de route du Parti communiste entre 1952 et 1956, duquel la classe ouvrière ne doit pas se dissocier selon lui,
Sartre voyage en URSS, et en 1955 en Chine. En 1956
l’écrasement de l’insurrection de Budapest par les chars soviétiques décide son
éloignement du Parti communiste.

1960 : Suite
aux Questions
de méthode
de 1957 où le
philosophe étudiait la possibilité d’une méthode existentialiste et marxiste autorisant l’analyse de
l’individu comme de la société, Sartre souhaite dans sa Critique de la raison dialectique
interroger les conditions de possibilité de l’Histoire et légitimer le matérialisme dialectique. Le marxisme est la seule
philosophie qui totalise le temps dit-il, et le rend intelligible, mais il lui
manque une anthropologie fondamentale. Le philosophe veut élucider les déterminants socio-historiques agissant sur la liberté, et s’érige contre
toute conception substantialiste d’une dialectique, purement mécaniste et
dogmatique, qui les ignorerait, et verrait l’Histoire comme l’action d’un
faisceau déterminant de facteurs économiques. Sartre parle au contraire de praxis
individuelles constituantes
, qui seules sont des corps, alors que
l’histoire est de son côté constituée, sans existence substantielle. Il s’agit donc
par exemple pour le philosophe de comprendre comment l’oppression et l’exploitation
sont une perversion de la liberté par la liberté. L’ouvrage est assez difficile
à lire, emploie un vocabulaire technique,
Sartre inventant de nombreux concepts comme le « pratico-inerte »
(hybride de matière et de liberté), la « rareté » (corollaire d’un
monde d’intersubjectivité où la liberté de l’autre est aussi une menace), la
« totalité constituante » et la « totalité constituée ». Cette
année-là, il signe le Manifeste des 121
contre la guerre d’Algérie. Dans les années 1960, l’influence de Sartre sur le
monde intellectuel diminue progressivement. Sa santé est de plus minée
par son importante consommation d’alcool, de tabac et d’amphétamines.

1964 : Situations
IV
réunit des articles et des préfaces sur la technique de Nathalie
Sarraute ; sur Gide, et son
athéisme notamment ; les divergences avec Camus sur la question de l’URSS et du communisme qui les ont
brouillés ; la vie jugée exemplaire de son ami Paul Nizan et l’actualité de son œuvre ; la proximité et le hiatus
de la pensée de Merleau-Ponty avec
la sienne ; le Tintoret dans le
contexte du déclin de Venise au XVIe siècle et sa tentation de
suivre les goûts du public. Le recueil contient en outre le seul texte de
Sartre sur la musique où il proclame
la nécessité d’un art s’adressant à tous,
comme celui de Leibowitz. Le recueil Situations V paru la même année
rassemble des textes autour du colonialisme
et du néocolonialisme, déployant
notamment les problèmes politiques qu’ils posent et leurs séquelles. Certains
textes, parus dans les Temps modernes ou
dans L’Express à ce sujet avaient été
saisis par les autorités. Sartre évoque la torture, la portée de l’œuvre de
Franz Fanon ou encore la figure de Lumumba, sorte de « Robespierre
africain ». Toujours la même année paraît Situations VI dont les
textes traitent plus particulièrement des problèmes théoriques et pratique
posés par le communisme. Sartre défend notamment le Parti communiste dans ses
rapports avec la classe ouvrière, contre ceux qui pensent qu’il défend surtout
la politique de l’URSS. L’auteur questionne en outre l’existence de la
démocratie en France, en raison de la subordination de la politique française à
celle des États-Unis, et s’interroge sur la possibilité de l’exercice de ses
droits par le prolétariat eu égard à sa situation économique. Situations
VII
qui paraît toujours en 1964 poursuit les textes polémiques du
précédent recueil sur la question du communisme. Sartre répond à ses
détracteurs, précise sa pensée, défend encore le Parti communiste français. Le
recueil contient également une analyse de L’Enfance
d’Ivan
de Tarkovski. Sartre publie encore des recueils intitulés Situations VIII (1972), Situations IX (1972) et Situations X (1976). En 1964 paraît aussi Les Mots, œuvre souvent laissée et
reprise depuis 1953. L’auteur écrit là une sorte de généalogie critique de sa conscience, depuis l’enfance jusqu’au
seuil de l’adolescence. En deux parties, « Lire » et
« Écrire », Sartre revient sur les fondations d’une culture vécue comme aliénante, et son rapport aux
mots, abri contre la réalité, mais parfois capables de trahir au lieu
d’éclairer. De la même façon qu’il s’était intéressé aux biographies d’autres
auteurs, Sartre se fait l’historien de sa vie comme pour mieux appréhender le
présent avec un esprit critique. Sartre se fait aussi critique vis-à-vis de la littérature dont il dénonce la mauvaise foi et les tares bourgeoises, mais ce faisant,
abjurant sa mystique ancienne de la littérature, il produit son chef-d’œuvre,
un ouvrage inclassable. Cette année riche le voit aussi devenir le premier
écrivain à refuser le prix Nobel de
littérature
, de même qu’il avait décliné une chaire au Collège de France et
la Légion d’honneur, par crainte de l’aliénation de sa liberté et de l’institutionnalisation
de sa figure et de son œuvre.

1968 : Sartre
participe activement aux événements de
mai 68
, donnant un relai dans la grande presse aux étudiants, avec lesquels
il va discuter à la Sorbonne, notamment à Daniel Cohn-Bendit qu’il interviewe
pour Le Nouvel Observateur. Il
inspire le slogan « Élections, piège à cons ».

1970 : Sartre
devient directeur de La Cause du peuple,
journal de tendance maoïste. Après mai 68 il s’engage aux côtés de minorités gauchistes, et défend
plusieurs autres organes de presse
maoïstes
. Il cofonde le journal Libération
l’année suivante. Il en devient le directeur en 1973 et le quitte en 1974.

1971 : Après
s’être livré à une psychanalyse existentielle de Baudelaire (1947) et Jean
Genet
(Saint Genet, comédien et
martyr
, 1952), seul écrivain à avoir ébloui Sartre, celui-ci s’intéresse à
Gustave Flaubert, objet d’une
vieille haine, dans L’Idiot de la famille dont les deux premiers tomes paraissent en
1971, le troisième l’année suivante (il renoncera à composer le quatrième tome
prévu). Sartre aura écrit deux mille huit cent pages en tout sur cet écrivain
qui le fascinait. Il étudie les rapports de Flaubert avec ses parents, et ce
dès l’enfance, de même que sa mystérieuse pathologie qui lui a fait connaître
plusieurs crises. Sartre conçoit les écrivains d’avant 1870, auquel
l’engagement était interdit, comme les victimes d’une « névrose
objective ». Son étude de Mallarmé
paraîtra posthumément (Mallarmé, la
lucidité et sa face d’ombre
, 1986). Sa réflexion sur les artistes mène
Sartre à montrer comment leur liberté se fait jour, riposte malgré ce qui
pourrait apparaître comme des déterminismes familiaux et sociaux.

1980 :
Jean-Paul Sartre meurt à
soixante-quatorze ans à Paris. Depuis 1973, la cécité l’avait poussé à employer un magnétophone au lieu d’écrire
plusieurs heures par jour comme il le faisait depuis l’âge de sept ans.
L’annonce de son décès trouve un écho dans le monde entier et plusieurs
dizaines de milliers de personnes accompagnent le cortège lors de son
enterrement.

1983 : Parution de Cahiers pour une morale, volumineux recueil
de notes pour un essai moral que Sartre avait annoncé mais abandonné quand il
avait réalisé que sa conception de la liberté était trop idéale et désincarnée.

 

Postérité

 

Si L’Être et le Néant était devenu jusqu’en 1970 le livre culte de
toute une génération de philosophes, les divers structuralismes (à travers les figures de Lévi-Strauss, Foucault et
Lacan) eurent tôt fait de s’édifier contre la philosophie de la subjectivité ou
de la conscience que constituait la pensée sartrienne, qui fut beaucoup
caricaturée.

Du côté des lettres, la « nouvelle
critique », avec Maurice Blanchot notamment, s’opposera à la prose voulue
utilitaire de Sartre, et voudra replacer toute la littérature dans le camp de
la poésie.

La vivacité et la richesse de son œuvre sont en
tout cas attestées par les nombreuses études la prenant pour objet et la diversité des interprétations à
laquelle elle donne lieu.

 

Citations de ses œuvres

 

« On meurt toujours trop tôt ou trop tard. Et cependant, la
vie est là, terminée : le trait est tiré, il faut faire la somme. Tu n’es
rien d’autre que ta vie. »

 

Jean-Paul Sartre, Huis clos, 1944

 

« Ce sont les enfants
sages, Madame, qui font les révolutionnaires les plus terribles. Ils ne disent
rien, ils ne se cachent pas sous la table, ils ne mangent qu’un bonbon à la
fois, mais plus tard ils le font payer cher à la société. Méfiez-vous des
enfants sages ! »

 

« Comme tu tiens à ta
pureté, mon petit gars ! Comme tu as peur de te salir les mains. Et bien,
reste pur ! À quoi cela servira-t-il et pourquoi viens-tu parmi nous ?
La pureté, c’est une idée de fakir et de moine. Vous autres, les intellectuels,
les anarchistes bourgeois, vous en tirez prétexte pour ne rien faire. Ne rien
faire, rester immobile, serrer les coudes contre le corps, porter des gants.
Moi j’ai les mains sales. Jusqu’aux coudes. Je les ai plongés dans la merde et
dans le sang. »

 

Jean-Paul Sartre, Les Mains sales, 1948

 

« Un enfant, ce monstre
que les adultes fabriquent avec leurs regrets. »

 

Jean-Paul Sartre, Les Mots, 1964

 

« Quand les riches se
font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent. »

 

Jean-Paul Sartre, Le Diable et le Bon Dieu, 1951

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