Situation III

par

Une crise de l'humain et de la France: l'Humanité, et la politique

Cet ouvrage reprend l'idée selon laquelle la guerre, la Seconde Guerre mondiale en particulier et le nazisme, ont profondément remis en cause la vision de l'humain. Sartre, a rédigé les articles de ce recueil durant la période où il fut le plus prolifique. Il y dresse le portrait de la situation d'après-guerre en Europe et y souligne une véritable crise de l'humain avec des effets sur la philosophie de son époque, le tout enrichi par ses observations sur la race humaine en général.

Cette crise de l'humain est accompagnée, sinon entrainée en partie du moins, par une crise sociale et politique. L’auteur ne se limite pas à critiquer la collaboration, il essaie de la comprendre également, sans pour autant vouloir la justifier. Sartre veut comprendre ce qui avait poussé les collaborateurs à agir ainsi. Il estime par ailleurs que parmi les collaborateurs, aucune classe sociale n'était plus représentée qu'une autre. Il affirme ainsi qu'aucune classe sociale n’a de plus forte propension qu’une autre à collaborer avec l'occupant : « Aucune classe ne porte donc, en tant que telle, la responsabilité de la collaboration. » Il analyse cet aspect de l'humain, de la politique, de la société et des valeurs morales comme une conséquence directe et catastrophique, mais également « logique » d'une période de perte de repères et de « désintégration sociale » : « En réalité, la collaboration est un fait de désintégration, elle a été dans tous les cas une décision individuelle, non une position de classe. Elle représente à l'origine une fixation par des formes collectives étrangères d'éléments mal assimilés par la communauté indigène. » Selon Sartre, le collaborateur n'aime pas la société dans laquelle il ne joue aucun rôle, et espère donc en avoir un dans une société prochaine qu'il soutient: « Le collaborateur semble rêver d'un ordre féodal et rigoureux : nous l'avons dit, c'est le grand rêve d'assimilation d'un élément désintégré de la communauté ».

Les collaborateurs représentent donc selon Sartre une partie de la population en quête d'un nouvel ordre social voire mondial, à la recherche de repères politiques nouveaux. Ils se retrouvent perdus entre la montée du fascisme en Europe, les crises financières et sociales, le regain de puissance des USA, et le communisme soviétique représenté par des partis communistes particulièrement forts en France dans les années 1930.

Jean-Paul Sartre ne cherche pas à trouver des excuses aux collaborateurs, mais à analyser objectivement la situation: « Cette façon de juger l'événement à la lumière de l'avenir a été, je crois, pour tous les Français une tentation de la défaite : elle représentait une forme subtile d'évasion. » Il admet toutefois que ces collaborateurs ont pu être attirés par la puissance, les évolutions et les propositions du régime du III° Reich : « On ne sait où l'on va, mais puisqu'on change, c'est qu'on s'améliore. Le dernier phénomène historique est le meilleur simplement parce qu'il est le dernier. » Cela a donc pu être attirant pour des esprits faibles en manque de repères. L’auteur leur reproche d'avoir manqué à leur rôle en tant qu'humain, de savoir juger ce qui est bon, mauvais, juste ou injuste et d'agir en conséquence. C’est pour lui une renonciation partielle à leur liberté et à l'exercice de leur conscience : ces individus n'ont donc pas de valeurs à défendre, et selon lui, c'est ce qui permet l'installation de dictatures.

L'état et l’environnement politique n'est nullement épargné : Sartre rejette la responsabilité sur les hommes politiques aux commandes, comme le régime de Vichy, mais considère qu'il n'existe pas de solution miracle qui s'imposerait à l'Europe. Il appelle cela « le silence des républiques », qui ont finalement laissé faire, comme la dissolution de la SDN le prouve dans les années 1930 avec le réarmement allemand, le départ du Japon…etc. Des républiques qui n'ont pas agi pour empêcher la catastrophe.

Sartre expose ses doutes vis-à-vis du communisme soviétique, des idéaux de Karl Marx et de ses écrits prônant la révolution du peuple. Pour Sartre, les propositions du parti communiste français notamment ne sont pas les bonnes solutions pour sortir de cette crise humaine et politique, bien qu’il soit lui-même proche de ce parti et des idées de gauche. Cependant, il en reprend quelques principes de base dans sa théorie, comme de fait de replacer l'humain au centre de la réflexion, à la place de Dieu ou du matériel et du profit.

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