Situation III

par

Une crise de la philosophie et de l'art: sa thèse sur la liberté

Cet ouvrage permet aussi à Sartre d’élargir son champ d'observation et de réaliser que cette guerre a causé une rupture dans l'histoire, comme elle a entrainé une crise dans de nombreux domaines : l'humain, la politique, la société, la morale, mais aussi dans la philosophie et dans l'art. Son séjour aux USA, lui permet de formuler des observations sur le matérialisme et d'en rapporter les incohérences et les défauts et de l’opposer à la situation d’après-guerre en Europe.

L’auteur analyse plusieurs formes d'art et la manière de travailler de certains artistes qu'il connait outre-Atlantique. Il cite ainsi la nouvelle poésie révolutionnaire : « Personne n’a mieux dit que la poésie est une tentative incantatoire […] en renchérissant sur son impuissance verbale, en rendant les mots fous, le poète nous fait soupçonner par-delà ce tohu-bohu qui s’annule de lui-même, d’énormes densités silencieuses. Puisque nous ne pouvons pas nous taire, il faut faire du silence avec le langage. » Sartre médite aussi sur les arts visuels et rédige un essai sur le travail de Giacometti (sculpteur et peintre surréaliste Suisse 1901-1966), ou sur l'art de Calder (sculpteur et peintre Américain 1898-1976), deux artistes qu’il a connus personnellement.

Sartre reconnaît qu'il existe aussi une crise de la philosophie, et cela se ressent autant sur la forme que sur le fond, et selon lui la langue française souffre : « La réaction du parleur à l’échec de la prose, c’est en effet ce que Bataille nomme ‘l’holocauste des mots’. Tant que nous pouvons croire qu’une harmonie préétablie régit les rapports du verbe et de l’être, nous usons des mots sans les voir, avec une confiance aveugle, ce sont des organes sensoriels, des bouches, des mains, des fenêtres ouvertes sur le monde. Au premier échec ce bavardage tombe hors de nous ; nous voyons le système entier, ce n’est plus qu’une mécanique détraquée, renversée, dont les grands bras s’agitent encore pour indiquer dans le vide ; nous jugeons d’un seul coup la folle entreprise de nommer ; nous comprenons que le langage est prose par essence et la prose, par essence, échec ». La langue représente, selon Sartre, le symbole le plus fort d'une culture, le départ de l'art et de l'expression.

Sartre reconnait la difficulté d’exercer la liberté dans ces périodes de crise. Mais il estime qu’elle est non seulement possible mais absolument nécessaire. Il explique que même s'il existe des obstacles à cet exercice, le fait d'être soumis à un pouvoir absolu et absurde, aussi puissant soit-il. Etre humain, c’est faire des choix guidés par la conscience : la liberté est donc toujours possible, et nécessaire, à partir du moment où l'on est courageux pour en assumer les conséquences. « En se choisissant lui-même dans sa liberté, [il] choisissait la liberté de tous. » Décider d'être libre, c'est aider les autres à le devenir et à le rester. Si l’auteur encense la résistance et méprise les collaborateurs, il critique aussi ceux qui se disent neutres, autant les humains que les états. Il retient donc la nécessité de s'engager à tous les niveaux, et de faire les bons choix quelle que soit la situation : « Jamais nous n'avons été plus libres que sous l'occupation allemande. » Sous l'occupation allemande, bien que brimé, chacun a pu choisir son camp malgré les contraintes, Et c'est pourquoi la Résistance est à ses yeux une démocratie véritable ; même danger, même responsabilité, même absolue liberté pour tous mais dans la discipline et pour un but précis : « Ce qui est terrible, ce n’est pas de souffrir ni de mourir, mais de mourir en vain. »

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