Six personnages en quête d'auteur

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Le théâtre comme représentation de la réalité

La vie est une pièce de théâtre. C’est la substance dumessage qui est transmis par Pirandello dans Six Personnages en quête d’auteur. L’auteur place ses personnagessur le même pied d’égalité que les acteurs. Ils sont bien réels et portent eneux un drame bien réel à l’image de véritables hommes qui connaissent de vraisdrames. Rien ne manque aux personnages de Pirandello ; pour des créationsde l’esprit, ils sont bien réels.

« LE DIRECTEUR, vivement, se faisant l’interprète de l’indignationgrandissante de ses Acteurs. – […] sachez que c’est notre fierté d’avoirdonné vie – ici, sur ces planches – à des œuvres immortelles ! 

LE PÈRE, interrompant ces manifestations et enchaînant fougueusement. –Mais oui ! parfaitement ! à des êtres vivants, plus vivants que ceux quirespirent et qui ont des habits sur le dos ! Moins réels peut-être, mais plusvrais ! Nous sommes tout à fait du même avis ! »

Les œuvres théâtrales deviennent donc des mondes bienréels, dans lesquels la créature ne souffre d’aucune des faussetés du monderéel. Ils sont « moins réels, maisplus vrais ». Mais c’est moins par vertu que par impuissance qu’ilsrestent honnêtes. Égaux à eux-mêmes, les personnages de l’œuvre théâtrale sontfigés, immuables, enfermés dans le drame qu’ils sont toujours conduits àrépéter, ou dans le cas des six personnages en quête d’auteur, à compléter, piégésdans une folie perpétuelle et animés par les fantasmes du démiurge qui leur afait voir le jour en leur faisant voir la scène.

Pirandello fait du théâtre une fidèle représentation dela vie, et au même titre que la vie, le théâtre est empreint de la folie deshommes, et son but final est de faire ressortir la folie des hommes, leurscrimes, leurs tourments et leurs péchés. Le drame de la famille ne devient doncpas moins vraisemblable parce qu’il est porté par des créatures imaginaires, etle théâtre ne devrait pas se limiter par souci de convenance à dépeindre desscènes vraisemblables au détriment de la vérité.

« LE PÈRE, blessé mais mielleux. – Oh, monsieur, vous savez bien quela vie est pleine d’innombrables absurdités qui poussent l’impudence jusqu’àn’avoir même pas besoin de paraître vraisemblables : parce qu’elles sont vraies. »

La vie reste et demeure plus étrange que toute fiction,et le théâtre n’en est qu’une des nombreuses représentations. Toutefois, il estintéressant de constater que les personnages de Pirandello sont physiquementincapables de sortir de leurs rôles. Même le Fils qui souhaite sortir de lareprésentation ne le peut pas : « Ilne peut pas, vous voyez ? Il ne peut pas ! Il est forcé de rester là, lié à sachaîne, indissolublement ».

Et peut-être le sommes-nous également lorsqu’il n’y a deplace dans nos esprits que pour les drames qui nous mettent en scène. Ainsi, ilest difficile de s’évader des rôles que nous assigne la société, en particulierlorsqu’on ne connaît pas la fin à éviter.

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