Sodome et Gomorrhe

par

L’homosexualité

Comme son nom l’indique, l’homosexualité implique des rapports sexuels entre les personnes du même genre. C’est le thème central de notre corpus. Il domine l’œuvre. Seulement, l’auteur n’aime pas ce terme et préfère parler d’inversion. À l’époque de la rédaction et de la publication de notre corpus, l’homosexualité semble être un sujet tabou, une pratique contre nature, honteuse, prohibée par la loi des hommes. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ? Nous laissons à d’autres la tâche de répondre à cette question qui n’est pas notre préoccupation ici. Donc, l’homosexualité domine notre corpus car de nombreux personnages entretiennent des relations homosexuelles. D’abord, il y a le baron de Charlus qui se cache et semble avoir honte de sa nature. Il entretient des rapports avec Jupien le giletier puis Morel, le fils du valet de chambre de l’oncle du narrateur. La curiosité du narrateur le pousse à assister dissimulé à des scènes de séduction car avant leurs rapports, le baron de Charlus fait une cour assidue au giletier. Après s’être laissé convaincre, il répond aux avances du baron dans une scène que le narrateur décrit de manière assez audacieuse : « Face à face, dans cette cour où ils ne s'étaient certainement jamais rencontrés (M. de Charlus ne venant à l'hôtel Guermantes que dans l'après-midi, aux heures où Jupien était à son bureau), le baron, ayant soudain largement ouvert ses yeux mi-clos, regardait avec une attention extraordinaire l'ancien giletier sur le seuil de sa boutique, cependant que celui-ci, cloué subitement sur place devant M. de Charlus, enraciné comme une plante, contemplait d'un air émerveillé l'embonpoint du baron vieillissant. Mais, chose plus étonnante encore, l'attitude de M. de Charlus ayant changé, celle de Jupien se met aussitôt, comme selon les lois d'un art secret, en harmonie avec elle. Le baron, qui cherchait maintenant à dissimuler l'impression qu'il avait ressentie, mais qui, malgré son indifférence affectée, semblait ne s'éloigner qu'à regret, allait, venait, regardait dans le vague de la façon qu'il pensait mettre le plus en valeur la beauté de ses prunelles, prenait un air fat, négligent, ridicule. Or Jupien, perdant aussitôt l'air humble et bon que je lui avais toujours connu, avait-en symétrie parfaite avec le baron-redressé la tête, donnait à sa taille un port avantageux, posait avec une impertinence grotesque son poing sur la hanche, faisait saillir son derrière, prenait des poses avec la coquetterie qu'aurait pu avoir l'orchidée pour le bourdon providentiellement survenu. Je ne savais pas qu'il pût avoir l'air si antipathique. Mais j'ignorais aussi qu'il fût capable de tenir à l'improviste sa partie dans cette sorte de scène des deux muets, qui (bien qu'il se trouvât pour la première fois en présence de M. de Charlus) semblait avoir été longuement répétée » (p.5). Une attirance physique semble naître instantanément entre les deux hommes. Afin d’éviter toute conclusion hâtive, le narrateur ne veut pas se limiter à la scène dont il a été témoin. Après être revenu de leur transe momentanée, les deux personnages cherchent une excuse pour se rapprocher l’un de l’autre et entamer la conversation : « "Je vous demande du feu, mais je vois que j'ai oublié mes cigares." Les lois de l'hospitalité l'emportèrent sur les règles de la coquetterie : "Entrez, on vous donnera tout ce que vous voudrez", dit le giletier, sur la figure de qui le dédain fit place à la joie. La porte de la boutique se referma sur eux et je ne pus plus rien entendre. J'avais perdu de vue le bourdon, je ne savais pas s'il était l'insecte qu'il fallait à l'orchidée, mais je ne doutais plus, pour un insecte très rare et une fleur captive, de la possibilité miraculeuse de se conjoindre, […] sans la moindre prétention scientifique de rapprocher certaines lois de la botanique et ce qu'on appelle parfois fort mal l'homosexualité » (p.7). Les deux personnages usent de prétextes pour parvenir à leurs fins.

Le narrateur nous présente ces préférences comme un simple phénomène biologique mal jugé par les Français de l’époque qui vivent dans un pays dominé par la religion Catholique. Il estime que cette critique est mal placée car l’homosexualité existait bien avant leur époque et était même monnaie courante. Il énumère un nombre important de savants (notamment Socrate) considérés par beaucoup comme des pratiquants de l’inversion. À cette époque où c’était très courant, nul ne les jugeait, rejetait ni condamnait : « il n'y avait pas d'anormaux quand l'homosexualité était la norme » (p.17). Revenons aux personnages pour souligner que le narrateur soupçonne Albertine et Andrée d’être homosexuelles. En effet, le docteur Cottard lui fait une remarque qui éveille ses soupçons : "Tenez, regardez, ajouta-t-il en me montrant Albertine et Andrée qui valsaient lentement, serrées l'une contre l'autre, j'ai oublié mon lorgnon et je ne vois pas bien, mais elles sont certainement au comble de la jouissance. On ne sait pas assez que c'est surtout par les seins que les femmes l'éprouvent. Et, voyez, les leurs se touchent complètement." » (p.184). L’attitude d’Andrée qui ne laisse aucune occasion passée de se rapprocher d’Albertine renforce la suspicion du narrateur. Loin des soupçons, d’autres personnages sont avérés notamment le prince de Guermantes, cousin du baron de Charlus, et Morel, amant de M. de Charlus et du prince de Guermantes. 

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