Soudain dans la forêt profonde

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Résumé

Soudain dans la forêt profonde est un conte – ou un court roman – écrit par l’écrivain israélien Amos Oz, paru en 2005 et traduit en français en 2006.

 

L’action est tout d’abord située dans un triste village – triste car gris, silencieux, habité par de tristes villageois qui n’aiment rien tant que le silence, et qui parlent entre eux le moins possible. Il n’y a guère que Danir, le joyeux couvreur, qui aime à chanter en travaillant et à plaisanter dans la fraîcheur du soir, sur la place du village. Il y a aussi Emanuela, l’institutrice, célibataire qui rêve de trouver un mari, qui parle beaucoup aux enfants, et qui leur enseigne les souvenirs du passé. D’autres habitants sont plus notables que les autres, comme Solina la couturière, qui le soir venu promène son mari invalide dans une poussette – et que le reste du village considère comme plus ou moins folle –, et il y a aussi Almon, qui autrefois vivait du produit de sa pêche, et qui maintenant ne parle plus qu’à l’inutile épouvantail qui protège son jardin potager. Pourquoi inutile ? Parce qu’au village, il n’y a pas d’oiseaux, pas plus qu’il n’y a de poissons, de chiens, de chats, de fourmis, de termites… Une nuit, il y a bien longtemps, tous les animaux ont disparu. Et cela, les adultes n’aiment pas en parler. Comme s’ils en avaient honte.

Le petit Nimi, un enfant doux qui aime raconter ses rêves à ses camarades, se trouve en butte aux moqueries des autres. Il disparaît un soir, pour revenir ensuite privé de la parole : il ne fait plus que hennir. Il ne marche plus, il caracole dans les rues du village, ce qui horrifie et dégoûte les villageois ; cet enfant n’est pas comme les autres : il sera ostracisé. Mis à l’écart, Nimi devient un vagabond, sale, seul, hennissant. Deux de ses camarades, Maya, la fille de la boulangère, et Matti, un jeune garçon, assistent sans plaisir à ces changements : ils aiment bien Nimi. De plus, cette atmosphère étrange, ce secret qui étouffe le village leur pèsent. Comme à tous les villageois, il leur est interdit de franchir la lisière et de pénétrer dans la forêt. De plus, pas question de se promener hors des maisons une fois la nuit tombée : un danger terrible guette les imprudents. La nuit est le domaine des forces obscures, qu’incarne Nehi, le démon de la montagne. D’après les anciens, il parcourt les rues du village, et emporterait avec lui qui croiserait son chemin. N’est-ce pas à cause de lui qu’ont disparu les animaux, ces êtres dont Emanuela enseigne les cris et transmet le souvenir aux écoliers ? Elle qui a vu, en une nuit fatale, disparaître sa gentille chatte et ses petits, comme Almon a vu partir son chien, fidèle et intelligent ami, qui lui manque terriblement. La curiosité de Maya et Matti les pousse à veiller, la nuit, et à observer par une fenêtre ce qui se passe, et il se passe des choses étranges : un bouquet d’arbres qui compte huit arbres le jour en compte neuf une fois la nuit tombée… Et puis il y a cette aventure que Maya et Matti ont vécu : un jour, dans une flaque d’eau moussue près du torrent qui traverse le village, les enfants ont vu un poisson – un vrai poisson vivant. Les animaux existent-ils donc ? N’y tenant plus, Maya et Matti partent à l’aventure dans la forêt profonde.

Afin de ne pas se perdre, ils prennent garde de suivre le cours du torrent, mais au fur et à mesure qu’ils s’éloignent, la forêt devient plus obscure, la futaie plus épaisse. Ils rencontrent une grotte, et sont stupéfaits de voir qu’elle est habitée par Nimi : l’enfant n’a pas perdu la parole, il les reçoit cordialement et leur explique qu’il a choisi de quitter le village car il n’en pouvait plus d’être la risée de toutes les méchantes gens.

Les enfants viennent à buter sur un mur, percé d’une porte en rondins ; ils la franchissent, et pénètrent dans un monde irréel. Derrière le mur, ils trouvent un jardin planté d’arbres fruitiers, parcouru par une multitude d’animaux : chats, serpents, chacals, reptiles divers, oiseaux aux plumages chatoyants, vaches paisibles, tigres, moutons, ours… Tous vivent là en toute tranquillité. Et avec eux il y a un homme, qui accueille les enfants avec simplicité : c’est Nehi, le démon de la nuit, qui a le pouvoir de ralentir le temps et de retarder le crépuscule. Il invite les enfants à s’asseoir et leur raconte son histoire.

L’homme vivait autrefois dans le même village qu’eux ; il était, enfant, amoureux d’Emanuela, mais il était, comme Nimi, la cible des quolibets des villageois. Pourquoi ? Parce qu’il est différent, il n’appartient pas à la masse, et malheur à celui ou celle qui sort un peu du lot. Un soir, n’en pouvant plus, il est parti, et les animaux l’ont suivi. Depuis, le village est silencieux, privé des cris des bêtes, et les hommes ne les font plus souffrir. Plus tard, Nehi a pris Nimi en amitié, et ils parcourent ensemble les rues du village quand règne l’obscurité. Et Nehi, le démon de la nuit, écoute avec une poignante nostalgie les conversations banales des hommes dans leurs maisons – car Nehi est terriblement seul.

Retiendra-t-il les enfants ? Il en a le pouvoir, mais il ne le fait pas. Il ne craint pas que Maya et Matti racontent toute l’histoire : qui les croira ? Qui croit ceux qui racontent leurs rêves ? Et quel bien cela apporterait-il aux animaux de retourner auprès des hommes ? Certes ils retrouveraient l’étable et la chaleur, mais aussi et surtout les coups, la cruauté et la mort. Les deux enfants s’en retournent donc seuls vers leur village. Quand ils raconteront leur histoire, les croira-t-on ? Qui croit aux rêves des autres ?

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