Soudain dans la forêt profonde

par

L'apprentissage apporté aux enfants

Outre les valeurs morales que l’auteur souhaite inculquerà l’enfant, prend aussi place un discours plus général sur la manière de vivreen harmonie avec le monde qui nous entoure mais aussi des « clefs »pour mieux le comprendre. Ainsi, le lecteur est amené à mieux comprendre lemonde des adultes, mais aussi celui de la nature et des animaux.

 

1. Les adultes comme individus faillibles

 

Lorsque l’on est enfant, nos parents et plus généralementles adultes sont des personnes omnipotentes croit-on : elles savent tout,ne se trompent jamais et il est nécessaire de les écouter et de leur obéir. Ilssont l’autorité à laquelle on ne déroge pas. Cependant, leurs comportementssemblent parfois injustifiés ou étranges aux yeux des enfants, ce qui peutcréer en eux un certain trouble. Ici, Amos Oz décide de montrer à ses lecteursque, tout comme les enfants, les adultes sont des êtres humains normaux avecleurs torts et leurs faiblesses, et qu’eux aussi se trompent parfois, sontlâches ou cruels. Il apprend à l’enfant que l’expérience et l’âge ne font pastout : il faut parfois savoir prendre du recul et reconnaître ses erreurs,aussi gênant que cela soit, ou savoir imposer son point de vue, même si l’autreen face est certain de savoir mieux que nous.

Ainsi, nous pouvons retrouver de nombreux passages dansce récit où l’auteur franchit en quelque sorte le « quatrième mur »et parle comme s’il s’adressait directement au lecteur, afin que celui-ci sesente impliqué dans l’aventure : « Pourquoi permettez-vous à vosparents de vous imposer le silence chaque fois que vous cherchez à savoirce qui s’est réellement passé avant votre naissance ? […] Préférez-vousrester dans l’ignorance ? Auriez-vous peur ? […] Mais comment vivresi on ne peut plus s’amuser à humilier quelqu’un ? Le torturer, lemépriser, le piétiner un peu ? » Ces questions sont dérangeanteset fortes pour le lecteur : posées aussi crûment, celui-ci peut se sentirpresque gêné. Amos Oz soulève ici une question importante : faut-iltoujours taire ses interrogations sous prétexte qu’elles gênent ? Faut-illaisser passer des choses que l’on réprouve simplement parce qu’un adulte nousa dit de ne pas agir ? Ce sont des questions fondamentales que l’enfantdoit se poser pour être amené plus tard à avoir une véritable réflexion surlui-même, sur ce qui l’entoure, mais aussi pour développer un esprit critique.

De nombreuses fois dans son livre, l’auteur placel’adulte en position d’erreur : il est dans une situation où il est entort et dont il essaie de s’extraire, sans vraiment y parvenir. Pour que lelecteur se sente réellement concerné par la situation, il crée un discoursentre un parent et son enfant dans lequel l’enfant s’interroge : « Alorsvoilà, Matti, […] il s’est passé certaines choses ici. Des choses dont il n’y apas de quoi être fier. Mais nous ne sommes pas tous responsables. Pas au mêmedegré, en tout cas. Et puis, qui es-tu pour nous juger ? Tu es trop jeune.De quel droit nous blâmerais-tu ? Tu ne peux pas condamner des adultes.[…] Maintenant, descend me chercher des pommes de terre à la cave et arrête deparler pour ne rien dire. ». On note bien ici le revirement del’adulte face aux questions qui le dérangent : il se dédouane de sesresponsabilités, place l’enfant en position inférieure et lui interdit deblâmer plus âgé que lui et enfin coupe court à la discussion en invoquant lefait que l’enfant ne sait pas ce qu’il raconte. Cette situation n’a riend’extraordinaire et chacun d’entre nous l’a probablement rencontrée au moinsune fois au cours de sa vie. En plaçant l’enfant comme spectateur de cettesituation injuste, il lui permet d’analyser les erreurs qui ont été faites etd’ainsi lui apprendre à se défendre si une telle situation se produisait danssa vie.

Tous les passages évoqués montrent bien la volonté d’AmosOz de révéler aux enfants que l’adulte est finalement comme lui, malgré son âgeet son expérience. Le but n’est cependant pas de dénigrer les grandes personneset de faire croire à l’enfant qu’elles ont toujours tort ; cela permetjuste à l’enfant de relativiser certaines situations et de savoir réagir quandil le faut. La parole de l’adulte est souvent juste, mais il peut lui aussicommettre quelques impairs.

 

2. L’animal comme être vivant avec des sensations

 

Après une réflexion sur le monde des adultes, Amos Oznous entraîne sur un terrain plus difficile : celui du monde animal. Sonbut est ici très clair : faire comprendre à ses lecteurs que nous nesommes pas les seuls êtres vivants sur terre. Il y a également les animaux etles végétaux. Comme nous, les animaux ressentent les choses, ils ont dessensations. C’est à travers plusieurs pages que l’auteur nous expose son pointde vue : « Il les considéra de son œil rond, écarquillé,probablement pour leur rappeler que toutes les créatures vivant à la surface dela planète […] sont très semblables malgré leurs multiples différences. […]Nous connaissons tous la surprise et la peur, éprouvons la fatigue ou la faimet chacun d’entre nous est attiré, rebuté, paniqué ou dégoûté par quelquechose. »

Pour appuyer son opinion mais également toucher plusprofondément le lecteur, l’auteur montre à travers le dialogue de sespersonnages qu’eux ont bien compris l’enjeu de telles précautions enversles autres espèces vivantes : « – On peut dire que nous sommesdans la même galère tous autant que nous sommes, déclara Maya après un temps deréflexion : non seulement les enfants, le village, les hommes, mais chaquecréature vivante. Tout le monde. »

 Enfin, son dernierargument en faveur de l’égalité homme/animal est le suivant : outre sescapacités à ressentir, l’animal est doté d’une certaine intelligence. Lui-mêmea développé son langage et une société pour communiquer et structurer sonquotidien. Les sociétés les plus connues sont celles des abeilles et desfourmis qui vivent au sein d’une immense communauté hiérarchisée où chacuntrouve sa place et son rôle, comme dans notre société humaine. Pour sonhistoire, l’auteur a bien évidemment enjolivé les choses et donné à ses animauxdes codes langagiers que l’on ne retrouve pas dans la réalité. Mais si la formevarie, le fond reste vrai : « Je me suis aperçu qu’ils savaientaussi mentir pour se garder d’un danger, se vanter ou impressionner la galerie,tromper leur proie ou l’intimider, ou tout simplement pour séduire ou faireleur cour. Comme nous. »

L’enfant doit saisir ici que les différences entrel’animal et lui ne sont pas aussi grandes qu’il pourrait le croire :l’animal ressent comme lui, apprend, se développe. Il connaît la peur, le froidet la faim. C’est ici une leçon de tolérance : ne pas penser que l’on peutblesser l’autre simplement parce qu’il est différent ou plus vulnérable. Cettemorale n’est d’ailleurs pas sans rappeler les valeurs de respect etd’indulgence qu’il prône tout au long de son récit.

Pour finir, peut-être peut-on voir à travers cettehistoire une leçon d’écologie. En effet, la disparition subite des animaux, laculpabilité profonde des adultes et le tabou autour de cette histoire pourraitêtre une métaphore des dégâts que l’homme fait au sein de sa propre planète(représentée ici par le village de Maya et de Matti). À force de ne rienrespecter, de ne penser qu’à eux sans se poser de questions, les habitants seretrouvent privés de nombreuses choses : leur village n’est plus quemisère et solitude. Les hommes ont perdu leur nourriture, leurs commerces, etce uniquement par leur faute. La leçon à en tirer est donc qu’il faut faireattention à ce qui nous entoure, respecter les êtres vivants avec lesquels nouscohabitons et arrêter de penser que les hommes sont tout-puissants sur terre. L’auteurnous représente plutôt telle une immense chaîne dont chaque maillon a sonimportance.

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