Souvenirs d’égotisme

par

L’évocation des femmes et les désillusions amoureuses

Stendhal, au début du récit, traverse une période dedépression faisant suite à une désillusion amoureuse : l’auteur a dûquitter Milan, et partant Métilde, une jolie jeune femme dont il n’était pasamoureux mais qui lui plaisait. Il quitte donc Métilde (surnom qu’il donne àMathilde Viscontini, qui se maria à un autre homme) en 1821 « après troisans d’intimité, une femme que j’adorais » dit-il, « qui m’aimait et quine s’est jamais donnée à moi ». Mathilde restera une sorte d’idéal fémininpour l’auteur. Puis en 1826 il rencontre Clémentine, une femme qu’il a beaucoupaimée et avec qui la rupture sera terriblement douloureuse : « Clémentineest celle qui m’a causé la plus grande douleur en me quittant. Mais cettedouleur est-elle comparable à celle occasionnée par Métilde qui ne voulait pasme dire qu’elle m’aimait ? » Ainsi il essaie decomparer ces deux relations, ces deux femmes évoquées sont les deux amours desa vie.

Ses relations avec les femmes sont à l’origine de nombreusesréflexions, tant sur elles que sur lui ; il n’hésite pas à rappeler sonphysique ingrat, ou le comportement de certaines de ses rencontres :« Le fait est que je ne l’aimais pas assez pour oublier que je ne suis pasbeau » ou « En 1817, j’avais été très amoureux d’Anette pendant 15jours ; après quoi, je lui avais trouvé des idées étroites et parisiennes.C’est pour moi le plus grand remède à l’amour. » Stendhal n’hésite pas àprendre un ton ironique, voire moqueur pour évoquer ces échecs amoureux, voyantainsi dans l’étroitesse d’esprit un remède à l’amour, dont on doute qu’il aitréellement existé, pour quinze jours seulement.

En dehors de l’amour et du sexe, Stendhal évoque sa sœur,Pauline, Mme Périer depuis son mariage. Il la compare à une huître, comparaisonqu’il file en métaphore afin de représenter un être dont on ne peut sedépartir : « J’ai été sévèrement puni d’avoir donné à une sœur quej’avais le conseil de venir à  Milan en 1816, je crois. Mme Périer s’estattachée à moi comme une huître, me chargeant à tout jamais de la responsabilitéde son sort. Mme Périer avait toutes les vertus et assez de raison etd’amabilité. J’ai été obligé de me brouiller pour me délivrer de cette huîtreennuyeusement attachée à la carène de mon vaisseau, et qui bon gré mal gré merendait responsable de tout son bonheur à venir. Chose effroyable ! »

Stendhal évoque sans gloire ses relations d’une soirée,dont il ne tire finalement aucun bonheur et qui représentent pour lui ladéchéance dans la luxure sans intérêt ; il parle ainsi d’un fiasco :« en août 1821, MM. Lussinge, Barot et Poitevin, me trouvant soucieux,arrangèrent une délicieuse partie de filles », qui se révèle être pour luiune mauvaise idée ; bien que la jeune fille qui lui est offerte soitjolie, il ne ressent rien : « c’était pour la première fois que lapauvre fille était manquée. » Il s’agit d’une jeune femme nommée Alexandrinequ’il décrit ainsi : « élancée, de 17 à 18 ans, déjà formée, avec desyeux noirs que, depuis, j’ai retrouvés dans le portrait de la duchesse d’Urbainpar le Titien à la galerie de Florence ». Il ne peut cesser de penser àcelle qu’il aime, Mathilde, et il conclut ainsi : « l’amour me donnaune vertu bien comique : la chasteté », moyen ironique de dire qu’il n’aenvie de faire l’amour à aucune autre femme qu’à Mathilde, et que ces« parties de filles » sont du temps perdu.

À cet égard on peut également retenir un langage cru,preuve d’une écriture sans filtre sur ces femmes qu’il rencontre dans une maisonde tolérance à Londres : « je m’attendais à voir trois infâmessalopes. Elles étaient menues, trois petites filles avec de beaux cheveuxchâtains, un peu timides, très empressées, fort pâles », des jeunes femmesavec qui il prend le thé et discute finalement comme de vieux amis.

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