Souvenirs d’égotisme

par

Une écriture de vérité : l’expérience du diariste

Stendhal, tant sur la forme que sur le fond, n’en perd jamais ses habitudes de diariste, rédigeant sans filtre ses pensées qui se bousculent dans son journal. C’est ainsi qu’il peut proposer ce gage de vérité, un souci qu’il s’efforce de maintenir de la première à la dernière ligne de cet ouvrage, qu’il n’a d’ailleurs pas achevé.

Ces souvenirs d’égotisme sont un moyen pour Stendhal de reprendre les analyses littéraires de ses ouvrages, car il fut aussi critique littéraire avant de devenir un romancier célèbre. Ce souci de vérité, il se le répète sans cesse tout au long de son récit, afin d’écrire comme les mots lui viennent, dans un style malgré tout plutôt écrit.

Dans ces souvenirs, l’auteur effectue une autocritique de son style qui a toujours été dépouillé et qu’il juge parfois maladroit. Cela dit, il refuse catégoriquement de corriger quoi que ce soit de son écriture, pas un mot, afin de conserver l’authenticité de son verbe, fruit d’une réflexion et d’un art spontanés. En effet, ses romans, tels que Le Rouge et le Noir ou La Chartreuse de Parme, avaient surpris par le dépouillement de l’écriture et l’absence de longs passages descriptifs et d’artifices, à une époque où le romantisme se complaisait dans des récits avec des foules de détails. Ainsi, lorsque Stendhal évoque son écriture ainsi que la critique littéraire, il le fait avec une grande honnêteté, il pointe ainsi sa détestation pour la description matérielle comme obstacle à l’écriture de nouvelles fictions : « j’abhorre la description matérielle. L’ennui de la faire m’empêche de faire des romans. »

On sent que pour Stendhal, la spontanéité de son écriture est une manière d’accéder à la vérité à laquelle il attache tant d’importance : il écrit sans rien lisser, sans rien reprendre, sans se relire, c’est un mode d’expression à chaud. Il ne cherche ainsi jamais à modifier la vérité ou à la falsifier, encore moins à l’enjoliver, comme par exemple dans ses relations avec les femmes.  En effet, Stendhal évoque de façon objective et réaliste ses aventures avec les femmes, qu’elles soient glorieuses ou non, par des descriptions précises et sans fioritures.

Il en va de même pour exprimer le mal-être intérieur qui le ronge, ses échecs sentimentaux et la douleur de la rupture, ainsi que son incapacité à plaire à la seule femme qui compte pour lui. Stendhal, on l’a vu, fait une sorte de dépression mais ne cherche pas à susciter la pitié ni à user de mots trop forts pour décrire ses souvenirs : « J’ai bien peu de souvenirs de ces jours qui tous se ressemblaient. Tout ce qui plaît à Paris me faisait horreur. Libéral moi-même, je trouvais les libéraux outrageusement niais. Enfin, je vois que j’ai conservé un souvenir triste et offensant pour moi de tout ce que je voyais alors. » 

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