Splendeurs et misères des courtisanes

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Résumé

Première partie : Comment aiment les filles

 

En ce soir de février 1824, au bal donné à l’Opéra, se trouvent réunis les plus beaux masques de Paris, et bien malin qui pourra reconnaître ceux qui s’en dissimulent. C’est pourtant ce à quoi s’efforcent quelques mondains cruels et cyniques quand ils voient le beau Lucien de Rubempré paraître au bras d’un domino dont le capuchon dissimule le visage. Ces hommes, parmi lesquels se trouve le froid Rastignac, s’interrogent et émettent les plus extravagantes hypothèses, lorsque l’un deux reconnaît la Torpille, courtisane ainsi surnommée car elle paralyse ses proies comme le poisson du même nom. Il l’interpelle de son prénom : « Esther ! », et la jeune femme se retourne, provoquant la fureur muette et glaciale de Lucien. C’est donc bien elle, qui aurait tant voulu garder son identité secrète. Rentrée dans son misérable logis, le désespoir la pousse à tenter de mettre fin à ses jours. C’est un prêtre espagnol, qui se présente comme l’abbé Herrera, qui enfonce la porte du réduit et sauve la jeune femme.

Esther a dix-neuf ans, et par amour pour Lucien la jeune femme a voulu quitter la vie de prostituée qui était la sienne jusqu’alors. Reconnue, elle est au désespoir, car Lucien ignorait tout de sa vie et elle ne veut pas le perdre. Herrera lui propose alors de se séparer momentanément de son amant : il lui offre l’hospitalité d’une maison d’éducation religieuse ; là, elle apprendra à lire et à écrire, sera convertie au catholicisme et baptisée. C’est à ce prix qu’elle aura Lucien. La jeune femme accepte, et passe quinze mois dans le clos du couvent. Elle y apprend la foi catholique, y souffre l’attente et dans son esprit tourmenté s’affrontent la pureté à laquelle elle aspire et les souvenirs de sa vie dissolue. Herrera la visite régulièrement et soutient la jeune femme sur la route de la rédemption.

Cet homme, qui se présente comme un prêtre banni d’Espagne, vit à Paris auprès de Lucien. Il en a fait sa créature, sous prétexte de l’élever dans le monde et de le hisser jusqu’aux plus prestigieuses positions. Une fois les quinze mois échus, il réunit les deux jeunes gens, dont l’amour n’a pas été émoussé par l’attente, et leur impose ce marché : ils se verront, mais en secret. Esther habitera un bel appartement sous la surveillance de deux fidèles domestiques, Europe et Asie, et ne pourra sortir que la nuit. Son existence sera ignorée de tous. Pendant ce temps, Lucien poursuivra son ascension et préparera quelque riche mariage. Les amants s’installent dans cette vie pendant quatre ans, jusqu’à ce qu’un événement vienne troubler le cours des choses. Au cours d’une promenade nocturne, la voiture d’Esther croise celle du baron de Nucingen. Ce dernier est un financier d’origine alsacienne, un homme d’affaires sans scrupules, un loup-cervier qui tombe sous le charme de la beauté d’Esther. Il en perd le sommeil et l’appétit, à tel point que son épouse Delphine, née Goriot, s’espère déjà veuve. Au cours d’un dîner, Nucingen avoue sa passion à quelques proches, dont Rastignac et Lucien. Celui-ci ne peut s’empêcher de sourire en reconnaissant sa maîtresse dans la description que fait le baron. Quand il l’apprend, ce dernier décide de mettre les meilleurs limiers de Paris aux trousses de Rubempré, qui les mènera à la belle inconnue.

Mais pour l’heure, la grande affaire de Lucien est la préparation de son mariage, ce qui ne l’empêche pas d’avoir comme maîtresse, outre Esther, la belle Mme de Sérizy, avec qui il s’affiche sans pudeur. Il veut épouser Clotilde de Grandlieu, aussi laide que spirituelle, mais richement dotée. Cependant, il y a une condition aux fiançailles : il doit posséder une terre d’un million de francs. Comment l’acquérir, alors qu’il est criblé de dettes ? Herrera lance alors une idée abominable : jeter Esther dans les bras de Nucingen, la lui vendre, et en tirer profit. L’horrible individu est coutumier des combinaisons sordides : son vrai nom est Jacques Collin, c’est un forçat évadé qui s’est enrichi en se faisant le banquier des forçats de France, et en détournant leurs fonds. L’abbé Herrera, dont il a usurpé l’identité, n’est pas son seul masque : Rastignac l’a connu autrefois sous le nom de Vautrin, avant qu’il ne soit arrêté par le chef de la Sûreté, un ancien forçat surnommé Bibi-Lupin. Pour l’heure, Herrera-Collin-Vautrin substitue à Esther une aventurière anglaise, très belle mais bien différente physiquement et moralement, cache Esther dans un autre logis avec ordre de n’en sortir qu’à la nuit tombée. Lucien, pourvu d’un appétit sexuel parfaitement amoral, appréciera de passer du temps avec la nouvelle venue. C’est cette dernière qui servira d’appât à Nucingen.

Pour trouver sa proie, le baron fait appel à des hommes qui ont fait partie de la police secrète du régime sous l’Empire et le règne de Louis XVIII : Contenson, Peyrade et Corentin. Nucingen obtient ainsi l’adresse de la maîtresse secrète de Rubempré, corrompt la femme de chambre – qui est en fait Europe – avec trente mille francs afin d’être introduit, la nuit tombée, dans la chambre de celle qui l’obsède. Or, ce n’est pas la douce et blonde Esther qui l’accueille, mais la brune et vive aventurière qui le raille en imitant son épais accent. Nucingen se retire : on l’a joué, mais ce n’est que partie remise. Les trente mille francs serviront à rembourser la moitié des dettes de Lucien. Herrera, ordonnant à Esther de rentrer à Paris, lui peint ce tableau : Lucien doit se marier, accéder à la richesse et aux honneurs. Elle aura vécu quatre ans de bonheur : c’est bien assez. Elle doit rentrer dans le rang des courtisanes et devenir la maîtresse d’un homme riche qu’elle n’aimera pas. Par amour pour Lucien, Esther accepte ce terrible marché.

 

Deuxième partie : À combien l’amour revient aux vieillards

 

Le plan machiné par Herrera suit son cours. L’Espagnol a fabriqué artificiellement des dettes sur la tête d’Esther, qui se trouve poursuivie pour trois cent mille francs. En outre, il fait jouer à Asie le rôle d’entremetteuse : elle amène Nucingen à Esther, et la lui offre pour cent mille francs. Une fois la somme versée, Nucingen amène sa belle en son ancien appartement, havre de ses amours avec Lucien. Il respecte la pudeur d’Esther pour cette première nuit, mais le matin voit surgir une bande menée par Contenson qui vient réclamer les trois cent mille francs de dette, sous peine d’emmener Esther en prison. Nucingen est contraint de payer pour épargner le cachot à Esther. Et ce n’est qu’un début : Herrera a combiné une multitude de dettes qui font que les créanciers fondent sur Esther comme sur une proie, obligeant Nucingen à honorer des milliers de francs de traites – mais qu’importe : l’amour et l’espoir de voir cette femme superbe se donner à lui sont une motivation suffisante pour le baron. Quant à Esther, Herrera l’oblige à abandonner l’espoir de rester fidèle à Lucien : elle n’est pas sur terre pour être heureuse, mais pour tirer un million de Nucingen afin de lancer Lucien dans le monde. Elle reprend alors ses manières de courtisane, accepte le petit palais luxueusement meublé que Nucingen lui offre et le laisse s’afficher avec elle. Elle l’a prévenu, cependant : le jour où il consommera son amour avec Esther sera pour elle sans lendemain.

Les ennemis de Lucien et Herrera ne désarment pas et n’hésitent pas à compromettre le jeune homme afin de soutirer, eux aussi, de l’argent à Nucingen. La riposte d’Herrera est terrible : quand Peyrade exerce un chantage en entravant les tractations en vue du mariage de Lucien avec Clotilde, le malfaiteur fait enlever la fille de Peyrade, innocente âgée d’à peine seize ans, et la flétrit en la livrant à une maison de prostitution. Peyrade ne supporte pas ce coup et meurt d’apoplexie. Quant à Nucingen, il inonde Esther sous un flot d’argent, et supporte ses taquineries cruelles : il sait qu’elle se donnera à lui au soir de la fête qui inaugurera le palais qu’il lui offre. En outre, il lui assure une rente de cinquante mille francs annuels, une fortune. À peine en possession des papiers attestant cette rente, Esther en récupère le capital : sept cent cinquante mille francs, qu’elle offrira à Lucien. Plus que jamais, elle œuvre pour l’ascension sociale de l’ingrat personnage qu’elle aime à la folie. Quand vient l’heure de la fête, la débauche est complète : on mange des mets luxueux, on boit à n’en plus tenir debout. À la fin de cette orgie, Nucingen obtient ce qu’il attendait depuis des semaines. Le lendemain, il a la stupeur d’apprendre qu’Esther a réalisé la rente qu’il lui avait octroyée. Nouveau coup de théâtre : elle hérite d’un oncle et possède maintenant plusieurs millions. Il court à l’appartement de la jeune femme, et n’y trouve qu’un cadavre : Esther s’est empoisonnée. Quant aux sept cent cinquante mille francs en billets de banque, ils ont disparu, dérobés par Europe et le valet Paccard. Nucingen flaire quelque malversation et informe la justice. On trouve le testament d’Esther, qui lègue tous ses biens à Lucien. C’est un faux fabriqué par Herrera, mais il suffit à jeter le soupçon sur le jeune homme. Aussitôt, Lucien et Herrera sont arrêtés. Lucien n’a pas résisté et, déjà brisé, suit les policiers alors que le faux abbé, avant de simuler un empoisonnement, a précipité Contenson par une fenêtre. Ils sont incarcérés à la Conciergerie.

 

Troisième partie : Où mènent les mauvais chemins

 

L’instruction de cette affaire est confiée au juge Camusot. Il faut être prudent : elle concerne des personnages haut placés, amis de Lucien et proches du pouvoir. Cependant, pincer enfin le fameux bagnard évadé Jacques Collin, dit Vautrin, dit Trompe-la-Mort, quelle gloire ce serait pour Camusot ! Il interroge d’abord le faux prêtre espagnol. La lutte entre le juge habile et l’acteur prodigieux qu’est le malfaiteur s’engage. Malgré de forts soupçons, Camusot ne parvient pas à prendre Collin en flagrant délit de mensonge. Même le chef de la Sûreté Bibi-Lupin, ancien bagnard lui-même et rival de toujours, ne parvient pas à identifier formellement le prévenu. Cependant, quelques éléments du témoignage confirment au juge qu’il a bien affaire à Collin et non à un honorable ecclésiastique espagnol. Il prévoit de le confondre le lendemain en le confrontant à d’anciens camarades de chiourme.

Le témoignage de Lucien est bien différent. Le jeune homme, en larmes, tombe aisément dans les pièges tendus par Camusot : il reconnaît que Collin est un forçat évadé, et non, comme celui-ci l’a prétendu, son père. L’arrivée opportune d’une lettre écrite par Esther lui donne le coup de grâce : l’âme sublime de la jeune femme s’y révèle. Dévouée par delà la mort, elle lui a tout légué, et cette lettre de la main de la courtisane lave Lucien des soupçons de vol et de meurtre. Cependant, il demeure coupable d’association avec un forçat évadé. Il ne veut pas subir la flétrissure d’un procès public. Aussi, de retour en cellule, le jeune homme décide de mettre fin à ses jours et se pend à l’aide de sa cravate.

Pendant ce temps, Mme de Sérizy, folle de jalousie et d’amour, a intrigué pour faire libérer le jeune homme dont elle est éprise. Ses manœuvres étaient sur le point de réussir, mais le suicide de Lucien met brutalement fin à ses espoirs. En voyant le cadavre de celui qu’elle chérissait, Mme de Sérizy sombre dans un état proche de la folie. Le scandale du suicide d’un membre de la haute société dans l’enceinte infamante de la prison sera étouffé : Lucien est déclaré mort à son domicile d’une rupture d’anévrisme.

 

Quatrième partie : La dernière incarnation de Vautrin.

 

Quand Collin apprend le suicide de son cher Lucien, il lance le cri d’une tigresse à qui l’on aurait arraché ses petits. Son Lucien a disparu, celui à qui il s’est dévoué depuis tant d’années, ce jeune homme en qui il se reconnaissait, ce Vautrin jeune et en devenir. Ce n’est pas la première fois que Collin connaît un tel attachement. Autrefois, il a partagé sa chaîne avec un jeune Corse, Théodore Calvi, qu’il a aimé d’un même amour, à tel point que leurs camarades considéraient qu’ils appartenaient à ce que la chiourme désigne avec mépris comme le « troisième sexe ». Lucien avait remplacé ce jeune homme. Cependant, le coup est rude ; Collin est hébété de douleur. Le lendemain, au cours de la promenade sous le préau de la Conciergerie, il croise quelques prévenus, anciens bagnards qui le connaissent bien. Camusot espère que ces hommes nommeront Collin de façon formelle. Et en effet, ils reconnaissent leur camarade, celui qui a volé l’argent des forçats pour entretenir Lucien, mais l’ascendant que Collin exerce sur eux est tel qu’ils ne le dénoncent pas. Ils lui apprennent que Théodore est incarcéré à la Conciergerie et qu’il est sur le point d’être guillotiné. Collin décide que Théodore sera sauvé. Il possède un moyen de chantage qui sauvera le jeune bandit : les lettres que trois dames de la haute société, dont Mme de Sérizy, ont envoyées à Lucien. Quoi de plus compromettant pour leurs familles proches du pouvoir, et même du roi, que de voir leurs relations avec un jeune homme louche étalées sur la place publique ?

D’abord, Collin convainc La Pouraille, bagnard sur le point d’être condamné pour meurtre et donc promis à la guillotine, d’endosser les crimes de Théodore. Puis il surprend les autorités en se dénonçant : oui, il est bien Jacques Collin, bagnard en rupture de ban. Il déclare que, croyant avoir affaire à Carlos Herrera, prêtre espagnol, Théodore l’a assuré de son innocence, et que le nommé La Pouraille lui a confessé être le vrai auteur des meurtres dont Théodore est accusé. Que la peine de mort du jeune Corse soit commuée en vingt ans de bagne, et lui, Collin, confiera au procureur M. de Granville la compromettante correspondance de Julien. Un accord est trouvé entre la Cigogne – c’est ainsi que les bagnards désignent la justice – et le bandit. Mieux : plutôt que de le voir regagner l’obscurité de la malfaisance, M. de Granville lui propose d’intégrer la police secrète. Collin accepte : il travaillera avec son ennemi Corentin, en se gardant de toute fraternisation, et dame le pion à Bibi-Lupin. Il prend soin d’offrir à ses séides – Asie, qui est en réalité sa tante, Europe et Paccard, à qui il a pardonné leurs fautes – de lucratifs emplois et assiste aux obsèques de Lucien, inhumé au côté d’Esther. Puis il endosse son nouveau masque, celui de policier, qu’il portera quinze ans.

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