Splendeurs et misères des courtisanes

par

Le monde bourgeois et l'artiste

Le monde bourgeois et l'artiste :la destruction des rêves.

 

            Ce roman présente trois groupes sociaux qui interagissent dans les sphères parisiennes : le monde bourgeois, la noblesse et le monde des courtisanes, univers parallèle aux précédents (les courtisanes survivent et s'enrichissent grâce à la luxure des hommes du monde et à la séduction de la haute classe).  Dans ce microcosme, tout semble fonctionner selon la classe sociale, la richesse et l'apparat : '' Il n'y a rien de plus terrible que l'Etiquette pour ceux qui l'admettent comme la loi la plus formidable de la société. '' Par ailleurs, la beauté pure de certaines jeunes femmes – ou de certains jeunes hommes – ouvre de nombreuses portes : s’ils n’ont pas l’argent nécessaire, leurs « clients » ont une jolie fortune à disposition et sont prêts à le dépenser afin de se pavaner – et s’amuser – avec eux. En effet, « Les gens doués d'un extérieur agréable ne rencontrent aucune difficulté au début de la vie, ils ne déploient alors aucun talent, ils sont corrompus par les avances que leur fait le monde, et il faut leur payer plus tard les intérêts de leurs qualités! ». Il existe toutes sortes de rouages dans les hautes sphères de la haute société parisienne, une sorte de fonctionnement interne qu’il peut être utile de connaître avant de s’immiscer dans les salons et les soirées.

Ce fonctionnement qui peut sembler immoral –  bien qu’il soit établi depuis de nombreuses années –  va petit à petit ronger Lucien, lui qui est extérieur à ce monde et qui n'a pas les moyens d’en faire partie. En effet, ce dernier s'entiche, au cours du prestigieux bal masqué annuel de l'Opéra, d'une courtisane qui se nomme Esther, tout cela sans être assez aisé pour l'entretenir. Reconnue par les convives de la soirée, elle sera moquée et presque insultée. C’est une ancienne courtisane, elle tente alors de revenir pour ensorceler de nouveau de riches bourgeois. Lucien, un temps poète maudit ( « Ce poète si communicatif, si expansif, devint froid et réservé. ») devient un amant maudit, et les questions d'argent le poursuivent sans cesse, que ce soit pour vivre ou pour aimer. Cependant, les rêves de Lucien seront nourris par Vautrin/Collin, qui a prévu pour lui qu'il se marie à Clotilde de Grandlieu, descendante de l’une des dix familles les plus riches de la capitale. Pour ce faire, il faut extorquer des millions au baron de Nucingen. Ce dernier est tombé amoureux d’Esther, il suffit de la lui promettre pour qu’il dépense de grosses sommes d’argent. Lucien de Rubempré peut alors d’offrir une propriété et des terres le rendant crédible. En effet, pour l’ancien forçat qu’est Vautrin, « toute fortune rapidement faite est : ou l'effet d'un hasard et d'une découverte, ou le résultat d'un vol légal.'' Le baron sait que l'on le côtoie par intérêt mais il ne s'en plaint pas puisqu’il attend Esther. Nous sommes ici bien loin des idéaux de Lucien qui, en tentant de se créer une place au milieu des gens aisés, abandonne ses rêves d’écriture et de liberté. Il doit faire face à des situations inhabituelles pour lui s’il veut trouver sa place parmi les gens riches. Tout cela le brisera et causera la perte de l’artiste, lui qui n’était pas taillé pour affronter les manigances sous-jacentes à la gloire.

Balzac analyse donc ici les ressorts d'un mécanisme social qui dévore et brise tous ceux qui ne s'y intègrent pas : Vautrin, suite à la mort de son ami, choisira finalement  – ce qui est presque ironique – d'œuvrer pour la justice. Il s'adaptera à cette société et renoncera à sa marginalité.

 

 

            Roman réaliste, Splendeurs et misères des courtisanes dissèque un monde brutal et sans pitié, qui broie les hommes ne correspondant pas aux critères sociaux. Lucien fait les frais de son inadaptation : pendant tragique d'un Rastignac ambitieux et heureux, Lucien finit par se donner la mort, abdiquant toute prétention à ses rêves, qu'ils soient esthétiques ou sentimentaux.

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